
Ils sont cent. Cent joueurs à avoir marqué l'Histoire des Girondins de Bordeaux un peu plus que les autres, que ce soit grâce à leur classe naturelle, leur fulgurance d'un soir, leurs frasques en dehors des pelouses, le prix de leur transfert, leur talent comique ou même leur sourire. Chez Les Girondins a décidé de les classer et de vous les dévoiler de manière décroissante d'ici le 31 décembre. Bienvenue dans le Top 10.
10 – Pascal Feindouno, bordelais de 1998 à 2004, prêté en 2001-2002 à Lorient
« Le but du titre de Pascal Feindouno, le jeune Guinéen, l’espoir du club bordelais ! ». Ce 29 mai 1999, Alain Bauderon ne le sait pas encore, mais il vient de résumer la carrière de Pascal Feindouno, en même temps qu'il exulte sur Wit FM en commentant le titre de Champion de France arraché au bout du suspense. Ce soir-là, en envoyant ce gamin de 18 ans battre Bernard Lama, Lilian Laslandes fait directement passer l'enfant de Conakry du statut d'espoir du club ne comptant jusqu'ici que deux apparitions avec les pros à celui d'idole de toute une région. Mais la pression, Feindouno y est imperméable. D'une nonchalance à toute épreuve, le milieu offensif polyvalent ne confirmera jamais les espoirs placés en lui. Reste que ce but marqué au Parc des Princes, le premier des 21 qu'il inscrira avec les Marine et blanc, scelle à jamais son sourire dans la légende des Girondins de Bordeaux. Quel pied, putain !
Pascal Feindouno, c'est également une ambiance classe diffusée en toutes circonstances :
9 - Bertus de Harder, bordelais de 1949 à 1954
Sortez d'ici, strass, paillettes, galactiques, pipoles et fortunes du ballon, c'est l'heure du journal du Harder !
Johannes Lamberthus De Harder débute le football à 13 ans, auprès de son frère aîné Karel, au Transvaal Association La Hague, club ouvrier connoté politiquement "rouge". La raison n'est pas à chercher dans un quelconque engagement politique de la famille De Harder, même si celle-ci est de condition modeste. Non, c'est tout bonnement parce que le prix de la licence était des plus bas.
En 1937 il est repéré par le Vuc Den Haag et fait ses débuts en première division néerlandaise au poste d'ailier gauche. Première sélection Oranje, et Coupe du Monde 1938. A 18 ans. Sept ans plus tard, tout près du faîte de sa carrière, incroyable coup de théâtre : le 30 avril 1944, à l'occasion d'un retour de Coupe des Pays-Bas, il disparait de la feuille de match, pour une raison obscure, puisque l'aller s'était conclu sur un 2-0 avec deux buts signés De Harder. Hypothèse la plus souvent soulevée : BdH a été sanctionné pour avoir bu une bière la veille de la rencontre. D'autres ragots s'ensuivent sur le bonhomme, qui, au lieu de se justifier, de contre-attaquer, s'enferme dans le mutisme des humbles, ayant sa conscience pour lui. Tombe une première sanction d'exclusion du club, commuée en deux ans et demi de mise au ban, à l'issue de laquelle, en 1947, pour son match de reprise face à Heracles Almelo, le Vuc Den Haag gagne 4-0. Quatre pions signés De Harder. Ce qu'on appelle donner sa réponse sur le terrain.
Deux années plu tard, il arrive au Parc Lescure au sein d'une sélection "B" des Pays-Bas contre son homologue française. C'est à cette occasion que Jean Pujolle repère le laveur de vitres de La Haye et Bertus arrive aux Girondins lors de la cruciale intersaison 1949. Son positionnement est plutôt situé à l'aile gauche, il peut aussi évoluer "demi", mettons "milieu offensif'" en termes contemporains, et bien sûr plein axe, devant, avec un sens du but létal et une adresse hors pair, un jeu de tête et une aisance époustouflante des deux pieds. Il termine meilleur buteur du championnat 1950, celui du beau titre assorti des honneurs de meilleure défense (40 buts) et meilleure attaque (88 buts !), grâce à Persillon, Kargu et, en grand artisan, "Le Divin Chauve", alias Bertus. Cette même saison 1950, les Girondins atteignent la finale de la Coupe Latine, ancêtre des Coupe d'Europe de clubs (elle réunissait le champion d’Italie, d’Espagne, de France et du Portugal). Les Girondins sortent l’Atletico Madrid en demi mais s’inclinent face à Benfica, sans un blessé de marque, De Harder (better, faster, stronger), en finale, de peu. Avec Bertus, les Girondins auraient-ils été le premier club français à décrocher un titre continental ? On peut le croire, tant son influence est grande, sachant que les Girondins offrent une belle résistance avec un premier match qui se solde par un 3-3. On rejoue, les Bordelais perdent 2-1 au terme de 56 minutes de prolongations ! De Harder évolue encore cinq saisons sous le maillot au scapulaire, inscrivant notamment 25 buts lors de la saison 1951-1952, meilleur buteur de l’équipe malgré sa position excentrée à gauche. Au cours de la saison 1953-1954, Edouard Kargu décroche le titre de meilleur buteur du championnat (27 buts), toujours avec Le Divin Chauve en boutefeux sur sa gauche.
De retour en sélection batave après un retour provisoire au pays, Bertus est entraîneur avant de se retirer des terrains. Enfin, pas tout à fait. Il est gardien de stade du côté de Jeumont, où il décède en 1982 d'une crise cardiaque à 62 ans. Jeumont ? Et oui, ce sont les pelouses de Berthus qui ont vu les premiers pas cramponnés de Jean-Pierre Papin. De Harder they come, De Harder they'll fall ? Vous n'y êtes pas. Juste une boucle bouclée, toute en humilité, pour un des plus grands girondins de tous les temps. Il est fait Citoyen d'Honneur de la Ville de Bordeaux en 1951. Mais, les honneurs et Bertus...
En 1938, il participe à la défaite 3-0 des Néerlandais face à la Tchécoslovaquie en Coupe du monde :
8 – Johan Micoud, bordelais de 1996 à 2000 et de 2006 à 2008
Un touché de balle incroyable qui distille les caviars par palettes, qui transforme une passe anodine en geste décisif. Non, Johan Micoud n'était pas le plus rapide sur la pelouse. Pas du genre non-plus à se porter candidat à la récupération de balle. Mais peu importe. Sa classe effaçait tout le reste.
Bien qu'exilé sur un côté lors de son premier passage aux Girondins, 4-4-2 baupien oblige, il parvient tout de même à inscrire 37 buts en 172 matchs. Et prouve qu'on peut avoir une classe folle malgré une chvelure peroxydée. En 1999, au cours de l'une des ses plus belles saisons, il met la Ligue 1 sous le joug bordelais en compagnie de Benarbia, Wiltord et Laslandes, avec qui il forme un quatuor de rêve.
De retour en Gironde après avoir raflé une Coupe d'Italie, une Coupe d'Allemagne et un titre en Bundesliga, c'est en soutien des attaquants que Ricardo puis Blanc, l'utilisent. Exaspérant de nonchalance pour les uns, phare génial pour les autres, Jo ne laisse personne indifférent. Dans tous les cas, lorsque le Cannois est sur le pré, il se passe toujours quelque chose.
En décembre 1998, Micoud souhaite un joyeux Noël aux Messins. A sa manière :
Une merveille de lob, en janvier 1997 contre Nice :
7 – Bernard Lacombe, bordelais de 1979 à 1987
255 buts. L'attaquant le plus prolifique de l'histoire du championnat de France derrière l'intouchable Delio Onnis (299 buts). Et pourtant, en dépit d'un CV royal, Lacombe ne fit jamais l'unanimité. Ni à Bordeaux, ni dans aucun autre club. Ni même en équipe de France : trop atypique, il ne rentre pas dans les cases. Au civil, pas assez de frasques, aucune déclaration tapageuse, rien du fier goleador. Il n'a pas encore cette verve, cette truculence qu'on lui connait aujourd'hui à Lyon. On ne le sent pas non plus, peut-être à tort, leader dans le groupe.
Sur le terrain, il ne correspond à aucun stéréotype connu. Au point qu'on est en peine d'illustrer par analogie, à usage de ceux qui ne l'ont jamais -ou peu- vu jouer. Ni un dribbleur-tricoteur, ni un chevaucheur-frappeur, ni un roi des airs. Et puis, comment peut-on oser prétendre opérer en pointe au plus haut niveau européen et mondial quand on est doté d'un gabarit de milieu-mobylette, ajouté à un dribble long quelconque à ce niveau, un jeu de tête correct mais non dominateur ?
Alors quoi, Bernard Lacombe ? Joueur de flair et de petit périmètre, cambrioleur de surface, sentant bien les coups, très adroit, altruiste, "faisant jouer", gros sens du placement, remarquable jeu dos au but et exceptionnel jeu en pivot, à montrer dans les écoles de foot, d'autant plus époustouflant qu'à l'époque le tacle par derrière était autorisé. Bien que son jeu soit très exposé aux coups (il travaille toujours ses défenseurs au près), il est peu souvent blessé. Comme un sprinter qui frotte sans cesse et gagne sans jamais chuter. Le petit peuple des virages de Lescure garde à jamais dans sa mémoire visuelle ces scènes d'une forêt de joueurs adverses dans la surface, pas un Girondin visible dans les parages, le ballon qui disparaît dans cet amas, soudain une jambe, une chaussette marine et blanche, un pied, et les filets qui tremblent. Quand le tas se relève, celui qui est en-dessous et lève les bras, ne demandez pas, c'est Bernard. C'est toujours Bernard.
Ses débuts bordelais sont mitigés. Onze buts la première saison, ce qui est très honorable bien sûr, mais c'est de Bernard Lacombe qu'on parle ! Il trouve son rythme de croisière en retrouvant son ancien coach lyonnais, un certain Aimé Jacquet. Puis raccorche les crampons après vingt ans de carrière devant, laissant en dépôt aux Girondins 296 matches et 136 buts, dont un quadruplé -face à Nantes en 8èmes retour de Coupe de France 1981-, trois triplés et dix-huit doublés. Boum. Un attaquant-qui-ne-ressemble-à-rien, vraiment ?
A Nantes, Lacombe assure une victoire de prime importance dans la lutte pour le titre ce jour de février 1984 :
En mai 1984, il ouvre le score face à Rennes dans le match décisif pour l'attribution du premier titre de l'ère Bez :
Rennes-Bordeaux 1984 par ChezLesGirondins
A la 113ème minute, Lacombre fout la merde à Bucarest en qualifiant les Girondins pour les quarts de finale de la Coupe d'Europe des clubs champions :
6 – Bixente Lizarazu, bordelais de 1987 à 1996
L'administration ne l'autorise à se prénommer Bixente qu'en 1996.Le meilleur arrière gauche de toute l'Histoire des Girondins. L'homme aux cinquante milles raids déraisonnables.
Le petit numéro 3 au scapulaire tacle le ballon au niveau du poteau de corner, le récupère et file comme le vent vers la surface adverse pour y donner un caviar (ou y envoyer une praline, dans le pire des cas). Dans la première partie des nineties, la scène est un classique du championnat de France. Bixente Lizarazu, c'était cela : une boule de muscles, de la grinta et un mental de fer au service de ses coéquipiers.
Arrivé au club à l'âge de 14 ans après avoir humilié ses copains d'enfance à tous les sports, il intègre l'équipe première en 1987 et fait ses débuts sous la houlette d'Aimé Jacquet au poste d'attaquant. Ses premières années en Gironde sont assez pénibles. « Bordeaux est à 200 kilomètres d'Hendaye, mais c'est le bout du monde » est sa rengaine favorite. Parfois, ses parents -son père est charpentier- montent le voir jouer, durant un week-end, et retournent au Pays-basque sans qu'il soit entré sur le terrain. Mais si Bixente ne doute jamais, c'est grâce à son incroyable persévérance. Quand il s'investit dans quelque chose, il va jusqu'au bout. Une qualité qu'il appliquera dans son engagement en faveur de l'environnement (le souvenir de cette une de l'Equipe Mag affichant Liza au milieu des flots au-dessus de l'accroche "Le Che Guevara de la mer" provoquera à jamais l'hilarité chez tous ceux qui ont eu le chance de poser leurs yeux dessus), au marketing, au jardinage, à l'art de l'effet décoiffé-mouillé et aux arts martiaux, le tout à grand renfort de bouquins et de revues tous dispensables. A force d'abnégation, Liza a quasiment tout connu avec le FCGB : la décadence avec la relégation administrative en deuxième division, la joie dans la douleur lors de la remontée en D1, la gloire d'une finale de Coupe de l'UEFA en compagnie de ses potes Zinedine Zidane et Christophe Dugarry. Manque juste un titre de Champion de France ou un but mémorable pour accrocher notre top 5.
En août 1995, Liza martyrise la défense des Néerlandais de Heerenven en Coupe intertoto :
En 2005-2006, il évoque sa période bordelaise pour Girondins TV :
Lizarazu revient sur sa période girondine par ChezLesGirondins

