A
l’abord de la rencontre face à Auxerre, la plus champêtre des formations de L1 Orange, beaucoup de supporters avisés auraient signé des deux
crampons pour un point glané dans l’Yonne. L’Association de la Jeunesse Auxerroise tourne bien, invaincue depuis 7 matchs, les Girondins n'y
ont pas gagné depuis 4 saisons, et en plus ils ont une nouvelle pelouse. Tous les ingrédients du match piège sont réunis. D’autant plus qu’il
est difficile de mesurer l’état de forme des Bordelais au lendemain d’une fiesta mémorable après la conquête de la coupe de la Ligue. Vont-ils
surfer sur l’euphorie du titre et balayer leur adversaire ou au contraire accuser le coup ?
Ireneusz Jelen vient de
découvrir que c'est Carlos Henrique qui s'occupera de lui ce soir.
Inflexible dans son schéma tactique, Ricardo
reconduit son 4-5-1 victorieux des Lyonnais. Dans les buts Ramé, une défense à 4 avec Marange à gauche, Jurietti à droite et le duo imperméable
Planus/Henrique dans l’axe. A la récupération Fernando et Mavuba, à l’animation Jussiê à gauche et Faubert à droite, Micoud dans l’axe, et
Chamakh seul en pointe.
Les confrontations entre les deux équipes sont rarement prolifiques en buts et les matchs se résument plus à une
bataille de tranchés qu’à du hourra football, d’autant plus que si Bordeaux reste sur deux nuls consécutifs en déplacement (Sedan et Monaco),
ils ne l’ont emporté qu’à seulement trois reprises. Autant dire que du côté marine et blanc il faudra saisir la moindre opportunité pour
enlever la victoire. Le premier quart d’heure illustre parfaitement les enjeux avec un rythme soutenu mais une qualité technique aléatoire. Le
milieu girondin tient bien le ballon obligeant les Bourguignons à jouer long pour trouver Jelen, Kahlenberg et surtout Akalé qui se déplace sur
tout le front de l’attaque. Cheyrou joue assez bas et sa liaison avec Kahlenberg est régulièrement coupée par le duo Mavuba/Fernando. Le
blokékip girondin, à l’image des 4 ou 5 dernières rencontres, semble imperméable mais Jelen pose pas mal de difficultés à la charnière
centrale.
La première occasion est à mettre au crédit des visiteurs avec un bon travail de pressing de la part de Jussiê et Marange qui
étouffent la relance auxerroise pour trouver Chamakh dans la surface qui remise de la tête pour Micoud qui devance son défenseur et oblige
Sorin à se coucher. Le match se débride alors et devient plus direct. Les deux équipes se rendent coup pour coup et sont à deux orteils
d’ouvrir la marque. Kahlenberg d’abord, qui bien décalé sur le côté gauche de la surface voit son tir passer au ras du poteau de Ramé, puis
c’est au tour de Chamakh d’avoir l’ouverture du score au bout du crampon en gagnant son duel face à Sorin avant de se marcher sur le short dans
une improbable imitation de la marche des Monthy Python. Jelen bute sur Ramé quasiment à bout portant tandis que Fernando voit son tir arrêté
sur sa ligne par un défenseur de l’AJA sur un service millimétré de Micoud dans l’angle droit de la surface.
Alors que tous les
indicateurs annonçaient un match terne et fermé, le public de l’Yonne assiste à un match plein d’allant et ouvert. Les deux équipes se
neutralisent après avoir eu chacune la possibilité de prendre l’avantage. A la pause un score nul et vierge ponctue une mi-temps de bonne
facture.
"On
m'avait pourtant juré qu'en maillot moulant j'aurais la même silhouette que Kahlenberg".
La seconde période recommence sur
les mêmes bases mais va se voir considérablement perturbée par l’exclusion de Cheyrou à la 52ème minute. A la limite de l’incorrection depuis
le début de la partie, le capitaine de l’AJA se voit logiquement attribué un second carton jaune. En supériorité numérique les Girondins vont
passer leur seconde période dans le camp bourguignon en gardant un œil sur le duo Akalé/Jelen. Auxerre se contente de balancer des briques vers
leurs deux attaquants mais la défense bordelaise est vigilante.
Paradoxalement, à 11 contre 10, Bordeaux aura plus de mal à se créer
des occasions franches tout en faisant le siège des buts bourguignons. Une domination stérile qui illustre le mal chronique qu’éprouve
l’effectif bordelais à forcer son destin, à profiter des faiblesses et des errements de ses adversaires. Une seule concrétisation, un seul but
sur les 4 ou 5 occasions franches du match suffisait pour prendre 3 points très précieux pour la suite du championnat. Beaucoup de rencontres
furent le théâtre d’un tel constat. Si l’année passée les Girondins avaient la réussite nécessaire pour gagner la plupart de ses matchs par le
plus petit des écarts, la plus mauvaise attaque des 10 premiers de L1 ne parvient pas à faire la différence à l’image des deux frappes de
Jussiê, étrangement seul dans la surface, qui disparaissent dans les tribunes. Et l’on sait que dans l’Yonne il ne fait pas bon disparaître. Le
bloc est de retour, espérons que maintenant que Ricardo dispose de toutes ses forces vives, il saura en tirer le meilleur rendement.
Points perdus bêtement ou bon résultat à l’extérieur, les adversaires directs à la ligue des champions ne sont pas plus enclins à
vouloir se faire la malle. Chaque journée offre un prétendant sérieux différent au podium, une déception laisse place à l’espoir ou l’illusion
s’évapore au moindre faux pas.
Il faudra sans doute attendre les deux matchs consécutifs à domicile pour savoir si c’est un bon point de
pris ou une nouvelle bafouille.

" Juré, le prochain match on le finit à onze."
Les boys :
Ramé
: même s’il n’a pu suivre que des yeux la frappe de Kahlenberg, il aura une nouvelle dois était décisif et principal artisan du verrou
bordelais.
Jurietti : si défensivement le bouillant latéral est parmi les plus redoutable de L1, son apport offensif
est anecdotique. Son incapacité à effectuer un centre est tout de même très problématique. Reste qu’il est présent dans ses taches défensives
et qu’il n’est pas non plus étranger dans la solidité bordelaise.
Marange : son poste est sans doute le plus
concurrentiel, avec Jurietti et Wendel, mais le jeune du centre de formation relève le défi. Très convaincant face à Lyon où il a su contenir
toutes les attaques sur son flanc gauche, il réédite une partie solide et sérieuse. Son apport offensif, s’il reste assez maigre, se révèle
être plus intéressant que son homologue du flanc droit, notamment sur les tentatives de loin.
Planus/Henrique : auteur
d'un sauvetage chacun dans les pieds de Jelen la nouvelle charnière en forme se montre intraitable depuis un mois. Plus posée, elle se
débarasse moins du ballon et commence à assumer son premier rôle de relance.
Mavuba : visiblement fatigué depuis la
finale Rio aura assuré le strict minimum en posant son jeu sans déchets. Sorti à l’heure de jeu pour donner plus de poids offensif. Remplacé
par Wendel qui se plaça sur le flanc gauche.
Fernando : déjà auteur d’une finale de grande qualité, Fernando finit
aussi fort sa saison qu’il l’avait entamé de manière discrète. Présent dans tous les secteurs du jeu, râtisseur infatigable, détonateur en
attaque, il aura même la meilleure occasion du match. Le regain de forme de l’équipe n’est pas étranger au retour en forme du taulier
bordelais. L’Homme du match probablement.
Jussiê : peut-être le joueur qui a le plus de talent pur sur le terrain,
mais malheureusement pour les marines et blancs, il n’aura pas pu faire étalage de son potentiel. Maladroit devant le but, fébrile en début de
partie, il aura quand même livré un combat défensif plus qu’intéressant empêchant bien des contres auxerrois. On aimerait peut-être qu’il soit
plus présent dans l’animation offensive. Remplacé par Alonso qui a apporté de la profondeur mais toucha peu de ballon.
Micoud
: il aurait pu ouvrir le score sur une frappe bien captée par Sorin et offre un véritable caviar à Fernando. Beaucoup de ballons
touchés il a profité de la supériorité numérique pour organiser le jeu. Dommage qu’il ne soit toujours pas décisif dans ces moments là, il en a
largement la capacité.
Faubert : il a touché un nombre très faible de ballons et même s’il a réussi à prendre le
dessus quelque fois sur Jaurès, son apport est quasi vide. Le Faubert explosif et décisif de l’année passée est bien loin… Remplacé par
Cavenaghi qui montra une grosse volonté.
Chamakh : ce véritable lion est un poison né pour les défenseurs… et un
agneau sous sédatif pour les gardiens de buts. Régulièrement gagnant dans les duels avec les défenseurs adverses, il est dans le même temps
tout le temps perdant dans son dernier geste. Un mutisme maladif qui l’empêche de passer un palier et de s’approcher des sommets.
Auxerre aussi a eu son
JS.
Bordeaux est 7ème, à 4 points de Lens second, et compte un match en moins. Tout est encore possible. |