Dernier match avant Noël oblige, les Girondins avaient décidé de brader des places à deux euros pour les moins de 16 ans à l'occasion de la réception de Troyes ce samedi. Une belle occasion pour les supporters d'initier leurs rejetons aux charmes du stade Chaban-Delmas. On a essayé. Pas sûr qu'ils l'aient pris comme un cadeau. L'un d'entre eux témoigne.
« Alors on arrive mon frère et moi au grand stade. Papa n'a pas voulu qu'on prenne le ballon, le sac à dos plein de goûter et la grande bouteille d'eau qui pique, comme quand on va à Galin ou dans le stade de chez tonton et cousin. Après l'entrée on trouve des dames gentilles qui nous flanquent un trait bleu marine et un trait blanc sur les joues. Il y a foule mais moins de petits que d'adultes ou de grands. On va pour jouer au ballon dans comme un terrain gonflable, mais c'est des grands qui sont plus en maternelle qui jouent et il y a beaucoup d'attente autour. Pareil pour les buts, gonflables aussi. Aux jeux sur écran, on est trop petit. Comme pour les autos-tamponneuses. Et puis il y a beaucoup de monde et papa ne veut pas qu'on se sépare. Heureusement il reste le parcours-aventure, au moins on voit bien, on est au-dessus de tous ! On se dépêche parce que papa appelle très fort : "la compo, c'est la compo des équipes". On comprend pas bien ce que c'est mais ça a l'air très important, il fait des gestes comme quand il est impatient. Mais on gagne quand même des bonnets de Père Noël roses et des bonbons, beaucoup de bonbons, forcément, il en reste au monsieur et les gens sont tous partis très vite.
Alors c'est comme dans les matches dans les petits stades en fait il n'y a que deux équipes. Les bleus de la France et de Bordeaux et les trois. Les 3, papa ? "Non, les Troyens, quoi, c'est une ville". Le n°20 (Saivet) fait un truc très fort, papa explique qu'il prend un intervalle, chaloupe un dribble, accélère, puis papa fait "ooooh !" en criant presque. Il le fera souvent, papa, ce soir, de faire comme crier, mais juste presque. Avec mon frère, on a tout compris. Pour être un très fort avec les bleus, il faut avoir un numéro qui commence par 2-, comme le 23 (Marange) ou le 26 (Sertic). Facile, non ? J'explique ça a Papa, qui est tout drôle entre soupir et sourire, je vois bien qu'il est d'accord. Je suis fier, en plus je sais compter jusqu'à 28, ça tombe bien. En fait ça marche jusqu'après le repos, parce que le 27 (Planus) fait bobo à un Troyen de 3 en arrivant tout couché par terre sur sa cheville, bien plus tard que le moment où le ballon soit passé là. Le monsieur en jaune lui montre une carte de la même couleur, mais ça n'a pas l'air de lui faire plaisir. Justement, le Père Noël bizarre (il est tout maigre et pas ridé) monte l'escalier de la tribune et distribue des cadeaux aux enfants. Mon frère a une carte représentant le monsieur 23 bleu qui est très fort, je suis jaloux parce qu'à moi il donne des bonbons alors que j'en ai déjà tout plein. En fait on s'ennuie un peu. Même papa fait comme quand il fait semblant de s'intéresser, je vois bien. Alors je dérange tous les gens de la travée une première fois parce que j'ai soif. Papa nous amène à la buvette, où il n'y a personne mais les gens sont gentils, papa achète une bouteille d'eau et on nous donne des chocolats parce que je demande une carte avec un joueur mais ils n'en ont pas. On remonte et comme j'ai bu je veux faire pipi alors on dérange à nouveau toute la travée. Papa a une drôle de tête quand je lui demande si on pourrait pas plutôt aller voir un spectacle et mon frère veut partir. Je crois que ce qui décide papa c'est quand mon frère dit qu'au moins dans les petits stades, on voit des buts. En partant, on entend depuis la rue le stade qui gronde comme au repos au milieu du match, mais en plus fort. Mon frère pense que c'est parce que tout le monde n'a pas eu de bonnet rose de Père Noël, mais moi je sais bien que c'est parce qu'il n'y a pas assez de cartes avec des joueurs, même sans parler des jaunes qu'on ne fait que montrer sur le terrain. »

