Il est sûr que de passer du football flamboyant,
virevoltant et léché de France/Italie au laborieux, approximatif et moribond Bordeaux/Nice n'est pas chose facile. On a peine à croire qu'il
s'agit du même sport, et bien malin celui qui parviendra à convaincre les sceptiques des joies du ballon rond que ce sport peut, en de rares
occasions, rassembler près d'1/3 de la planète devant l'une de ses représentations.
C'est là aussi que l'on se rend compte que le
football n'est pas qu'un spectacle, qu'un passe temps, mais aussi une passion qui permet au-delà de toute raison saine de rester, sans
risquer la surdose de prozac, 90 minutes devant une parodie de jeu.
Difficile aussi, avec la chaleur de l'après-midi et l'heure
inhabituelle, de voir un bon match. Comme si le contexte déboussolait suffisamment les équipes pour assurer le strict minimum. Ce match
pourtant promettait une belle bataille. Nice, bon dernier avec un petit point en 4 matchs devait réagir pour ne pas sombrer dans la crise.
C'est toujours difficile de jouer un mal classé, celui-ci sort souvent un match un peu fou en total surrégime, monté à l'orgueil et à la peur
du vide. Bordeaux se devait d’effacer deux revers successifs et ne pas se trouver décroché du wagon de tête. Victoire impérative à domicile,
pour le public, pour le moral, pour les points et pour aborder plus sereinement la ligue des champions.
On le sait, Ricardo veut
faire tourner et ne souhaite pas que le même 11 de départ joue l'intégralité des 3 rencontres capitales de la semaine (Nice, Galatasaray et
Marseille). Jurietti suspendu, Enakarhire trop juste, le coach doit remanier sa défense. Jemmali et Planus seront dans l'axe, Marange gardera
son flanc gauche et c'est Faubert qui prendra la place de Jurietti.
Dans l'axe du milieu pas de changement Ducasse et Mavuba
s'occuperont de la récupération, Micoud jouera en soutien de l'attaquant. La surprise vient de la titularisation de Wendel, la recrue
exotique sur le flanc gauche qui pousse Alonso sur l'aile droite. Darcheville occupera seul l'avant poste. Les blessures et les suspensions
mettent en lumière les lacunes d'un effectif, ou sa force…
En dépit de l'enjeu (ou à cause peut-être) le match débute sur un tempo
moyen et la première demi-heure est un festival d'approximations, de fautes techniques, de passes manquées, de transversales en touche, de
passes dans le dos... un taux de déchets hors du commun et un niveau de jeu faible. Il faudra attendre le premier but pour voir les marines et
blancs sortir la tête de l'eau. Premier but qui aurait d’ailleurs dû être refusé pour un ascenseur flagrant sur Marange avec un Varrault qui
s'appuie des deux mains sur le dos du défenseur bordelais pour placer sa tête, bien aidé par une énième sortie kamikaze de Ramé.
Difficile alors de savoir comment les Girondins pouvaient réagir, eux qui n'avaient pas eu la moindre occasion en 35 minutes. Un homme
va débloquer la situation. Un gus tout maigre au physique improbable et totalement inconnu il y a 15 jours, Wendel, en l'espace de 5 minutes
va délivrer un caviar à Darcheville, au réalisme retrouvé, et marquer son premier but sous ses nouvelles couleurs. Bordeaux s'en sort bien
après une première mi-temps d'une lourdeur inimaginable et d'un niveau médiocre.
La seconde période sera du même acabit, avec un niveau
général très faible et une évolution du score marquée par deux penalties litigieux. Le premier, une faute de Varrault sur Faubert dont le tacle
semble régulier si ce n'est qu'il est par derrière, le second un tampon XL de Marange sur Vahirua qui ne souffre d'aucune contestation si ce
n'est que la faute est clairement en dehors de la surface.
La fin de match fut tendue et c'est en serrant les fesses que Bordeaux signa
son 3ème succès en 5 matchs.
Une petite touche d'optimisme pousse à considérer que la faiblesse girondine et individuelle peut être
largement expliquée par l'absence physique ou mentale de titulaires et une période de rodage en marche. On constate que Fernando manque
cruellement, notamment dans son rôle de numéro 8 en liaison directe avec Micoud qui est littéralement privé de ballon ce qui, par répercussion,
prive l'attaque de plus de situations.
Bordeaux pointe à 4 points des co-leaders ce qui est satisfaisant même si l'on peut être inquiet
de voir l'équipe régresser.
Une observation au sujet des choix de Ricardo qui dispose d'exactement les mêmes joueurs en défense que
l'année dernière (aucun départ), la meilleure de L1, et qui ne les aligne pas. Ca donne 7 buts encaissés en 3 matchs. Ca fait beaucoup.
Les bons élèves:
Darcheville: ce n'est pas sans un certain plaisir que nous mettons le Darche au
sommet. Jamais avare de critiques à son égard, il faut reconnaître quand il fait un bon match. Mercredi, après le doublé de Govou, on pouvait
railler que c'était la semaine des boulets et qu'une tanche ne se réveille jamais seule. Paf, 2 buts de Darche, une barre et quelques bons
déboulés sur l'aile font que pour une fois le « dragster » a retrouvé un niveau plus en rapport avec son standing.
Wendel: l'inconnu carioca est la surprise du 11 de départ. Ricardo a choisi de le titulariser sur la flanc gauche afin de
recréer cet équilibre qui fait tant défaut aux Girondins. Bilan tout à fait honorable avec un but, une passe décisive et une partie de bonne
facture. Présent, volontaire, disponible, c'est encourageant.
Mavuba: à l'image de son début de saison. Présent dans son
secteur, il est le seul à vraiment donner une impulsion vers l'avant. Il souffre de l'absence de Fernando car il doit faire le boulot de deux
joueurs dans son collègue Ducasse est hors du coup.
Les moyens:
Planus/Jemmali: difficile de dire
qu'une défense centrale a été bonne quand on prend deux pions, mais il n’y a pas grand chose à reprocher à nos deux libéros. Il est vrai que
les attaquants niçois n'ont pas permis à la défense de jouer des coudes, mais ça reste solide.
Marange: il coûte deux
buts (et encore, le premier est discutable), mais son match n'a pas été mauvais, notamment son entente avec Wendel et Darche sur le flanc
gauche.
Les cancres:
Ducasse: ok, il a 19 ans. Mais alors, quel match minable de notre petit
milieu défensif... un nombre incroyable de mauvaises passes, de fautes inutiles et de mauvais choix. Complètement à la rue et ce n'est pas
sans conséquence avec notre niveau global de jeu. C'est lui qui par ses passes à l'ouest anéantit les relances et les contres. Vivement que
Fernando revienne, ça ne peut plus continuer.
Faubert: on dirait que ça le gonfle de jouer latéral et qu'il le manifeste
en chiant son match. Défensivement approximatif, offensivement absent, il a brillé par son incapacité à intégrer le collectif. C'est
préoccupant et çà n’est pas comme ça qu'il sera plus souvent en bleu.
Micoud: Il a touché un trop faible nombre de
ballons, absent des débats, résigné, pas en rythme, notre meneur de jeu manque son début de saison. Il doit prendre ses marques et peser sur le
jeu. A sa décharge, il s'est trouvé forcé d'évoluer un cran plus bas, et d'abandonner son costume de meneur de jeu. Il a donc dû suppléer
Ducasse, bien approximatif dans ses relances, ainsi que l'absence de Fernando. C'était sans doute beaucoup trop demander à l'ami Johan vu
son volume de jeu actuel
Alonso: il a tout manqué et ses pertes de balles ont été extrêmement dangereuses et donnent
l'action du second but niçois. Un match sans.
Ramé: d'hab' il sauve la barraque, là il se troue sur le premier but,
sort n'importe comment devant Koné, ne rassure pas sa défense non plus... un bel arrêt à son crédit sur une grosse frappe de Bellion, mais
c'est super faible.
Vivement le retour des hommes forts, sinon on va au devant de grosses désillusions.
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