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Bernard Lions : « Bordeaux ne veut pas jouer la coupe de l'UEFA »

Pour conclure en apothéose notre série d'entretiens avec Bernard Lions, tapons là où ça fait mal : les résultats des clubs français en coupe d'Europe.


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- "Bon, ben voila, c'est en quelque sorte l'aboutissement
d'un travail de longue haleine commencé des les années 80,
et qui finit enfin par porter ses fruits.
Mais bien avant la satisfaction personnelle,
c'est avant tout le bonheur de toute une ville qui ..."

- "Heu m'sieur Aulas, faudrait faire vite maintenant,
y'a le président de d'Cluj qu'attend pour la photo aussi".
 


Note : La rédaction de chezlesgirondins.com rappelle à ceux d'entre vous qui attendent une analyse du match Nancy-Girondins de Bordeaux qu'ici c'est un blog qui traite de football, donc pas de Nancy.

Chez Les Girondins : Le problème mental dont vous parlez à Bordeaux ne s’étend-il pas à l’ensemble des clubs français lorsqu’ils jouent en coupe d’Europe ? On parle beaucoup des budgets, mais le problème est peut être surtout mental.


Bernard Lions : Je suis tout à fait d'accord. Si on estime qu'on n’a plus le niveau pour jouer la Ligue des Champions, qu’on arrête de fanfaronner  et de clamer haut et fort qu'on veut la gagner. 143 coupes d'Europe distribuées depuis la création, deux trophées pour la France. Donc à un moment, il faut quand même un petit peu se regarder droit dans des yeux franco-français. Mais moi je pose juste une question : Qu'est-ce qui a changé depuis 60 ans ?

CLG : …

BL : Voilà, rien ! C'est ça qui me fait rigoler. Je trouve qu'on se trompe de débat et qu'on se ment en France parce qu'on est en train de t'expliquer : « ouais aujourd'hui, on n'est plus concurrentiel, on ne peut plus lutter en Ligue des Champions, on ne peut plus la gagner. » Mais on en a gagné combien ? Sur 143 coupes, les Français en ont gagné deux. Quand on est allé en finale, à peu près deux fois sur trois on les a perdues. A partir de ce moment là, c'est faux de dire aujourd'hui que c'est un problème d'argent. Parce ce qu'avant c'était déjà un problème d'argent, ça a toujours été un problème d'argent. Sauf que les écarts étaient moins grands et si tu veux les combler, il n'y a pas 36 solutions. Soit tu fais une augmentation de capital et tu mets plus d'argent pour rattraper ton retard comme a fait Lyon, tu fais un stade, du merchandising, ou alors tu compenses par une question de supplément d'âme, d'état d'esprit ou d'un mental de guerrier. Voilà, c'est tout.

Je ne reproche pas à Bordeaux d'avoir pris 4-0 à Chelsea, c'est pas un souci. Tu regardes le classement en fonction de l'argent, dans le groupe A de la Ligue des Champions c'est premier Chelsea, deuxième Rome, troisième Bordeaux, quatrième Cluj. C'est l'ordre du chapeau, l'ordre de la puissance financière et donc l'ordre de la qualité supposée de ces quatre équipes. Ok ? Mais quand tu vois que Cluj est capable d'aller gagner à Rome, tu vas pas me faire croire que Cluj est allé gagner à Rome parce qu'ils ont plus d'argent ?! Ils sont allés gagner à Rome parce qu'ils avaient plus envie. Et c'est le vrai problème qu'il y a en France, c'est à force de dire : « c'est que l'argent, que l'argent, que l'argent… », on s'abrite derrière ça pour ne pas voir les vrais problèmes.

Aujourd'hui, les vrais problèmes, ce sont des problèmes de mentalité des dirigeants, des supporters et des joueurs. Je te donne un exemple : quand les joueurs sont à l'étranger et qu'ils ne jouent pas, est-ce que t'entends un joueur français gueuler ? Jamais. Quand ils sont en France et qu'ils ne jouent pas, qu'est-ce qu'ils font ?

CLG : Ils demandent leur transfert, comme l’a fait Djibril Cissé.

BL : Ils gueulent tout le temps, on est d'accord. Bon, voilà, c'est une question de mentalité. Par exemple, un truc qui m’agace prodigieusement, je ne comprends pas comment les Girondins de Bordeaux qui ont écrit une des plus belles pages de leur histoire en finale de la Coupe de l'UEFA en partant de l'Intertoto, puissent à ce point cracher avec dédain et mépris sur la Coupe de l'UEFA. Je trouve que c'est un très mauvais calcul. Ok, ça coûte de l'argent, mais je rappellerai juste trois choses : Liverpool a construit son histoire de légende, non pas à travers la Coupe d'Europe des Clubs Champions ni à travers la Champion's League mais à travers la Coupe de l'UEFA. Des clubs comme Séville, intermédiaires en Europe, c'est-à-dire le niveau de Bordeaux, se sont bâtis un palmarès - et quel palmarès ! – en gagnant la Coupe de l'UEFA. Des clubs dans des pays émergents, de l'Est, la Russie pour pas la citer, ont compris qu'ils n'avaient pas encore l'expérience ni les moyens, et Dieu sait si un club comme le Zénith St-Petersbourg, qui a dans l'ombre la Gazprom de Poutine qui est un truc énorme en a de l'argent, ils ont compris qu'ils ne pouvaient pas tout de suite viser la Ligue des Champions. Qu'est-ce qu'ils ont fait ? Ils ont visé la Coupe de l'UEFA. Je rappelle qu'en cinq ans, la Russie, qui n'a jamais existé au niveau européen, a gagné autant de titres que la France en 60 ans. Nous on a mis 60 ans et la Russie en a mis 5. Donc à un moment, il faut un peu balayer devant sa porte et repenser le système. Et je pense que priver le club, ses supporters et le football français du remake de la finale de 96, Bordeaux-Bayern, c'est quelque chose que je n'arrive pas à comprendre.

Quand on me dit « à Bordeaux c'est soit la deuxième soit la quatrième place en Ligue des Champions », je ne comprends pas. Et je trouve que c'est une mentalité typiquement française. Je ne comprends pas.

CLG : Un dirigeant des Girondins vous a dit que c'était deuxième ou quatrième ?

BL : Bien sûr.

CLG : Ce dirigeant vous a dit : « on ne veut pas jouer la Coupe de l'UEFA » ?

BL : Aucun club français veut jouer la coupe de l'UEFA parce que ça coûte de l'argent au club, il faut le savoir, jusqu'à la fin de cette saison puisqu'après, il y aura l'Europa League. Là ça va changer parce que la redistribution, le système de ventilation, sera différent au niveau de l'organisation. Ils vont essayer de faire une Ligue des Champions bis, en gros. Donc ça veut dire que financièrement, ce sera plus intéressant. Actuellement, jusqu'en quart/demi-finales, ça coûte de l'argent au club mais qu'est-ce que ça rapporte en termes d'image ! Pour les sponsors…Je veux bien que ça coûte du pognon à Bordeaux un Bordeaux-Bayern, mais qu'est-ce que ça aurait vendu comme journaux ! Qu'est-ce que ça aurait attiré du monde au stade ! Et si Bordeaux était passé, avait fait un  exploit à l'Allianz Arena, les supporters, tout le monde en aurait encore parlé pendant 10 ans !

C'est pour ça que je dis que les Girondins de Bordeaux, comme le football français, reculent et se trompent de direction. Il y a dix ans, on aurait dit : « ah ben non, Zidane, Lizarazu, Dugarry, il faut surtout pas qu'on joue l'Intertoto pour faire une finale de la Coupe de l'UEFA ». Je rappellerai quand même que les joueurs, ils ont bâti leur carrière essentiellement sur ces matches-là. Un Dugarry, il a bâti sa carrière sur un Bordeaux-Milan. Et Bordeaux-Milan, c'était pas en Ligue des Champions, c'était un quart de finale de Coupe de l'UEFA. Ok ? Lizarazu est parti. Zidane, il est parti où derrière ? A la Juve ! S’il n’avait pas eu cet exposition, il ne serait peut-être pas parti si haut et si vite. On va pas refaire l'histoire, mais c'est un réalité.


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