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Cette semaine, chezlezgirondins.com vous propose un entretien avec Gaëtan Huard. Le joueur qui arriva aux Girondins en D2 en 1991 et quitta le club suite à une finale de coupe de l'UEFA en 1996 fait partie des gardiens de but qui ont marqué le club marine et blanc à tout jamais, même s'il n'a pas connu les couleurs historiques du club durant sa présence dans l'effectif. Nous avons balayé en sa compagnie toute l'actualité footballistique au cours d'une discussion de 90 minutes virile mais correcte (un magnétophone évacuée sur civière dès le 1er ¼ d'heure).
Voici donc le 1er épisode de notre saga Guéguette, dans laquelle il est question de l'évolution du football.
Depuis l'arrêt de ta carrière, tu restes un observateur privilégié de la L1 de par ton rôle de consultant pour Canal +. Peux-tu nous parler de l'évolution du football depuis l'époque où tu jouais ?
Cela a énormément changé ces dernières années, mais c'est un phénomène de société qui n'est pas applicable qu'au football. Aujourd'hui la concurrence est plus forte dans tous les domaines, y compris dans le football avec l'obligation de résultats qui s'impose de plus en plus avec l'argent. Mais le principal changement, c'est l'absence de « culture-club ».
Aujourd'hui tu peux signer un contrat de 4 ans en juin et partir en décembre parce que tu ne joues pas assez, ou que c'est le président qui t'a voulu et pas l'entraîneur, ou vice versa. Je pense avoir fait le tour de France, hormis l'est, c'est à dire le nord avec Lens, le sud avec Marseille et l'ouest avec Bordeaux. Chaque région a sa culture, ses habitudes, et aujourd'hui tout cela est bafoué. Tu ne peux pas avoir une culture-club si t'es à Lens en juin et que tu te retrouves à Paris, Bordeaux ou Marseille en décembre. C'est le système qui est comme Ca, et ça ne me plaît pas particulièrement parce qu'on fait du joueur de foot un mercenaire. Mais si le joueur pense d'abord à son contrat c'est parce qu'on lui a donné, on n'a jamais vu un joueur rentrer dans le bureau d'un président avec un pistolet en disant : « moi j'veux tant, et tu vas me donner tant ! ». Ils gagnent des sommes astronomiques, c'est vrai qu'ils sont dans la démesure quand le pouvoir d'achat est au coeur de toutes les discussions. Et maintenant je le vois d'autant plus que je suis passé de l'autre côté de la barrière.
Donc il n'y a plus d'identité-club, elle est bafouée. J'ai porté la maillot du RC Lens, j'étais fou de mon club qui était mon club formateur, je me suis battu pour le maillot de mon club. Après j'ai eu l'opportunité de partir à Marseille mais c'était une étape sportive, je ne pensais pas à l'argent même si c'est vrai que dans notre milieu l'argent est fortement lié à la mutation, et j'y ai découvert une autre culture. Marseille c'était pas le club familial, pas le club formateur, c'était le haut niveau. L'adaptation est plus délicate, l'engouement est différent, la culture-midi n'est pas la même que la culture-nord. A Bordeaux c'est encore une autre culture. A Alicante, en Espagne, aussi.
Aujourd'hui, quand un joueur fait 10 clubs dans sa carrière, la culture est bafouée. Il doit y avoir un respect du maillot, du club et du public. Pour moi, tout cela n'existe plus.
L'apparition des maillots third illustre bien cette tendance, non ?
Alors ça, ça me fait bien marrer. Marketing, marketing, ok. N'empêche que les couleurs de Bordeaux c'est bleu-marine et blanc, donc le maillot il doit être bleu-marine et blanc. Aujourd'hui on fait un troisième maillot pour l'aspect financier et c'est celui qui se vend le plus, mais un maillot rouge ou jaune à Bordeaux c'est une perte d'identité. Tu peux très bien faire de beaux troisièmes maillots en respectant les couleurs du club. Il faut aussi penser aux supporters. Quand on a abandonné le marine pour un maillot lie-de-vin exécrable à entretenir au niveau de la colorimétrie et du lavage tant et si bien qu'on finissait par être rose, on a bafoué le club (ndlr : Gaëtan Huard évoque ici le maillot girondin sous la présidence d'Alain Afflelou de 1991 à 1996). Donc au niveau des clubs de supporters, il faut tout changer aussi. Le mec qui s'est saigné pour une banderole ou une écharpe n'a plus qu'à la jeter car elle est obsolète. Donc là on en est même à perdre l'identité-club sur les maillots. Je viens d'apprendre que l'Equipe de France allait jouer en rouge ! Si c'est pour un match, éventuellement, ça va, mais bon... Je suis assez surpris quand je vois Marseille en orange, d'autant plus que cela évoque une marque d'opérateur téléphonique et que leur sponsor en est une autre. Enfin bon, c'est Orange qui doit être content (rires).

La version extérieur du fameux maillot « lie-de-vin ».
Et à quoi cette évolution est-elle due ?
C'est la faute du système, des instances. A mon époque la saison commençais en juillet, et quand t'arrivais pour tes 5 semaines de préparation en juin l'effectif était fait à 99,9%. Aujourd'hui, au bout de 10 journées de championnat ton effectif n'est pas fini ! Pour moi, tu commences en juin avec 30 joueurs et hormis blessures graves tu finis en mai avec les 30 mêmes joueurs. Il faudrait aussi penser plus aux joueurs qui sont au chômage pour renforcer ton effectif, avec des plages de recrutement plus longues car tous les chômeurs ne sont pas mauvais.
A ton époque il n'y avait pas de mercato d'hiver.
Non. Ca c'est un truc scandaleux, le mercato d'hiver. Quand je jouais à Lens, je m'étais mis d'accord avec Marseille avant l'ouverture de la période de transferts. Donc on commence à parler transferts avant que la saison soit finie. Là t'as commencé le championnat début août, t'as ton effectif complet au bout de 10 journées donc t'es quasiment en novembre, et t'es déjà en train de te dire qu'il faut que tu changes des trucs au mercato de décembre. Donc grosso-modo, de juin à décembre t'as pas ton effectif.
Quand on dit que les joueurs sont des mercenaires qui ne pensent qu'à l'argent, il faut avouer qu'il est difficile pour eux de penser à autre chose à partir du moment où il n'y a pas de culture-club qui est instaurée. Normalement, tu dois te dire que si tu signes 3 ans à Bordeaux c'est pour y gagner des titres et apporter des choses, pas pour attendre d'avoir une proposition plus importante dans l'année. Le soucis c'est que c'est très souvent le président qui fait le recrutement, dans un esprit de marketing. Il y a plein de joueurs qu'on impose à l'entraîneur même s'il n'en a pas besoin, juste pour qu'ils vendent des maillots.
Tout cela fait qu'on bafoue le sport. C'est tout et n'importe quoi. Pas de respect, pas de culture, et le joueur est un mercenaire qui est un jour ici, un jour là-bas, il s'en fout. Et à chaque fois qu'il change de club il augmente son salaire, en plus.
Tu penses que c'est spécifique à la L1 ?
Je pense que c'est pareil à l'étranger, mais je m'intéresse d'abord à ce qu'il se passe dans mon pays. C'est marrant parce qu'en ce moment sur une station de radio qui parle de foot de 16h00 à minuit (ndlr : RMC), ils demandent aux gens de donner leurs idées pour changer le foot en France. On a bafoué les règles, on a bafoué le respect, on a tout bafoué. Donc c'est ouvert à n'importe quoi, il n'y a plus de limites. Le fait qu'on n'ait plus de championnat découle de ça. Il y a Lyon et les autres. Il n'y a plus Marseille, il n'y a plus Paris, il n'y a plus Monaco. On a Bordeaux par intermittence mais on n'a pas de régularité dans ce championnat. Sur les 5-6 grosses équipes qui devraient être présentes tous les ans, il n'y en a qu'une qui est là.
Comment expliques-tu la décrépitude de la L1 ?
C'est très simple, les 60 meilleurs joueurs français sont à l'étranger. C'est la seule explication.
N'est-ce pas également une question d'état d'esprit ? On a l'impression que les clubs français se cachent toujours derrière l'excuse financière, pourtant autrefois il y avait des exploits français en coupe d'Europe. D'ailleurs les joueurs français qui ont joué à l'étranger disent que c'est est une spécificité française de se poser autant de questions avant de rencontrer un gros club.
On en revient à la même chose. C'est une question de moyens financiers, mais c'est surtout qu'aujourd'hui les compétitions ont changé et qu'on fait des poules. Avec les poules il n'y a plus de surprises, les meilleurs se qualifient. En match aller/retour, les meilleurs sont pas sûrs de passer. C'est ça qui change la donne. C'est le monde dans le monde dans lequel on vit. Dans le monde des affaires dans lequel j'évolue aujourd'hui, c'est la même chose (ndlr : G.Huard et sa compagne ont créé en 2004 une société spécialisée dans le soin des ongles, et depuis 2006 ils possèdent des franchises un peu partout en France). Ce qui intéresse les gens, c'est ce qui rapporte de l'argent. Et ce qui rapporte de l'argent ce sont les 14 plus grands clubs européens, pas ceux qui ne vont pas t'amener de sponsors.
Ce qui n'est pas normal, et là je suis tout à fait d'accord avec Michel Platini, c'est que le champion du Luxembourg ou de Norvège ne participe pas à la Ligue des Champions (ndlr : En fait le champion de Norvège, Rosenborg, participe bien à la Ligue des Champions cette saison même s'il a du passer par un tour préliminaire). Et d'un autre côté il y a des pays qui ont 5 représentants, ce qui est du grand n'importe quoi. C'est là qu'on a commencé à bafouer l'intégrité du sport. Aujourd'hui on avantage des clubs et on en désavantage d'autres. Les clubs norvégiens ont besoin de se mesurer aux meilleurs pour progresser. C'est l'universalité du sport qui est bafouée.
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GMDS : Gabriel Obert...
Il faudrait peut-être lui mettre des ...
GMDS : Gabriel Obert...
Excellent article ! Bravo.
GMDS : Gabriel Obert...
Excellent, ce GMDS !
Haillan's Arena : la...
la merde
GMDS : Gabriel Obert...
MDr. Excellent.