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Gaëtan est de retour et il vous souhaite une très bonne année !
Voici donc le 5ème épisode de notre saga Guéguette, ou
comment les Girondins de Bordeaux ont tapé le grand Milan AC et la
mafia russe.
Nous avons revu Bordeaux-Milan AC (1/4 de finale de coupe de l'UEFA 1996, victoire 3-0 des Girondins, ndlr)
et ce qui est frappant c'est qu'on a l'impression que ce type d'exploit
est totalement impossible de nos jours. Le pressing tout-terrain exercé
pendant 90 minutes par les Bordelais, par exemple, est incroyable.
Comment expliques-tu ce qui s'est passé ce soir-là ?
On est parti au vert 2 ou 3 jours avant le match à Lège-Cap Ferret avec Gernot (Rohr, l'entraîneur de l'époque, ndlr).
On était dans les bois, c'était sympa, on était super bien et à
l'entraînement tu sentais un parfum. Tu sentais le truc qui prenait
bien, dans les jeux, dans la préparation, les répétitions de coups de
pied arrêtés, le toucher de balle... Il y avait quelque chose. On se
regardait, et on savait que quelque chose était en train de se passer.
Moi, c'est là que j'ai su qu'on allait battre le Milan AC. Là, je me
suis dit « on va le faire ! ».
C'est ça qui est incroyable !
Quand on regarde la cassette retraçant l'épopée européenne de
1995/1996, on voit des interviews de Dugarry et Lizarazu sur le plateau
de FR3 Aquitaine dans lesquels ils disent : « Rendez-vous mardi au
stade, on va éliminer Milan ».
Surtout qu'on est revenu de Milan sans avoir vu une seule fois le but de Rossi (défaite 2-0 de Bordeaux, ndlr). Là-bas on ne s'est jamais mis face au jeu. Il y a juste une occasion de Witschge sur la fin, mais sinon il n'y a rien !
De nos jours on n'imagine pas des joueurs venir annoncer une victoire face au meilleur club du monde en direct à la télévision.
Je pense qu'ils l'ont dit aussi pour se motiver, en
extrapolant. Avant de partir à Lège-Cap Ferret on se disait qu'on
verrait bien. Mais à Lège il s'est passé un truc.
Quel a été le discours de Gernot Rohr ?
Il a été lucide en nous disant que tout était possible. Je
pense que lui aussi a senti qu'il allait se passer quelque chose. Tout
comme avant la finale contre Munich j'ai senti qu'on ne gagnerait
jamais. C'était mort. Même avant de jouer je le savais déjà.
Pour en revenir au match contre Milan, quel était votre plan ?
Pendant le match, Platini explique dans ses commentaires que Philippe
Lucas coupe parfaitement la relation entre Baggio et Weah.
Philippe a fait un match extraordinaire, tout à fait. J'ai
revu le match il n'y a pas très longtemps, je ne l'avais jamais revu.
C'est vrai que Lucas récupérait tous les ballons, on anticipait tout
leur jeu, on était vraiment en symbiose.

Les shorts sans sponsor, c'était quand même vachement plus classe.
Dans cette équipe, il y avait
des jeunes joueurs tels que Fernandez, Toyes, Anselin,
Fischer, Histiolles ou De Blasiis qui n'ont pas fait une grande
carrière après cette épopée. Réussir un tel parcours avec des joueurs
aussi improbables, c'est ce qu'on appelle « avoir l'esprit de groupe » ?
Ouais ! Il y a eu une union qui s'est créée durant la coupe
intertoto, la « coupe à Toto » comme on l'appelait. Cela nous embêtait
plus qu'autre chose de la jouer et puis on s'est pris au jeu. A
l'époque il y avait des poules en Intertoto, pas comme maintenant où tu
fais un match et t'es en UEFA. Je me rappelle des matchs au mois de
juillet quand il faisait beau et qu'on devait partir au vert...
C'est pour cela qu'on a eu un contre-coup en championnat, aussi. Si tu
regardes les premiers matchs de championnat, on est parti à fond parce
qu'on était tous plein de gaz. Ensuite si tu regardes la première
quinzaine de novembre, tu vois nos résultats plonger. A ce moment-là
t'as l'impression d'avoir déjà joué une saison et t'attends décembre
pour recharger les batteries.
Qui étaient les leaders dans le groupe cette saison-là ?
Il y a toujours des leaders. Il y avait le noyau des anciens,
et puis les jeunes étaient toujours à l'écoute, ils avaient un bon
fond. La réussite passe par des mecs qui ont un bon fond, qui acceptent
de ne pas être titulaires, qui savent être là quand ça ne va pas. Cette
saison il y a eu un « truc » vraiment bien, c'était sympa. Mais c'est
vrai que c'était au détriment du championnat.
Et vous avez vécu des déplacements incroyables durant cette
épopée. Celui à Volgograd, en Russie, en 1/16 de finale semblait des
plus pittoresques...
En réalité, maintenant on peut le dire, le club de Volgograd (qui avait éliminé Manchester United en 1/32 de finale, ndlr)
appartenait à la mafia russe. D'habitude on allait toujours dans des
supers hôtels, et quand on est arrivé là-bas on a demandé à Bibi (Bernard Bilatte, l'intendant des Girondins, ndlr)
qu'est-ce que c'était que cet hôtel. Chez nous cela n'aurait même pas
été un deux étoiles. On nous a expliqué que si on n'était pas allé dans
cet hôtel-là on n'aurait pas récupéré nos bagages à l'aéroport. On
était obligé d'aller dans cet hôtel. Mais ce sont des aventures
extraordinaires, tu vis des choses. Ensuite ils ont demandé à des
filles de nous appeler tout le temps à l'hôtel pour nous perturber au
maximum. Il voulaient vraiment la qualification ! J'avais déconné au
match aller (cf épisodes précédents), il y avait eu 1-1, ils
venaient d'éliminer Manchester... Quand tu regardes les stats, en coupe
d'Europe l'équipe qui fait 1-1 à l'extérieur à l'aller elle est
qualifiée à 90%. Donc c'est vrai qu'ils ont tout essayé.
On va encore revenir à ce fameux
match contre Milan. Penses-tu que ce genre d'exploit d'un club français
sur un match aller/retour soit encore possible ?
Oui, parce qu'il y a toujours eu des exploits dans notre
football. Metz a battu le Barça, Toulouse a battu le Naples de
Maradona. T'as toujours des matchs de référence.
Là cela fait bien longtemps qu'on n'en a pas vu.
C'est vrai.
C'est peut-être la faute de cette culture individualiste, de ce
manque de « culture-club » que tu évoquais précédemment. C'est
peut-être plus difficile de souder une équipe pour ce genre d'exploit,
on est peut-être un peu démissionnaire ?
Pas démissionnaire. Moins concerné, peut-être.
Désormais avant ce genre de match on entend les Français dire :
« le salaire d'un de leur joueur équivaut aux salaires de toute notre
équipe », ou ce genre de chose.
C'est parce qu'il n'y a plus de culture-club. Moi ça
m'embêtait, pour être poli, que l'équipe d'en face soit donnée
favorite. Surtout lors d'une confrontation internationale. Lorsqu'on a
joué contre le Betis de Séville (1/8ème de finale, ndlr), je me rappelle très bien de Michel Platini me disant : « Gaëtan, vous n'allez pas perdre contre les espagnols, hein ! ».
Aujourd'hui il n'y a plus ça.
Toujours sur la cassette de l'épopée 1995/1996, il y a une
interview de Joachim Fernandez qui va être titularisé pour la première
fois de sa carrière justement contre le Betis qui illustre bien cela.
Il dit : « Ils ont des chaussures, on a des chaussures. Ils ont des
maillots, on a des maillots. La vérité c'est sur le terrain, c'est tout
». Aujourd'hui, on n'imagine pas un jeune joueur parler comme ça, on
l'entend plus parler du salaire de l'adversaire. On a l'impression
qu'ils ont trop de respect parfois.
Moi j'étais plus motivé si les mecs d'en face étaient des
internationaux mieux payés que moi. Par exemple, contre Milan à un
moment il y a un ballon en profondeur, Marcel Dessailly vient me
presser et me dit : « Qu'est-ce que ça peut vous foutre de vous
qualifier ? ». « Tu crois que je vais te laisser gagner ? », je lui ai
répondu.
Sur ce match, je pense que la grosse connerie qu'a faite Milan c'est de
ne pas faire jouer Savicevic qui à ce moment-là était leur meilleur
joueur.
Ils avaient fait jouer le deuxième gardien, Ielpo, aussi.
Oui, enfin Rossi c'était pas non-plus...

« Ils ont un stylo, j'ai un stylo. »
BONUS : LA FEUILLE DE MATCH DE BORDEAUX-MILAN 1996
(click-droit + « enregistrer sous »).
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