Heureusement que la bête est malade… les médias catastrophistes nous commentent à foison les déboires des sextuples champions de France, parfois à raison au regard de leur inquiétant parcours européen, mais visiblement leur hégémonie hexagonale n’est pas prête de s’éteindre. Objectivement moins solide et virevoltante que les années précédentes, cette équipe lyonnaise est tout de même encore largement au-dessus de la concurrence. De quoi remettre une petite louche dans la marmite déclinologiste d’une L1 tristounette sans repères. C’est en tout cas le commentaire naturel qui peut découler après le premier choc de la saison entre Bordeaux et Lyon.

« C'est avec grand plaisir que j'ai l'honneur de vous annoncer que l'OL Spliff est désormais disponible. D'ailleurs Bernard est en train de nous en concocter un, et croyez-moi, vous n'allez pas regretter d'être venu ! »
Si Lyon a jusqu’alors éprouvé beaucoup de difficultés à maintenir sa feuille de route en L1, c’est aussi parce que les équipes adverses n’entendaient pas donner un chèque en blanc aux Lyonnais comme elles ont trop souvent l’habitude de le faire. Effectivement, Lyon était trop fort sur ce match là, mais il serait malhonnête de se cacher derrière cet argument pour chercher à se dédouaner de toute responsabilité et mettre cette défaite sur le dos du fatalisme. On peut dire que Bordeaux a grandement facilité la tâche des Gones en multipliant les erreurs techniques et tactiques.

« Rastaman vibrations, yeah. »
D’abord, monsieur Blanc, pourquoi diable sacrifier un 4-4-2 qui a donné jusqu’alors entière satisfaction (avant cette dixième journée, les Girondins sont à un point du leader) au profit d’un 4-5-1/4-4-2 losange bâtard qui déroute un peu tout le monde ? Est-ce pour y intégrer Johan Micoud ? Probablement. Et les observateurs trouveront sans doute le prix à payer un peu cher pour faire jouer un apathique joueur en fin de carrière. A la décharge du meneur de jeu bordelais, les numéros dix à l’ancienne n’ont plus réellement leur place dans le football moderne ou tout du moins pas dans une équipe de L1 pas toujours en forme. Obliger Fernando à occuper un poste qu’il n’aime pas et dans lequel il ne donne pas satisfaction, se passer d’un second réel attaquant, créant un déséquilibre offensif mais surtout défensif, tout ça pour faire sortir Micoud à la mi-temps ? Ce n’est pas sérieux. Surtout après avoir déclaré dans la presse que Micoud n’avait pas sa place à domicile, qu’il était plus sage de profiter de son talent et de son expérience pour les rencontres à l’extérieur. Un changement de tactique qui n’était pas justifié et qui a grandement facilité l’explosion du bloc bordelais dans lequel les champions de France se sont régalés en jouant à merveille dans les intervalles et dans le dos de la défense.

« 5 grammes, t'entends ? J'en veux 5 grammes ! »
Autre point, le fameux turn-over. Le supporter de base aura remarqué que depuis Baup jusqu’à Ricardo, les entraîneurs successifs n’étaient pas des adeptes des groupes qui tournent au contraire d’un Claude Puel qui en a fait une philosophie. Beaucoup de supporters enrageaient à l’idée de voir toujours les mêmes 11 débuter les rencontres, sacrifiant les remplaçants parfois de grande valeur. Aujourd’hui, l’inverse fait sursauter. Certes, les calendriers sont dantesques et il est impossible de garder un groupe au top sans faire tourner l’effectif un minimum. Mais on peut tout de même s’interroger sur la préparation de ce match lorsque l’on sait que sous couvert de faire reposer les titulaires, le 11 de départ n’avait pas joué depuis 15 jours. Il est difficile de préparer une rencontre en faisant jouer la B à l’entraînement pour disputer les échéances intermédiaires qui chagrinent.

« T'inquiètes pas Sydney, c'est de la bonne. D'ailleurs tu verrais l'état du vieux avec qui je viens d'en fumer un p'tit, éhé... »
L’attentisme et le manque flagrant de cohésion de l’équipe dans le premier quart d'heure en témoigne. A Tampere, déjà, les Marines et Blancs avaient fait preuve d’une rare mollesse, ce qui leur a valu bien des tracas. Etre mené contre Lyon dès la 5ème minute, ce n’est pas se placer dans les meilleures dispositions. Surtout à domicile. La volonté de jouer haut, de prendre le milieu de terrain d’assaut pour étouffer les visiteurs. C’est précisément le contraire qui se produit. Incapable de franchir la ligne médiane, Bordeaux a vu les vagues lyonnaises percer la défense avec une déconcertante facilité, remonter le ballon de leur 16m comme dans une cours de récré et marquer quasiment à chaque incursion dans la surface.
Arrêté, spectateur, pas inspiré, le bloc bordelais a livré un véritable non-match et s’est fait punir.

« I shot the sheriff »
Malgré ces problèmes évidents, on peut difficilement dire qu’untel a réellement été mauvais. C’est une déroute collective, une faillite tactique qui finalement peut faire le plus grand bien. Bordeaux devenu plus séduisant depuis l’arrivée de Laurent Blanc, n’avait cependant pas trouvé de quoi s’étalonner. C’est chose faite, et il y a du travail. Cela ne doit pas pour autant faire oublier un très bon début de saison, les Girondins sont toujours dans la course, 4 points seulement les séparent des leaders après un début de saison marathon (2 matchs de coupe d’Europe, un de coupe de la ligue et la rencontre de Saint-Etienne, Monaco, Lille, Paris, Lyon en championnat). Une petite remise en question et un ajustement salvateur peuvent laisser présager une saison réussie, surtout en observant la défection des principaux concurrents (Monaco, Paris et Marseille au plus mal).

« Wow, avec OL Spliff j'sens mes ch'veux qui poussent ! »
Ramé : Difficile de taper sur le capitaine exemplaire, mais cette fois, on peut difficilement l’épargner. Sur un centre dans ses 6m, on doit sortir. Sur le premier but et sur le dernier, son manque d’anticipation coûte cher même s’il fut grandement abandonné par une défense amorphe. Sur le second but, il anticipe une frappe croisée au sol, ce que 90% des attaquants auraient fait. Manque de bol, Benzema fait partie des 10 autres %.
Chalmé : Volontaire sur son aile, il a quand même du mal à se placer. Le cul entre deux chaises, il n’a pas su choisir entre la nécessité de porter le danger pour soulager son équipe et s’acquitter de sa tâche défensive. A sa décharge, s’enfiler Ben Arfa et Benzema, c’est pas chose facile.
Jurietti : Pourri toute la première mi-temps par des attaquants lyonnais en grande forme il cède sa place à la pause à Chamakh. Ca allait trop vite dans son dos, dans une défense à la rue. Un match à oublier.
Planus : A l’image de sa défense, il a plus subi qu’il n’a imposé sa présence en défense. Toujours premier sur le un contre un il n’a pas su colmater les brèches et a coulé comme les copains. Battu sur le but non accordé de Benzema, dépassé par Govou dans l’axe, il n’a pas vécu pareil rencontre depuis des lustres.
Diawara : Deux buts encaissés de la tête sur coup de pied arrêté, c’est à lui de faire la police dans la surface avec son gabarit et il laisse à Benzema toute la latitude pour fusiller Ramé. Quelques duels gagnés et de bonnes relances tout de même.
Diarra : L’essentiel de la construction de la victoire lyonnaise s’est passée dans son dos, dans l’intervalle qu’il a laissé vide. Seul devant la défense, les jambes sciées au bout d’une demi-heure, Alou paie son super début de saison par une fatigue trop grande pour assumer son boulot.

« Non mais c'est une infection votre truc, on peut même plus respirer ! »
Fernando : Puni en étant placé à cheval sur l’axe droit et sur l’aile droite il a apporté quelques assauts offensifs, mais son placement ne lui permet pas d’assumer un quelconque rôle. Ni milieu défensif, ni ailier, ça donne une rencontre où il ne sert finalement à rien. Dommage car c’est à son vrai poste que l’on a pêché.
Micoud : Casper du soir, ça va trop vite pour lui et s’il n’est pas dans un fauteuil il ne peut pas profiter de ses passes lumineuses. Il s’est en revanche bien battu, ce qui n’est déjà pas si mal pour lui. Remplacé par Alonso qui aura montré un entrain rafraîchissant. Percutant, mobile et provocateur, il signe une rentrée très intéressante.
Jussiê : Toujours le même problème avec lui, personne ne sait où il joue réellement. Meneur de jeu, deuxième attaquant, ailier… c’est le flou artistique. Il a cependant dynamisé l’attaque par ses prises de balles et ses provocations. Mais on a le sentiment qu’il n’est pas utilisé comme il se devrait. Bien placé sur le but également.
Wendel : Seul à tenter de provoquer sur son aile, il aura subi la dureté des défenseurs lyonnais qui ont multiplié les fautes sur lui. Replacé arrière gauche à la pause, ce n’est pas son poste, on l’a vu.
Chamakh : A sa rentrée, il a joué le fixateur qui a manqué en première période. Combatif comme à son habitude, il profite d’une cagade d’Anderson pour livrer un caviar à Jussiê. Une action pleine de sang froid qu’il n’a pourtant pas l’habitude de mener à bien.
Bellion : Match à la con pour les attaquants où tu sais que tu auras 2 voire 3 bon ballons à jouer dos au but sans jamais espérer frapper un jour au but. Remplacé par Obertan qui a joué sur ses qualités sans faire basculer la fin de match.

« Merde, je sais même plus où j'habite. » |