Samedi 4
Novembre, 19h00, Lyon vient de perdre son premier match de
la saison, toutes compétitions confondues. Immédiatement son président, Jean-Michel Aulas, moins classe que ses joueurs qui reconnaissent leur
défaite, s'en prend aux médias, à la Ligue, aux arbitres,
aux autres équipes, etc... Voici un parfait exemple de l'usage approprié de l'expression : « le torchon brûle ». Cette belle image est
couramment employée (environ 156 fois par an) pour désigner toute tension qui anime le Championnat de France de football, entre clubs, entre
joueurs, etc... Pourquoi donc un emploi aussi systématique de cette expression ? Est-ce une façon déguisée de cacher la faiblesse linguistique
du journalisme sportif, obligé de recourir à des termes répétitifs pour ne pas rendre son texte incompréhensible ? Que nenni ! Explication de
texte :
Deuxièmement (oui, nous n'abordons plus le premièrement, c'est joué d'avance de toute façon), il convient
de s'interroger sur le terme « torchon ». Il est intéressant de constater qu'il n'est nullement fait usage de textile plus noble, tels la
soie, le cachemire ou autres. Certains théoriciens célèbres en Sciences du Langage avancent l'explication historique. Ainsi Jérôme Rothen
écrit dans ses mémoires (Ed du Plomb, 20 pages illustrées) qu'il faut voir dans l'emploi de « torchon » un lien avec le champ lexical de la
torche, vouée à brûler. Depuis son arrivée en capitale française, le crédit apporté à ce chercheur a sérieusement diminué, nous préférons du
coup nous pencher sur une explication plus plausible. Ainsi, le torchon serait le symbole de relations d'ores et déjà de piètre qualité, pour
lesquelles le monde environnant n'attend qu'une combustion, quasi-spontanée. La serpillère aurait pu être utilisée, mais c'est trop long à
taper.
A l'époque, déjà, le torchon brulait entre joueurs et arbitres.
Depuis, c'est le scapulaire que les équipementiers
consumment petit à petit.
Troisièmement, le verbe désignant la combustion rappelle immanquablement la première science qui fit
passer l'homme de l'état de Trifon Ivanov à celui d'homme moderne. Il n'est pas atomisé, il n'implose pas, ne se décompose pas sous
l'effet d'agressifs acides (comme José Touré), non, il brûle, purement et simplement. Et sa combustion entraîne une élévation de la chaleur
ambiante, ce qui confère à l'évènement déclencheur une importance démesurée. Ainsi, moultes oppositions entre Marseille et Paris, de très très très grand matches, en face
desquels pâlit un Manchester United-Barcelone, se sont terminées par d'insipides rencontres, sans expulsions seules à même de combler
l'attente d'avant match.
Planquez vos torchons.
De tout cela, nous pouvons conclure que cette image, dont l'utilisation a
dépassé le cadre footballistique, est devenue un outil pour faire monter la pression. Elle rappelle les instincts primaires des
lecteurs/supporters, exaltent les passions en promettant de sanglants combats, à coups de déclarations assassines. Seulement, depuis que la
Corse a quitté la Ligue 1 (pour le plus grand bonheur des records de spectateurs à l'année), depuis que les Coupes d'Europe sont devenus le lieu de rencontre entre
équipes composées d'artistes, les guerriers anciens ont quitté ce noble sport qu'est le football. Certains, comme Carlos Tevez ou Edixon Perea, gardent des surnoms prévalant de leur esprit
belliqueux, mais l'Apache et le Pitbull sont en fait des joueurs techniques et talentueux (certes, ça reste à prouver pour le premier nommé).
Ayons donc une pensée pour les gladiateurs niçois en voie d'extinction, et prions pour qu'ils se maintiennent en Ligue 1. Cependant, avec des
personnages aussi fantasques que le président lyonnais, nous pouvons affirmer sans soucis que l'expression au coeur de ce texte sera de
nouveau utilisée, remercions le sincèrement.
Quand on veut défier un Niçois sur son terrain, mieux vaut y mettre de la conviction.
Bétisier de la rédaction :
R1 : Nickel l'illustration.
R2 : Sinon tu peux aller bruler un torchon dans ta cuisine
et prendre une photo. Moi j'ai la flemme.
R1 : Moi j'ai ma femme.
R2 : Je comprends, on touche pas aux torchons de sa
femme.
R3 : Non ne brûle pas ta femme !
R1 : j'ai une bombe artisanale sinon. |