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Rien de mieux qu'une bonne vieille lettre pour faire savoir à Jacques Rousselot, le président de l'AS Nancy-Lorraine, ce que nous pensons des procédures qui occupent son emploi du temps actuel.

Quand il est ceinturé, Pablo Correa ne simule pas.
Cher M. Rousselot,
C'est avec le modeste statut de supporters, des Girondins de Bordeaux en particulier et du football en général, que nous vous adressons ce communiqué non officiel.
Nous avons pris connaissance de vos récents propos relatés sur le site lequipe.fr (qui font suite à beaucoup d'autres), au sujet de l'«affaire» Micoud:
«Tout le monde s'est ému de la façon dont Nancy a été injustement pénalisé lors de ce match. Si l'arbitre a bien validé le résultat (2-1), il a également reconnu qu'il avait été abusé et qu'il y avait eu tricherie (de Micoud). A partir de là, et sans vouloir jouer les "Monsieur propre", je veux lancer une jurisprudence et c'est pour cette raison qu'on a fait appel devant la FFF. Quand un coureur gagne un Tour de France et qu'il est reconnu coupable de tricherie, il est déclassé. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas procéder de la même manière. Ça permettrait d'aider les arbitres, de rendre le football plus attractif et de décourager les tricheurs».
Reconnaissons-le, il s'agit là d'un magnifique plaidoyer contre la tricherie, qui effectivement et depuis longtemps constitue pour le football un véritable fléau difficile à éradiquer. En cela il est parfaitement légitime que Johan Micoud ait été sanctionné, rendons grâce à votre acharnement et à la noblesse de l'arbitre du match M. Poulat qui a pu se dédouaner de son erreur en chargeant le joueur bordelais, qualifiant son attitude d'«abjecte et dépourvue de moralité».
Soit... il est vrai que tout au long de sa carrière, notre meneur de jeu a démontré un net penchant pour la destruction du jeu et traîne une réputation de joueur abject et amoral...
Euh en fait non c'est pas vrai du tout, que nous faites-vous dire! En tant que créateur de jeu, il a sans doute été bien plus souvent victime que coupable de la tricherie. Et pour ne parler que du match face à l'ASNL, fort de vos louables revendications, ne vous sentez-vous pas trahi par vos propres joueurs qui se sont allègrement adonné aux joies du ceinturage dans la surface et à la distribution de semelles, tacles appuyés, et autres fautes d'anti-jeu, tant et si bien que votre équipe a terminé la rencontre à 9? Les images montrent que si le joueur bordelais peut se permettre un ippon (magnifique) sur Chris Malonga, c'est bien parce que ce dernier a pris soin de commencer les hostilités, on plaidera donc la légitime défense... contre l'anti-jeu.
Pour l'attractivité de notre sport favori, qui vous est semble-t-il si chère, il serait bon que ceux qui essaient de jouer tant bien que mal au football ne soient pas contraints à la tricherie par une autre forme de tricherie plus vicieuse et moins spectaculaire. Quand l'entraîneur de son propre club déclare fièrement «Si vous voulez du spectacle, allez au cirque», peut-on légitimement se poser en donneur de leçons et s'élever en pourfendeur de pratiques néfastes à la beauté du sport?
Mais en bon passionné, vous défendez logiquement les intérêts de votre équipe donc allez-y, lancez votre jurisprudence salvatrice. D'ailleurs il est bien connu que les dernières jurisprudences, bien plus justifiables, qui ont touché le football lui ont fait un bien fou (arrêt Bosman et autres).
Sauf votre respect la comparaison avec le Tour de France constitue une excellente démonstration de la médiocrité de votre approche. Le cyclisme est un sport d'équipe, comme le football. Donc le coureur Johan Micoud a triché, on fait quoi? On le déclasse du classement des étoiles France Football? Si vous voulez déclasser les Girondins de Bordeaux sachez tout de même que ça ne se passe pas tout à fait comme ça en cyclisme, sauf pour Richard Virenque mais il n'a pas fait jurisprudence.
Tiens d'ailleurs l'ASNL n'a-t-elle pas elle-même mérité son déclassement pour un acte de tricherie manifeste lors d'un match de sinistre mémoire contre Toulouse (entre autres) et un plongeon de fort belle facture de Benjamin Gavanon? Le monde du football s'en serait très certainement ému si votre ami Olivier Sadran n'avait pas été votre ami et avait eu l'élégance d'étaler sa rancoeur sur la place publique. Il semble que vous ne soyiez pas le mieux placé pour vous lancer dans de belles envolées lyriques sur la propreté de notre sport favori. Pourtant vous l'ouvrez en grand et en large, on vous a connu plus discret. C'était le bon vieux temps...
Si l'on suit votre raisonnement, que dire de la vilaine semelle de Sébastien Puygrenier sur Wendel à terre? Doit-on également se révolter contre le hors-jeu oublié de Moncef Zerka sur son but, puisqu'Henrique est derrière la ligne de but au moment de la remise (astucieuse) d'Hadji laissant Ulrich Ramé seul défenseur entre l'attaquant nancéien et ses cages? C'est un débat sans fin, sauf si on accepte l'idée que l'arbitre puisse se tromper.
Pour finir avec cette histoire aussi abracadabrantesque qu'effrayante, on ne doute pas que votre jurisprudence se voudra rétroactive et qu'il faudra déléguer une commission chargée de visionner un à un les 380 matches de Ligue 1, et ceux de Ligue 2 aussi, et tiens pourquoi pas le national, la CFA... jusqu'aux compétitions de poussins (on ne sait jamais, Nancy a sans doute été lesé là aussi), et détecter toutes les décisions arbitrales sujettes à caution. Puis modifier le classement en conséquence. Faites gaffe, vous n'êtes pas à l'abri de la relégation... en 2014 quand on aura fini de compter.
Le football français marche un peu sur la tête en ce moment, entre les affaires de banderoles, de racisme, les sanctions à l'emporte-pièce, et la paranoïa multi-active de Jean-Michel Aulas. Vous avez voulu apporter votre écot à tout ce joyeux bordel, sacrifiant même un avocat sur l'autel du ridicule par ondes interposées, c'est un choix. De notre côté nous sommes heureux que notre club soit entre les mains d'hommes tels que Jean-Louis Triaud et Laurent Blanc qui ont dignement choisi, en des circonstances semblables, de respecter les aléas du jeu.
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