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Daniel Riolo, qui anime actuellement L'After Foot en compagnie d'Alexandre Delperier sur RMC et commente les matches pour NT1 et TV5 Monde, nous a sympathiquement accordé un entretien d'une heure jeudi dernier. En compagnie du journaliste connu pour son franc-parler, nous aborderons l'arbitrage-vidéo, « l'affaire Micoud », l'attitude des clubs français en coupe d'Europe, son point de vue sur les Girondins de Bordeaux, son livre d'entretiens avec Luis Fernandez, la mentalité des footballeurs modernes et l'Equipe de France.
Pour débuter, nous nous sommes penchés sur l'état du journalisme sportif en France. Mais comme l'homme est poli, il commence par se présenter.

"Ce que je pense de l'arbitrage-vidéo ? Ok, mais j'espère que t'as un bon stock de cassettes et un max de batteries dans ton magnéto."
Daniel Riolo : J’ai commencé en 1998 sur une chaîne du groupe CanalSat qui s’appelait Spectacles. J’y ai bossé six mois, pas du tout dans le sport. C’était de la culture, donc je faisais du ciné, du théâtre, de la musique. Après la chaîne s’est cassée la gueule. J’ai continué en faisant une ou deux piges pour M6, sur une émission de ciné. J’ai deux passions, le ciné et le sport. Après je ne trouvais plus de piges, j’étais jeune, je ne savais pas exactement comment il fallait faire pour bosser, donc j’ai arrêté et j’ai fait un an dans une boîte de communication. Il était évident que ce n’était pas tellement mon truc, je m’ennuyais. Je me suis lancé dans ce que j’aimais principalement, c’est-à-dire le sport, et par le biais d’un pote j’ai commencé à piger sur Infosport. On devait être en 1999. Infosport existait depuis un an. Pas mal de journalistes assez connus ont commencé sur cette chaîne. Il y avait notamment Estelle (Denis, ndlr), Romain Del Bello qui est sur TF1 maintenant. Parallèlement j’ai commencé à la radio quelques mois après, sur Sport O’FM, une radio parisienne. J’ai fait le tennis pendant un an, j’ai suivi tout le circuit ATP. En plus c’est l’année ou les Français ont bien marché, ils ont gagné la coupe Davis, donc j’ai fait de super beaux voyages, c’était génial. Une super année, à la fin de laquelle je suis entré à Radio France. J’ai bossé à France Info, France Inter… Tout s’est enchaîné : la télé, la radio. Chez RMC une première fois en 2004, on faisait un décrochage régional pour commenter les matchs du PSG mais le CSA n’a pas voulu qu’on continue… Guy Kédia m’a fait faire mon premier match en direct. Je m’en souviens très bien, c’était un Guingamp-PSG.
Chez Les Girondins : Vous détonez un peu dans le paysage des journalistes de foot, essentiellement parce que vous n’usez pas de la langue de bois. Comment expliquez-vous que le journalisme sportif soit celui où l’on emploie le plus cette langue de bois ?
DR : A partir du moment où tu es diffuseur télé, tu achètes un produit, tu n’es plus dans le journalisme. Tu as beaucoup dépensé pour avoir ce produit, tu es obligé de le promouvoir. Tu ne vas pas en dire du mal. C’est toute la culture Canal depuis les débuts, c’est Bietry, c’est lui qui a créé ce discours auprès des abonnés : les matches sont tous beaux et fantastiques. Cela a crée toute une école, où les interviews ont tous des questions complètement nulles, qui reçoivent toujours les mêmes réponses. J’avais un pote qui gardait les extraits enregistrés des réponses, qu’il collait aux questions posées au même joueur deux matchs plus tard, ça collait parfaitement. Au-delà de Canal, il y a un gros souci en France, c’est le monopole de l’Equipe. Il n’y a pas de voix discordantes, de gens qui pensent différemment, capables d’amener d’autres infos. Et surtout il n’y a pas de culture sport en France. Etant binational, autant Français que Italien, j’ai passé beaucoup de temps là-bas, et je voyais bien que ce n'était pas pareil. Je me demandais toujours pourquoi, à la fin des matches, le journaliste qui interviewait l’entraîneur n’hésitait pas à lui demander : « tactiquement tu penses pas avoir fait une erreur en ayant fait ça ? ». Cela, jamais je ne l’ai vu faire en France. Pourquoi ? Même Cappello, on lui posait la question. Il s’énervait parfois, mais au moins il répondait. En France, c’est quelque chose qui n’existe pas.
En Angleterre, dans la presse tu as de vraies chroniques, avec des mecs qui critiquent la tactique ou les choix de l’entraîneur. Tous les journaux ont un supplément sport, même les tabloïds comme le Sun. Là-aussi la culture foot et la culture sport sont beaucoup plus présentes qu’en France. Je me demande également, ça m’emmerde un peu d’en parler parce que cela concerne des confrères, si quand ils étaient mômes ils allaient au stade, si ils étaient imprégnés de la culture foot, avec leurs parents… Peut-être que parmi mes confrères il y en a de très doués qui étaient très forts à l’école, super forts pour écrire des articles, mais parfois je trouve que ça manque un peu de passion, un peu de vécu. Je trouve le monde du rugby et la presse française spécialisée bien plus intéressants. Il y a de vrais débats sur le jeu, et plusieurs écoles de pensée différentes, des cultures différentes : quand Laporte fait un truc, tu as Villepreux pour dire : « moi je le ferais pas comme ça », tu as Berbizier qui n'hésite pas non-plus. En foot, le sélectionneur français est très peu critiqué. Les entraîneurs de club, les joueurs, ne disent jamais rien sur le sélectionneur. Tu n’auras pas différentes écoles. Tout cela occasionne cette langue de bois dans le foot en France. Les journalistes ne veulent pas se brouiller avec les joueurs pour continuer à obtenir des interviews derrière.
Moi je m’en fous de ça. RMC, on aime ou on aime pas mais il y a quand même des mecs qui disent ce qu’ils pensent. Au delà de nous, il y a des revues comme les Cahiers du Foot et So Foot qui sont un vrai bol d’air, c’est énorme dans le paysage du foot français. D’ailleurs je ne comprends pas pourquoi tant de confrères ne les aiment pas. Je ne comprend pas les confrères qui disent qu’ils ne lisent pas les Cahiers ou So Foot parce que soit disant ils cassent trop. J’ai envie de leur demander si ils les ont déjà lus réellement. So foot a fait récemment un dossier sur Thierry Henry, c’est à l’Equipe de le faire ce dossier. Se poser la question de savoir si on peut remettre en cause son statut de titulaire, So Foot fait ça aujourd’hui, ils posent des vraies questions. L’Equipe, non. Pourquoi ? Parce que Thierry Henry c’est un gars qui, si tu dis un mot de travers, te téléphone dans la foulée. J’ai vu des scènes surréalistes avec ce mec là. Je pense qu’il paye des mecs pour regarder les matchs où il joue pour écouter ce qui se dit sur lui. Je me souviens d’un match d’Arsenal sur TPS au cours duquel Noël Tosi et le commentateur ont sorti une vanne (un peu nulle, soit) sur Henry. Dix minutes après la fin du match, Henry appelait Tosi pour demander des explications. Tu te demandes si le mec était sur le terrain ou devant la télé.

CLG : Et les footballeurs qui refusent de parler à la presse si celle-ci les critique ?
DR : C’est lamentable. Sur RMC, j’étais intervenant irrégulier l’an dernier et ils me disaient : « tu es libre, tu fais comme tu veux ». Cette année, ils m’ont donné encore plus de liberté. A cause de ça ils ont déjà du me protéger. Domenech a monté un dossier pour me faire virer récemment. Ils reçoivent des coups de fil, et moi aussi. Cissé m’a appelé récemment pour se plaindre, l’agent de Benzema aussi. Tant que je reste dans le journalisme sportif, sans attaques perso, ils me protègent. Et ça c’est super rare. A l’Equipe pendant un moment tu avais des journalistes répartis en fonction des joueurs. Tu avais ceux qui s’occupaient de Henry et Pirès, t’avais Olivier Margot avec ses portraits pleins de guimauve et de sucre sur Barthez ou Zidane. Jamais une question qui fâche. Et tu n’as pas d’autre canard pour contrebalancer ou donner une autre opinion, les médias généralistes, ils viennent, ils posent le micro et puis c’est tout.
CLG : Si il y avait une vraie culture foot en France, les gens n’achèterait pas l’Equipe. Il n’y a que les stats, les chiffres, qui peuvent éventuellement être intéressants. Les articles, beaucoup moins.
DR : Je lis l'Equipe tous les jours, parce que c’est une obligation pour connaître l’opinion générale, pour éventuellement avoir un avis contraire. Mais c’est vrai qu’ils ont un vrai problème, que leurs ventes n’arrêtent pas de baisser. Apparemment il y a une grosse restructuration qui se prépare, ils vont changer le format, peut-être mettre plus de débats. Maintenant, est-ce qu’ils vont arrêter pour autant de faire de la lèche à droite et à gauche ? Je leur souhaite, c’est le seul canard qu’on a, moi je milite pour qu’il soit le meilleur possible... jusqu'à ce qu'il y ait un mec qui ait les couilles de mettre beaucoup de millions sur la table pour en créer un autre.
Interview Partie 2
Interview Partie 3
Interview Partie 4
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