
Ils sont cent. Cent joueurs à avoir marqué l'Histoire des Girondins de Bordeaux un peu plus que les autres, que ce soit grâce à leur classe naturelle, leur fulgurance d'un soir, leurs frasques en dehors des pelouses, le prix de leur transfert, leur talent comique ou même leur pied droit. Chez Les Girondins a décidé de les classer et de vous les dévoiler de manière décroissante d'ici le 31 décembre. Attention, dernière étape avant le Top 10.
20 – Fernando Chalana, bordelais de 1984 à 1987
Au sortir d'un Euro 84 lors duquel il éblouit la planète en emmenant le Portugal en demi-finale, finissant meilleur passeur à égalité avec Tigana, toute l'Europe s'arrache Fernando Albino de Sousa Chalana. Pressenti à Rome ou au Barça, ce sont finalement les Girondins qui parviennent à l'arracher au Benfica pour 18 millions de francs. Cette saison-là, seul Naples dépense plus en recrutant Maradona. France Football s'enflamme et désigne l'entrejeu bordelais, composé de Girard, Tigana, Giresse et donc Chalana, comme « le meilleur milieu de terrain du monde ». Trop beau pour être vrai. Très vite, le moustachu gaucher enchaine les blessures. En championnat, il ne joue que dix rencontres la première saison, deux la deuxième et aucune la troisième, les jumeaux Vujovic et Rohr squattant les trois places d'étrangers alors autorisées. Mais son coup de folie, celui qui le fait entrer directement dans notre Top 20, le Portugais le réalise en mars 1985, au Meteor Stadion de Krivoï-Rog, contre Dniepropetrovsk, en quart de finale de Coupe d'Europe des club champions. Son tir au but, qui permet aux Girondins de filer en demi-finale, Chalana le frappe du droit. Bienvenue dans la légende.
19 – Lilian Laslandes, bordelais de 1997 à 2001 et de 2004 à 2007
Yiyan, l'homme du Médoc. Le bienheureux, la divinité nordique, la plus grosse caisse du football français. Un homme que Pierrot Labat a défini comme la plus grosse capacité physique qu'il ait jamais rencontré. Le Dieu de Paludate, le Mythe de la Victoire, le roi de l'aile de pigeon. Il fallait au moins cela pour définir le plus bordelais des avant-centres teintés de marine et blanc, à la fois défenseur latéral, milieu récupérateur, stoppeur, organisateur de jeu, passeur décisif et serial buteur de joga mochito. Indispensable. Et le Johnny marcheur qui ambiance tes samedis soir, c'est lui, si t'étais pas au courant.
Son triplé face à Metz, lors d'une victoire 6-0 en décembre 1998, est un parfait résumé de sa palette technique. Un premier but du gauche après une amortie de lapoitrine et un sombrero, un deuxième de renard et un petit piqué sur le troisième. Et les larmes, pour la dramaturgie :
Un best of de sa saison 1998-1999, au cours de laquelle il inscrit 15 buts :
18 – Patrick Battiston, bordelais de 1983 à 1987 et de 1989 à 1991, puis entraîneur de la réserve depuis 1998
Prototype de l'arrière moderne à son arrivée au Haillan, Battiste est capable de jouer à plusieurs postes de la défense, à une époque de révolution culturelle qui voit les arrières adapter leur jeu de l'individuelle à la zone. C'est aussi une notoriété dépassant les frontières du foot et même du sport, France-RFA 1982 oblige. Si certains auraient pu se complaire dans ce statut de héros-malgré-lui et surfer sur une gloriole garantie à vie, ce n'est pas du tout le cas du Mosellan.
Avec Léonard Specht, il forme la charnière centrale la plus intraitable du championnat, avant d'arrêter sa carrière à l'époque des graves turbulences, se retirant avec l'un des plus beaux palmarès du football français dans les fouilles. Battiston accepte alors de succéder à Couécou comme Directeur Sportif, met l'accent sur la formation, passe quatre années à ce poste avant d'accepter, en pleine gloire post-campagne européenne de 1996, le poste de Directeur Marketing et Commercial. Il serait un des artisans du retour au port du maillot bleu marine avec scapulaire, vous savez, le "Waïti". La déflagration Bosman ayant changé toute la donne de l'économie du foot, il est rappelé d'urgence à la formation des jeunes.
En septembre 1984, il inscrit le deuxième but bordelais contre l'Athletic Bilbao en Coupe d'Europe des Clubs Champions :
Les scientifiques estiment que les premières fissures dans le béton du Parc Lescure datent de son but face à la Juve en 1985 :
17 – Yoann Gourcuff, prêté par Milan en 2008-2009, bordelais en 2009-2010
Toutes les réussites et les grands moments des girondins ont été symbolisés par l’éclat de grands meneurs de jeu. Et quand Micoud n’est pas prolongé et prend sa retraite au printemps 2008, il n’y a pas grand monde pour deviner que ce jeune breton, en perdition à Milan, est de l’étoffe des plus grands. A vrai dire l’attraction en ce début de saison et plutôt l’autre YoGou, Yoan Gouffran. Faux sur toute la ligne. Dès son premier match contre Caen, les spectateurs ressentent les frissons que seuls provoquent les joueurs d’exception. Un but, des dribles irrésistibles, une conservation de balle incroyable et un maintien sur le terrain qui n’est pas sans rappeler un certain Zidane. La saison du titre sera complètement folle pour le club et le joueur. Douze buts, dont certains orgasmiques (Paris, Toulouse), dix passes décisives, un rôle de Win player qui lui colle à la peau (le match décisif contre Rennes), la saison de Yo est rabelaisienne. Quand le club décide de le racheter au Milan AC la saison suivante pour 13,5 millions, la ville de Bordeaux devient l’espace d’un été un océan de félicité. Rien ne peut plus nous arriver d’affreux maintenant. Las, les prestations de Gourcuff suivent la même voie que l’ensemble de l’équipe : une première partie en fanfare, puis une descente cataclysmique qui prive le club de coupe d’Europe. S’en suivent une coupe du monde consternante qui finira de détruire la confiance du joueur et un départ vers Lyon pour 22 millions d'euros (raconté ici par un géant de la littérature). Gourcuff, c’est aussi l’erreur marketing la plus importante de CLG, avec un stock d’une tonne de t-shirts « Gourcuff, Good stuff » non écoulée, que les supporters gones refusent de nous reprendre. Les salauds.
Octobre 2008, contre Toulouse :
Son but d'anthologie de janvier 2009 face au PSG. Ce soir-là, les Girondins s'imposent 4-0 :
La traditionnelle compil', avec la traditionnelle musique pourrie :
16 – Dominique Dropsy, bordelais de 1984 à 1990 puis entraîneur des gardiens de 1990 à 2011
Saqué de l'équipe de France suite aux résultats en dents de scie du RC Strasbourg, Dropsy choisit Bordeaux, en galère de gardien digne de ce nom, pour relancer sa carrière. Faute de retrouver les Bleus, Domi trouvera une famille en Gironde. Et ça, c'est beau. En juin 1990, relégué sur le banc par Joseph-Antoine Bell, il met un terme à une carrière au cours de laquelle il aura disputé 596 match de Division 1 (186 avec Bordeaux) et remporté deux titres de Champion et deux Coupes de France avec les Girondins. Atteint d'une leucémie en mars 2011, il annonce sa guérison un an plus tard, au grand soulagement du peuple bordelais qui l'a élu meilleur gardien de l'Histoire du club en 2008.
15 – Marouane Chamakh, bordelais de 2003 à 2010
Le fantasme de tout supporter qui rêve de voir son équipe portée aux sommets par un attaquant formé au club. Ce rêve, les Bordelais l'ont vécu à la fin de la dernière décennie. Passé du statut de jeune attaquant prometteur qui n'ose pas tirer au but à celui de titulaire indiscutable en quelques années, Marouane Chamakh a gravi un à un les échelons, avec en apogée l'épopée de 2010 en Ligue des Champions. Si l'équipe a été la meilleure des phases de poules à l'automne de 2009, il y est pour beaucoup. Infatigable, il pèse de tout son poids sur les défenses adverses, ce n'est pas ce pauvre Butt, alors gardien du Bayern, qui dira le contraire. Malheureusement, s'il a marqué le supporter bordelais, c'est également pour son désir de rejoindre Lyon quand Aulas lui faisait miroiter les plus beaux contrats et son départ gratuit pour aller se perdre à Arsenal. Mar1, si tu reviens, on oublie tout.
Sa danse dans la suface marseillaise d'octobre 2008 :
Son but contre le Bayern, en novembre 2009 :
En mai 2009, Mar1 s'envole à une petite dizaine de mètres de hauteur pour tromper Ruffier et l'AS Monaco :
14 – Dieter Müller, bordelais de 1982 à 1985
Brainstorming entre Jacquet et son staff, puis Couécou, au Haillan. Dans le système Jacquet et compte tenu de l'effectif en place, il manque une tour de contrôle, un homme de devoir peu regardant sur son nombre d'étoiles France-Foot, sa note dans l’Équipe et la quantité d'autographes signés à la sortie de l'entrainement, pour tenir la boule devant, servir de point d'appui, distribuer, disputer la bataille des airs. Un profil présent dans toutes les équipes coachées par Jacque : les aristocrates opèrent au milieu et sur les flancs, mais en pointe, il faut une ancre, un axe qui soit des centimètres et des kilos à l'épreuve des impacts.
Comme les Girondins étaient dans l'ère du secret, les propos qui suivent appartiennent peut-être à la légende, à l'affabulation, tout simplement parce qu'ils sont usuellement colportés mais invérifiables. Mais ils possèdent toutes les caractéristiques béziennes du vrai. Jacquet, son staff et Couécou se retrouvent donc mal assis sur des chaises dures devant Bez et son bureau en marbre blanc, immense, une forme de pastille Valda king-size, un paquebot derrière lequel le Claude siège, ou plutôt trône, dans un confortable fauteuil de designer, assez élevé pour toiser tout le monde du regard. Il règne un froid glacial, le bon Président faisant climatiser la pièce en mode frigorifique pour déstabiliser l'interlocuteur, tandis que sous la Valda hors-normes, un discret chauffage dispense une chaleur dont on a l'impression qu'elle émane du bouillant et présidentiel personnage. On lui anone une short-list en mâchouillant le crayon, prêt à rayer, à revenir sur ses propos, se contredire au premier raclement de gorge venu, à la moindre agitation de moustache. Grand soupir du Président et donc inquiétude générale : celle-là, il ne la fait jamais. Coup de poing valant crash-test sur le marbre blanc : « Le meilleur, combien de fois devrais-je répéter ? Nous voulons le meilleur ! », tonne le bègue ses accents spontanés louis-quatorziens.
Le meilleur dans le registre, c'est Dieter. Cuirassé comme un panzer, Champion d'Allemagne avec Cologne, au Mondial 78 avec l'équipe qu'on appelait RFA. Et, grosse surprise pour les supporters, c'est un être au civil doux, amoureux de nature, de balades en forêt, contemplatif, paisible. Sur le battlefield, une fois le bleu marine de chauffe endossé, attention. Un guerrier réglo. Un gentleman au feu. Avec Dieter, le jeu girondin possède enfin l'arme pour lutter, pour faire briller les chevau-légers Tigana, Giresse et le spéléologue en trou de souris de surface de réparation Bernard Lacombe.
En octobre dernier, la nouvelle laconique de son infarctus avec quatre jours de coma est tombée. Dieter, on est tous là, avec toi, et peut-être devrait-on s'alarmer un peu, mais nous avons été mal habitués : tu finis toujours tes matches, n'est-ce pas, toi qui prétendait autrefois que montrer à l'adversaire qu'il t'a fait mal c'était lui accorder un peu de prise sur toi ?
En 1984, il assure le titre de Champion de France aux Girondins en marquant contre Rennes :
Rennes-Bordeaux 1984 par ChezLesGirondins
En 1985, il ouvre le score face à la Juventus :
13 – Daniel Jeandupeux, bordelais de 1975 à 1979
La très, très grande classe. Le premier gros leader technique offensif du club dans les 70's. Autre que Giresse. Belle gueule avenante, bon client en interview et toujours en costume patron sur le terrain, devant, sur le flanc gauche. Il s'est donc vite mis Lescure dans la poche. Et un soir funeste le Marseillais Marc Berdoll lui casse la jambe d'un sale tacle par derrière (geste autorisé alors). Le tibia forme un angle, une petite flaque de sang coule dessous. Horrifiés, les Girondins s'arrêtent de jouer, se portent vers lui, tout le public est debout, ça hurle, ça vocifère... Pendant ce temps-là, Marseille continue à jouer et score pour le gain du match dans une cage désertée. Émeute à la sortie du stade, le bus olympien est chahuté en dépit d'une haute protection policière mais est sauvé par l'absence de Berdoll à l'intérieur. Ce dernier passe la nuit dans un recoin de Lescure avant de regagner les Bouches-du-Rhône en solitaire le lendemain. Ainsi s'achève la carrière de l'international Suisse, alors au sommet de son art.
Quatre années plus tard, à la tête du TFC, il est le premier entraîneur à mettre en place une défense en zone dans le championnat de France. Rien que ça.
Jeandupeux après le tacle de Berdoll.
12 – Philippe Fargeon, bordelais de 1986 à 1988 et de 1990 à 1992
« Il possède l'opportunisme d'Onnis et le battant de Papin ». Quand René Girard décrit Fargeon, il y va au bazooka. Débarqué en décembre 1986 aux Girondins, le Savoyard se met rapidement dans le bain en scorant 18 fois en 15 journées, dont le but du titre face à Saint-Étienne. Mais celui qui reste à jamais gravé dans les esprits est inscrit au Parc des Princes, un soir de juin 1987. Ce soir-là, Bordeaux et Marseille s'affrontent en finale de la Coupe de France. La rivalité entre les deux clubs est à son paroxysme. Bernard Tapie, qui vit sa première saison à la présidence de l'OM, refuse de voir les Girondins, qui l'ont scotché à la deuxième place en championnat, réaliser le doublé. Mais ça, Philippe Fargeon s'en cogne. Juste avant le quart d'heure de jeu, il récupère une passe de Jean-Marc Ferreri, s'avance et frappe des 18 mètres sur Joseph-Antoine Bell qui ne peut que repousser. Le temps se suspend. Comme le corps du blondinet, lancé dans les airs, à l'horizontal, pour catapulter de la tête le ballon au fond des filets sous le regard d'un Claude Bez imperturbable. Il reste 75 minutes à jouer mais le monde sait que le doublé bordelais est en poche, bien avant que Zlatko Vujovic ne crucifie les Marseillais à la 88ème. A ce jour, aucun cru bordelais n'est parvenu à réitérer l'exploit.
Malgré ses 13 buts la saison suivante, Bordeaux ne le conserve pas et c'est en Suisse, où il a été formé, que Fargeon poursuit une carrière qui sera faite d'aller-retours entre la France et l'Helvétie, dont un deuxième passage aux Girondins au début des 90's lors duquel il aidera le FCGB à remonter en première division après la relégation administrative.
Sa fameuse tête plongeante en finale de la Coupe de France :
La réaction de Claude Bez après la finale :
11 – Zinedine Zidane, bordelais de 1992 à 1996
La pression populaire nous pousse à inclure ce joueur dans notre classement sans qu'on comprenne vraiment le projet. Alors, allons y. Zinédine Zidane, né en 1972 à Marseille, fait ses classes en toute discrétion à Cannes. Il débarque au Haillan durant l'été 92 dans les bagages d'un Courbis qui aura la lourde tâche de relever le club après son passage en D2. Zinédine impose au stade Lescure un jeu vaguement technique, limité par un physique poussif qui l'entraine a tirer la langue au bout de dix minutes de jeu. Sa première saison à 10 buts satisfait peut être les adeptes de la calculette, mais ne cache pas un bilan moyen-plus. Zidane se fait surtout remarquer lors de l’épopée européenne de 95-96, quand les vrais esthètes du ballon que sont Witschge, Dugarry, Lizarazu et Bancarel décident de hausser leurs niveaux. Il est alors plus facile pour le numéro 7 de se mettre en valeur avec quelques coups d'éclats comme ce but de 40 mètres contre le Betis Séville. Il réussit quand même l'exploit de ne pas participer à la finale aller contre le Bayern, suspendu. Certains disent que cela à couté le match, mais ne nous voilons pas la face, c'est surtout l'absence de Dugarry qui nous a pénalisé. Il quitte Bordeaux, après avoir scandaleusement volé le trophée de meilleur joueur du championnat à Raï, pour continuer sa carrière dans des clubs européens de seconde zone où il brille par intermittence, tout comme en équipe de France, ce qui lui permet de se faire un petit nom chez les connaisseurs, même si là encore, sa chance aura été d'arriver au milieu d'une génération française dorée.
Sûrement son plus beau gri-gri :
Une chance insolente :
Le portrait le plus kitsch du monde :
Portrait Zidane 1994 par ChezLesGirondins

