
"Aréoport de Nice, aréoport de Nice,
cinq minutes d'arrêt..."
Oui. Un coup d'arrêt certes, mais pas celui de la médiocrité. Les journalistes et spécialistes consacrés
analysent les cycles de résultats de deux manières. Après une défaite, l'équipe peut soit se révolter, soit sombrer. Au contraire, une
victoire peut galvaniser les troupes et leur donner des ailes. Comme elle peut les griser en leur donnant juste ce qu'il faut de suffisance
pour prendre un coup de pelle de derrière les fagots contre une équipe anodine. Tout ça pour dire que Bordeaux surfe sur toutes les tendances.
Capable des plus grands exploits en allant battre Lyon à Gerland, comme de sortir honteusement de la Coupe de France contre des amateurs. On
aurait pu penser qu'au lendemain de la défaite contre Montceau-les-Mines, la honte aurait décuplé la volonté des Girondins de Bordeaux
d'aller créer l'exploit en allant battre l'avant-dernier du championnat. L'OGC Nice emprunt à de fortes galères internes, une proie facile
pour une équipe en quête de rachat. Au-lieu de cela, c'est une énième défaite.
Ricardo commence à être habitué à
composer avec les absents. Henrique, Jurietti, Darcheville, Dalmat et Cid forfait de dernière minute manquent à l'appel. C'est donc une
énième défense qui se présente à Nice.
Faubert, Jemmali, Planus et Marange protègent les buts gardés par Ramé, Fernando et Mavuba gèrent
l'axe défensif, Micoud et Francia l'animation du jeu et Chamakh assisté de Perea occupe les avants postes. Ricardo choisit l'option
offensive avec un schéma 4-4-2 modulable peut utilisé cette saison.
Paradoxalement, Bordeaux donne l'impression d'avoir du béton dans
les chaussettes et remonte le ballon avec une lenteur pachydermique notamment par Francia sur son flanc gauche qui ne sait pas quoi faire de la
balle ou plus surprenant encore par Faubert sur l'aile droite qui ne se trouve pas plus inspiré. L'attentisme du porteur du ballon est
manifeste à mesure que les solutions apportées par les attaquants se résument à aller s’enferrer dans la charnière centrale adverse. Si bien
qu’une équipe qui n’a pas gagné depuis 10 matchs aura des airs de Barça tant les marines et blancs ont laissé de largesses sur le terrain. Si
en plus de ça la défense offre littéralement le premier but sur une louche extraordinaire de Planus, il n’en faut pas plus pour être menés au
bout de dix minutes. Incapables de combiner et de redoubler les passes pour déborder une équipe d’une rare faiblesse, c’est au contraire l’OGC
Nice qui gère parfaitement ce début de match en exploitant les faux pas de l’adversaire. Que dire alors de la contre attaque du Gym qui mène au
second but quand Laslande dévie un ballon dans ses quarante mètres pour Balmont qui sur une touche lance Ederson totalement le seul sur le
flanc droit de la défense bordelaise ? Ederson part de sa moitié de terrain pour perforer l’arrière garde qui à mesure que le brésilien
progressait reculait sans opposer la moindre résistance. Ne voulant pas se jeter Jemmali offre l’angle suffisant au Niçois pour décocher une
frappe dans la lucarne de Ramé. Un attentisme coupable qui tranche considérablement avec le blokékip qui fut notre force l’an passé. De tels
espaces entre les lignes, un tel déséquilibre dans l’occupation une telle approximation, sont autant de problèmes qui vont au-delà des choix
tactiques, de la fatigue et des absents mais révèle un malaise psychologique inédit sous l’ère Ricardo. Si jusque là la formation du manager
brésilien n’avait pas brillé par la qualité et l’enthousiasme de son jeu, elle avait fait preuve d’une remarquable solidité défensive et d’une
réussite conséquente offensivement. Ces deux buts pris en début de rencontre caractérisent la nouvelle tendance des marines et blancs de
prendre quasi systématiquement le premier but assez tôt dans la rencontre. Les Girondins passent alors leur temps à courir après le score, se
rendant totalement vulnérable aux moindres contres. L’incapacité de gérer un résultat, de maîtriser le cours d’une partie handicape
considérablement la progression de l’équipe qui entame au contraire une régression par rapport à l’année dernière. La ligue des champions
devait permettre au club de passer un palier, était-elle trop lourde à supporter ?
Bordeaux va néanmoins réduire le score à la
demi-heure de jeu sur un mouvement limpide initié par Mavuba sur le flanc gauche qui combine avec Fernando et Marange dans un jeu en triangle,
le centre est prolongé sur un pas par Chamakh qui décale Micoud aux 20 mètres qui trompe Lloris d’une frappe pure de l’extérieur du pied.
Bordeaux sait donc parfaitement jouer au football, prendre à revers une défense statique et regroupée et jouer sur les qualités de chacun pour
construire une action de très bonne facture. Preuve étant qu’avec un peu de discipline, de professionnalisme, c’est possible d’offrir au public
du spectacle et faire honneur au statut du club copieusement raillé dans tous les médias consacrés au football.
L’équipe bordelaise
penche sensiblement à gauche en ce début de partie avec une légère collusion entre Micoud et Francia qui ont tendance à se marcher dessus. Les
actions les plus chaudes viennent du côté de Faubert qui n’est couvert par aucun milieu offensive, le premier rideau étant absent, la moindre
monté du latéral conduit aux trous béants laissés sur le second but. Ricardo décide alors de repositionner Perea un peu plus sur la droite en
laissant Chamakh seul en pointe. La pause arrive avec ce retard d’un but, le sursaut d’orgueil des girondins laisse espérer une seconde période
de qualité même si l’on sent l’équipe empruntée, lourde et peu inspirée.
On comprend mieux comment Cohen a réussi à attirer
Yiyian.
La seconde phase démarre avec la rentrée de la toute nouvelle recrue, Jussiê qui remplace Perea. Le schéma repasse en
4-5-1 classique avec une permutation Francia/Jussiê autour de Micoud replacé un peu plus haut auprès de Chamakh. Bordeaux joue plus haut et
monopolise le ballon. S’entame alors 45 longues minutes d’attaque/défense ponctuées par de timides contres niçois à raison de longs parpaings
en direction de Koné seul en pointe à 40m de ses milieux qui auraient pu faire mal sans la vigilance de Ramé et de Planus.
Malheureusement pour les supporters girondins, jamais Bordeaux ne saura exploiter cette outrancière domination, se montrant très mal
inspiré dans les derniers 30 mètres adverses, ce qui conduira à la peu flatteuse statistique de 0 tir cadré en seconde période. Pis encore, la
seule frappe dangereuse viendra de Fernando en toute fin de rencontre, un magnifique extérieur de 25 mètres rasant l’équerre du portier
azuréen. Malgré la présence sur le terrain de Fernando, Mavuba, Chamakh, Cavenaghi, Micoud, Obertan, Jussiê, jamais les Bordelais n’auront fait
trembler un relégable barricadé dans leur surface de réparation. Un mutisme et une stérilité inquiétants qui n’augurent rien de bon pour la
réception de Marseille.
Les boys :
Ramé : Crucifié par sa défense sur les deux buts encaissés,
Youl n'a pas eu le moindre arrêt à faire mais a du se montrer vigilant sur les longs ballons de contre à destination de Koné. Il a bien su
anticiper les ouvertures et sécuriser sa défense.
Planus : Se déchire totalement sur le premier but, cette fébrilité
ne lui est pas coutumière. Habituellement toujours propre et précieux en charnière centrale, il offre un caviar Ederson à cause d'une relance
foirée dans la surface de réparation. Ca coûte probablement le match.
Jemmali : De retour de blessure, il doit
remplacer Cid au pied levé dans l'axe central. Peu à l'aise à ce poste il commet la deuxième erreur défensive de la partie en filmant Ederson
qui se voit enfoncer une défense qui recule sur 30 mètres pour finalement lui laisser le champ libre pour placer une superbe frappe imparable.
Doit sortir sur un très vilain tacle par derrière sur Koné qui se verra seulement sanctionné par un jaune. Sale soirée pour le taulier
bordelais.
Marange : Enfumé tout le match par Fanni, Marange n'a pas non plus apporté quoi que ce soit offensivement.
Face à une équipe qui défend à 10 dans ses 16 mètres, la clé sont les côtés et malheureusement on ne vaut rien dans ce domaine.
Faubert : Comme son collègue latéral, Faubert a souffert défensivement, absent sur le second but, pris par Ederson à
chaque incursion, il aura également tout foiré devant en manquant tous ses centres et en étant incapable de prendre Varrault de vitesse.
Mavuba : Deux balles dangereuses perdues en tout début de partie, Rio a quand même retrouvé son rythme de croisière et
à livré une partie à l'image de ses récentes sorties : assez propres mais peu portées sur l'avant. Quand on connaît sa vitesse balle au pied
il est fort regrettable de ne pas le voir plus souvent jouer à la Tigana.
Fernando : Fébrile notre brésilien. Des
mauvais choix, de mauvaises passes, il ne parvient plus à retrouver son niveau de l'année dernière. L'un des rares à pouvoir perforer les
rideaux défensifs ou de frapper de loin, il se contente du minimum comme paralysé. Il n’est plus le moteur de l’équipe à tel point que sa
présence sur le terrain semble remise en question.
Francia : Son très bon début d’année serait-il une illusion ? Sa
lenteur et son manque d’implication portent vraiment préjudice à l’équipe. D’autant plus que ses coups de pieds arrêtés ne sont pas plus
efficaces que ses collègues. Espérons qu’il saura rebondir. Remplacé par Obertan qui se heurta à un mur niçois ne laissant pas exprimer son
talent.
Micoud : Cible de tous les maux girondins, Jo est pourtant le seul à avoir donné satisfaction. Il joue vers
l’avant, ses passes sont toujours justes, ses orientations biens choisies et que dire de ce magnifique but des 20 mètres après le seul vrai
mouvement footballistique du match ? A l’heure actuelle c’est le seul à mettre un peu d’ordre dans ce cafouillage et la présence de renforts en
attaque devrait lui permettre de nous montrer enfin toute l’étendue de son talent.
Chamakh : En forme début janvier,
il lève un peu le pied depuis son penalty manqué face à Niort. Rarement mis dans de bonnes conditions, il manquera sa seule action sur un très
bon service de Micoud. Remplacé par Cavenaghi pour les 20 dernières minutes, il a du touché un ballon.
Perea :
Titulaire aux côtés de Chamakh, il aura beaucoup bougé. Mais le peu de ballon qu’il a touché furent très mal exploités notamment à cause d’une
trop grande propension à conserver le ballon trop longtemps. Repositionné à droite pour combler le boulevard laissé aux mains des Niçois il
n’aura pas su profiter de toutes les blessures pour s’imposer. Remplacé à la mi-temps par Jussiê qui aura joué étonnement très bas sur son côté
gauche. Sa superbe percée éliminant 4 joueurs sera son seul fait d’arme.
Alors qu’une victoire nous aurait replacé à l’affût du peloton
de tête, cette défaite nous place dans une position peu enviable à équidistance de la deuxième place et de la quinzième. Même si sur ce
championnat aucune équipe ne parvient à aligner des performances il est fort dommage de ne pas pouvoir profiter des hésitations de nos
adversaires directs.
Rien n’est fini, mais il faut d’urgence se réveiller. |