5ème volet de notre saga Daniel Riolo, avec Luis Fernandez, Didier Roustan, Raymon Domenech et l'Equipe de France au grand complet en guests stars !
Chez Les Girondins : Vous qualifiez Luis Fernandez de « footeux à l’ancienne ». Vous êtes nostalgique ?
Daniel Riolo : Bah évidemment, tous les gens qui aiment le foot vraiment, les passionnés, qui ont une grande culture foot, sont tous nostalgiques. Cela ne veut pas dire que t’aimes pas le foot actuel, moi le Liverpool-Arsenal que j’ai commenté mardi soir, j’en bondissais sur ma chaise. Je commentais avec Didier Roustan pour CFI, une télé africaine, j’étais comme un fou, il y avait super longtemps que je n’avais pas été dans cet état là pour commenter un match, c’était grandiose. Même si c’est plein de business, là on est dans le pur football malgré tout. Mais je pense quand même que tous les passionnés ont cette nostalgie. J’adore me souvenir des Coupe du Monde 1982 et 1978, me souvenir des matches, comment ils jouaient, la compo... J’adore ça, et Luis (Fernandez) aussi. Lui, il a la nostalgie de son époque, où il y avait des aventures humaines, des mecs qui jouaient dans des clubs longtemps ensemble, qui ont eu toute cette aventure en équipe de France, qui formaient une vraie bande. Platini négociait les primes pour tout le monde, c’était un mec ultra collectif, même si c’était la seule star de l’équipe. Il était triple ballon d’or, il arrive à la coupe du monde, il était généreux avec tout le monde, il était extraordinaire. Luis dit en parlant de Thierry Henry : « Tu vois bien que ce gars ne pense qu’à lui, à ses contrats. Je suis sûr qu’avec Trezeguet c’est du pipeau, que c’est vraiment pour des problèmes d’égo s’il n’est pas là. Qu’il arrête de nous faire croire qu’ils sont tous amis, ce n’est pas vrai ça ! ». J’ai vachement édulcoré dans le bouquin, parce qu’on ne voulait pas de procès. Il ne l’aime pas beaucoup. Il le dit franchement. Mais ça, des problèmes qu’on connaît en off, il y en a plein. Quand tu vois que Ben Arfa et Benzema ont vingt ans tous les deux, une carrière devant eux, et qu'ils trouvent le moyen d’être embrouillés... Ils ont grandi ensemble au centre de formation de Lyon, et ils ont rien d’autre à foutre que s’engueuler pour une histoire d’agent ?
CLG : De nos jours, un éducateur de football est obligé de dire à ses mômes : « N'écoutez pas ce que disent les joueurs, c’est aseptisé, langue de bois, il n'y a rien à en retirer. Regardez comment ils jouent mais les écoutez pas ».
DR : Ouais, maintenant est-ce que le mental des joueurs était beaucoup plus profond dans les années 80, je ne pense pas. Je pense qu’il y avait simplement dans leur façon d’être une honnêteté plus grande, et la médiatisation, les contrats, l’argent, ont beaucoup modifié les choses. Il y avait plus de sincérité, d’honnêteté, une plus grande notion de plaisir. Je trippe cent fois plus sur l’Equipe de France des années 80 que sur celle d’aujourd’hui ou celle de 98. Avant je la supportais, maintenant j’en ai rien à foutre.
CLG : Nous avons énormément de mal à regarder les matches de l'Equipe de France en entier. C'est solide, mais au niveau du jeu il n'y a rien.
DR : On n'a pas un bon sélectionneur, parce que les atouts il les a. Domenech n'est ni un bon entraîneur, ni un bon technicien et n'a jamais été un bon joueur. Vous me direz, il y a des bons entraîneurs qui n'ont pas été des bons joueurs, comme Wenger ou Mourinho, mais Domenech ne fait pas bien jouer l'équipe.
Et puis quelle liberté il a, Domenech ? Très objectivement, est-ce qu'il a le droit, s'ils ne sont pas blessés, de ne pas faire jouer Sagnol, Thuram, Makélélé, Vieira, Malouda et Henry ? Ces six joueurs-là, c'est à dire plus d'une moitié d'équipe, est-ce qu'il a le droit de ne pas les faire jouer ? Je crois qu'il n'a pas le droit de ne pas les faire jouer.
CLG : Qui a le droit de ne pas les faire jouer ?
DR : Ce sont les joueurs qui ont le pouvoir. Ce sont des sénateurs, des mecs totalement installés, et il ne prendra jamais la décision de ne pas les faire jouer.
CLG : Ce sont Sagnol et Vieira qui ont négocié les primes en vue de l'Euro, alors que Sagnol ne joue plus (entretien réalisé le 10/04/08, ndlr). Cela veut bien dire qu'il est sûr d'être à l'Euro.
DR : C'est même pas qu'il est sûr d'être à l'Euro, c'est qu'il est sûr d'être sur le terrain ! S'ils ne sont pas blessés, les joueurs que je viens de te citer seront obligatoirement titulaires. Et on peut ajouter Gallas, même si sa sélection ne se discute pas, et Abidal. Huit joueurs sur onze !
CLG : Cela bloque totalement le schéma, vu que sur ces 8 joueurs il y a 2 milieux purement défensifs (Vieira et Makélélé).
DR : Cela bloque la réflexion de Domenech, oui. On ne saura jamais de quoi il est capable. Pendant la Coupe du Monde il y a eu cette réunion au cours de laquelle Zidane a enfin fait honneur à son rang et à son statut en remettant l'équipe sur pieds en compagnie des autres anciens comme Thuram. Domenech n'aura jamais de liberté. Il en a eu en 2004 quand les anciens se sont barrés et qu'il a fait son mix avec les jeunes, mais cela ne marchait pas du tout. Finalement, tout ce qu'on sait de Domenech, c'est ce qu'il a fait avant que Thuram, Makélélé et Zidane reviennent. Et si la France se fait sortir de l'Euro en poules, on ne saura jamais de quoi il est vraiment capable parce qu'il ne restera pas. Il trouvera peut être un club. Il faut vérifier, mais je pense qu'avec les Espoirs il n'avait pas fait grand chose non-plus.
CLG : Il est content quand l'équipe est bien en place...
DR : L'histoire de l'Equipe de France, c'est que depuis la fin de la période de Michel Hidalgo et Henri Michel, c'est à dire 1987 et le départ de Platini (en tant que joueur), on est encore là-dessus. Derrière on a Platini sélectionneur qui, lui, pour le coup, n'avait pas beaucoup de joueurs offensifs hormis Papin et Cantona. On loupe la Coupe du Monde 90, l'Euro 92 ne se passe pas bien et il y a la catastrophe de la Coupe du Monde 94. Donc quand Jacquet arrive, c'est « Opération commando » jusqu'en 98 avec la mentalité que les mecs ont acquise en Italie, en jouant en bloc, avec sept joueurs à vocation défensive à partir des quarts de finale, et tout cela a imprimé toute une culture au football français et on est encore dedans aujourd'hui. Cela va peut être changer parce que Gérard Houllier (actuel directeur technique national) a envie que cela change, d'ailleurs on en parle dans le bouquin de Luis. Il veut changer beaucoup de choses dans la formation des mômes dès 10-15 ans, qu'on insiste sur la créativité, la technique, parce qu'avant c'était ça le football français, c'était produire beaucoup de jeu, même si on ne gagnait rien.
CLG : Il y avait au moins une culture de jeu.
DR : Voilà. Maintenant, à part être solide et bien en place, il n'y a plus de culture de jeu à la française.
CLG : On peut gagner l'Euro en jouant comme ça. On va se faire chier, mais on peut gagner.
DR : Ils peuvent gagner, oui, mais ils peuvent aussi se faire sortir en poules. Et au niveau purement du jeu, tu auras eu les mêmes sensations. Après, les supporters vont me dire : « T'es complètement con, du moment qu'on gagne c'est chouette ! ». Bah ouais, certainement ouais, c'est ça...
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