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Suite de l'entretien avec Guéguette. Dans cette 2ème partie, l'ancien gardien bordelais évoque les conditions de son transfert de Marseille à Bordeaux ainsi que son fameux record d'invincibilité dans championnat de France qui ne s'appelait pas encore "Ligue 1 Orange" mais dans lequel il y avait des stars.
Comment s'est passé ton transfert à Bordeaux ?
Je n'avais plus la possibilité de jouer à Marseille. Ce n'était pas que je n'avais plus envie, on me l'interdisait. L'entraîneur, Beckenbauer, voulait que je joue mais on me l'interdisait pour une raison simple que je n'ai plus peur d'évoquer aujourd'hui : quand je me suis blessé, la venue de Pascal Olmeta s'est faite sous la condition que même lorsque je serai revenu à mon meilleur niveau il serait le titulaire indiscutable. Il n'y avait pas de discussion possible. C'est la vérité, il faut que ça se sache.
Donc n'ayant plus l'opportunité de jouer, j'ai décidé de partir. Je ne recherchais pas l'aspect fiancier puisque j'ai fait des sacrifices pour venir à Bordeaux qui en plus avait une épée de Damoclès au dessus de la tête (ndlr : Nous sommes en 1991 et le club ne sait pas encore s'il sera rétrogradé administrativement en D2, ce qui sera finalement le cas). Il y avait 4 ou 5 clubs intéressants dont Montpellier qui me voulaient, mais j'avais Bordeaux dans le coeur car Claude Bez avait essayé de me recruter à plusieurs reprises auparavant. Donc je suis venu à Bordeaux, tout en sachant que le club avait de grandes chances d'être rétrogradé, en signant un contrat d'un an avec un avenant plus important derrière. C'était un bon choix car on est remonté tout de suite et on a vécu une année fabuleuse. C'est certainement ma plus belle année aux Girondins de Bordeaux. L'ambiance de camaraderie dans le groupe, le public qui suivait parce qu'il savait qu'on était pas pénalisés sportivement, c'était extraordinaire.

Voilà à quoi ça mène de piquer la place de Guéguette.
Et c'était peut-être la plus belle équipe que la D2 n'ait jamais connue...
Oui, l'équipe avait été bâtie intelligemment, avec beaucoup d'expérience, beaucoup d'envie, des joueurs revanchards comme moi qui n'avait pas joué depuis un an. La course-poursuite avec Strasbourg a été fabuleuse. D'ailleurs quand on avait joué à Strasbourg ils nous avaient battu 2-1 avec un coup franc de Franck Leboeuf et après le match j'étais très énervé parce qu'ils nous avaient plus ou moins volé et j'avais déclaré que si ils terminaient devant nous je mangerais une rat mort. On a fini devant eux, mais un jour j'ai reçu un colis au Haillan et il y avait un rat dedans. C'était de la part des supporters de Strasbourg, « tu peux bouffer ton rat ». Cela avait bien fait rire tout le monde dans le vestiaire. On avait gagné le titre en s'imposant à S Seurin-sur-l'Isle à quelques journées de la fin avec un pénalty de Rainer Ernst entre autres, et Strasbourg avait du jouer des barrages contre Rennes pour monter. Je m'en souviens, on était à la plage avec Lizarazu à faire du jet-ski en rigolant en pensant aux Strasbourgeois qui nous avaient fait chier toute l'année et qui devaient encore se battre pour la montée.

Merde Guéguette, va falloir arrêter les paris à la con maintenant.
En 1992/1993, tu établis le record d'invincibilité en championnat en n'encaissant aucun but durant 1176 minutes. Lors de la 1ère journée, on prend 5-0 contre le PSG au Parc. Après ce match, tu as déclaré : « Ce soir j'ai fait 39 998 heureux et 2 malheureux, mon père et ma mère, mais on finira meilleure défense du championnat ».
Oui, et ce qui est rigolo c'est que l'homme de terrain de Canal + ce soir-là était Grégoire Margotton avec qui je travaille de temps en temps et avec qui je m'entends très bien et on en reparle souvent. Il se souvient que je l'avais envoyé chier, ce qui est un peu compréhensible.
Je ne cherche pas d'excuses, mais c'est vrai que ce jour-là on était partis le jour du match et on avait essuyé une tempête au-dessus de Paris. C'était un vol régulier, pas un vol privé, on a été ballotés au dessus de Paris pendant une heure sans arriver à se poser, comme c'était un avion de ligne nous n'étions pas prioritaires. Il y a pas mal de mecs qui ont été malade, des voyageurs qui ont rendu... Moi j'étais assis à côté des portes, là où on peut allonger ses jambes, à côté d'un stewart. Comme on était en survêt' il a vu qu'on était des joueurs et il nous a demandé quand est-ce qu'on jouait. Quand on lui a dit qu'on jouait le soir-même, il nous a répondu qu'on risquait d'avoir les jambes un peu flasques. Nous on lui a répondu que non, ça irait...
On perd 5-0 et sur les 5 buts y en a 6 pour moi, donc... (rires) Après, à la conférence de presse j'ai garanti qu'on finirait meilleure défense et suite à ce match-là je n'ai pas pris de but pendant plus de 13 matchs. En plus le but que je prends et qui arrête la série, c'est un but contre son camp d'Eric Guerit à domicile face à Montpellier qu'on bat 2-1. C'est un coup-franc d'Asanovic, Eric Guerit qui est à l'extrémité du mur se tourne, saute, la balle lui tape dans l'épaule et part dans la direction opposée à celle où elle devait aller au départ. Je touche la balle, elle tape le poteau et elle rentre. On a gagné 2-1 mais j'avais l'impression qu'on avait perdu. Pas un bruit dans le vestiaire, tout le monde s'était pris au jeu.

Aljosa Asanovic, ici sous le maillot messin, joueur extraordinaire qui n'aura jamais joué sous les couleurs d'un club digne de son talent.
Comment tu analyses ce record ?
Il y avait une volonté après ce match à Paris qui avait été exécrable et lamentable, surtout pour moi. Et quand je dis « blanc », je prends un engagement et je fais tout pour que ce soit « blanc ». Donc je me suis battu avec moi-même pour me dire que c'était un accident, parce que c'était un accident, et il y a surtout eu une prise de conscience de l'effectif. On s'est engrainés au fil de matchs, on prenait pas de buts et à force on ne rentrait plus sur le terrain en se disant qu'on allait gagner mais en se disant qu'on prendrait pas de buts. Et quand tu ne prends pas de buts, tu as de fortes chance de gagner. On s'est tous pris au jeu, c'était extraordinaire. C'est pour ça que quand on a gagné 2-1 contre Montpellier on a pris un gros coup de massue.
C'était un gros truc parce que c'était de plus en plus médiatisé, et je me souviens que tout le monde attendait la barre des 1000 minutes fatidiques parce que le précédent record était détenu par Jean-Luc Ettori avec 900 minutes et quelques. La barre des 1000 minutes, je l'ai passée dans un stade mythique pour moi, le Vélodrome. C'est au cours d'un Marseille-Bordeaux (0-0) que je passe la barre des 1000 minutes, et dans la tribune bordelaise les supporters se sont mis à hurler à ce moment-là. Je me suis demandé s'il y avait eu un but sur un autre stade avant de réaliser.
Comment on joue quand on a ce record en tête ? On est galvanisé ?
On pense à ne pas prendre de but, mais on ne pense pas au record parce que tous les records sont faits pour être battus. Un record, c'est le record d'un système, d'une équipe, d'un groupe. Seul, tu ne peux pas y arriver. Rolland (Courbis, l'entraîneur de Bordeaux à ce moment-là, ndlr.) savait nous galvaniser par rapport à ça. Il nous disait : « On en n'a pas pris pendant 5 matchs, on va en prendre un aujourd'hui ! ». A chaque match il avait une petite anecdote, et nous à chaque fois on rentrait sur le terrain en se disant : « Aujourd'hui on n'en prend pas ! ». On savait qu'on allait faire 1-0, 2-0. Et on termine dans les 3-4 premiers (ndlr : Bordeaux finira 4ème derrière Marseille, le PSG et Monaco, ce qui est pas mal pour un promu).

Courbis allait jusqu'à menacer les adversaires de s'arrêter de respirer s'il mettaient un but à Huard.
C'est un très très bon souvenir. J'ai rencontré plusieurs fois Just Fontaine qui a le record de buts en coupe du monde et la dernière fois que je l'ai vu il m'a dit : « On est tranquille pour un moment, j'pense ». Lui je pense que ça va, parce que maintenant en coupe du monde les équipes sont tellement au même niveau que c'est difficile de mettre des « casquettes », en ce qui concerne mon record tout peut arriver en football. Mais c'est vrai qu'il va être difficile à battre.
Le jour où il sera battu, je me dirai que merde, ça fait chier parce que quelque part c'est une reconnaissance. J'ai tellement été montré du doigt, comme par exemple quand j'ai pris ces 5 buts contre le PSG. C'est comme quand tu vois Sébastien Frey (entretien réalisé au lendemain de Ukraine-France, ndlr). On est tellement exposés à notre poste qu'on paie ca$h l'addition. Nous, quand on fait une connerie, le tableau d'affichage bouge tout de suite. Donc quand t'en prends 4, 5 ou 6... Moi je n'ai pris que 3 fois 5 buts dans ma carrière. Une fois au Matra, une fois au PSG et une fois à Mulhouse en D2 avec Bordeaux. On menait 1-0 et on a perdu 5-1. Quand tu prends une « casquette » comme ça, tu as l'impression que chaque fois qu'ils attaquent ils vont marquer. Tu n'as qu'une envie, c'est que le match se termine. Alors quand tu es en 1ère mi-temps et que tu en as déjà pris 4...
à suivre...
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GMDS : Gabriel Obert...
Il faudrait peut-être lui mettre des ...
GMDS : Gabriel Obert...
Excellent article ! Bravo.
GMDS : Gabriel Obert...
Excellent, ce GMDS !
Haillan's Arena : la...
la merde
GMDS : Gabriel Obert...
MDr. Excellent.