Bernard Lions : « Compliqué de rendre Bordeaux attractif » |
| Interviews | |
| Écrit par Tias. Retanscription par Sneaky Bastard | |
| 06-10-2008 | |
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3 Coupes du monde, 4 Championnats d’Europe et une Coupe des confédérations. A 38 ans, Bernard Lions possède un palmarès à rendre malade Robert Nouzaret. Il est en plus titulaire d’une maîtrise de droit public, d’un DEA de sciences politiques et d’un diplôme d'études de l'histoire des doctrines politiques européennes (DEHIDOP). Demandez à l’ambulance de Nouzaret de faire un détour par chez Luis Fernandez, s’il vous plait. Désormais grand reporter au journal l’Equipe où il a débuté comme pigiste en 1997, consultant pour l’Equipe TV et membre de la bande d’On refait le match, Bernard Lions couvre l’actualité des Girondins de Bordeaux depuis maintenant 3 ans. Et c’est là l’essentiel en ce qui nous concerne. Pourquoi Bordeaux, cette ville et ce club avec lesquels il n’a « aucune affinité » ? « J’étais à Saint Etienne depuis deux ans et un jour mon boss m’a dit que j’étais bien gentil mais que j’étais payé à rien foutre, le club ne se qualifiant pas pour la Coupe d’Europe. J’avais le choix entre Lille et Bordeaux. Je suis allé à Bordeaux pour Micoud que je connais bien, et j’y suis resté pour Blanc que je côtoie depuis la Coupe du Monde 1998 ». Avant Saint Etienne, il avait couvert Marseille, Nantes, le PSG et déjà Bordeaux entre 2001 et 2003. « Une période compliquée avec le clan des Blacks et celui des Portugais, la défaite contre Anderlecht et la baston entre Eduardo Costa et Dugarry ». Une époque pas si lointaine lors de laquelle Bordeaux ne manquait pas vraiment de caractère…
![]() Photo de famille
Chez Les Girondins : Professionnellement parlant, Bordeaux est-il un club simple à suivre ?
Bernard Lions : Non, c’est compliqué. A l’image de la ville, la Belle Endormie, le club est trop aseptisé. C’est moins fun que Marseille ou Saint Etienne, par exemple. Rendre attractif le club dans des papiers, c’est compliqué. C’est un club de châtelains, moins dans le conflit qu’à Marseille. Mon défi est d’expliquer aux 2,5 millions de lecteurs de l’Equipe qu’il se passe quelque chose à Bordeaux. CLG : C’est pour cela que Bordeaux sera moins diffusé que Lyon et Marseille les soirs de Ligue des Champions ? BL : Marseille suscite la passion, donc il y a une logique économique. L’audimat, c’est l’OM et Lyon qui en font le plus. Et puis la campagne de Bordeaux il y a deux ans avec Ricardo leur a fait une contre-publicité terrible. C’est un accident industriel qu’ils payent encore aujourd’hui. Enfin, Bordeaux est victime de la réussite de Marseille qui a passé le tour préliminaire. CLG : Que pensez-vous de la presse foot dite "alternative" ? BL : Je suis républicain, libéral et démocrate, donc je n’y suis pas opposé. Je suis un ardent défenseur de la libre expression et du droit de la presse. Avec un petit bémol, tout de même : on a trop souvent fait croire aux gens que tout avait un coût sauf la presse. Mais journaliste, c’est un vrai métier. On ne s’improvise pas journaliste. Les gens pensent que tout est vrai si c’est sur le net, mais la crédibilité a un prix. Et on peut dire ce qu’on veut sur l’Equipe, mais c’est un journal crédible. C’est trop important pour nous avec cette concurrence sauvage. Je lis tous les forums de supporters. Je me considère comme un homme de dialogue, c’est pour cela que je vous reçois, parce qu’à titre personnel j’en ai rien à foutre. D’ailleurs je regrette de ne pas avoir de rapports avec les supporters bordelais comme j’en avais avec les Stéphanois. CLG : Quelles sont vos relations avec les joueurs et les dirigeants ? BL : Le football est un cocktail explosif qui mêle passion et raison, cœur et argent. Un club, c’est une formidable aventure humaine plus une pression économique énorme, donc les joueurs et les dirigeant déraisonnent souvent. Mais je mets un point d’honneur à entretenir des relations avec tout le monde. Par exemple, ce matin un joueur m’a appelé car il n’était pas content d’une phrase que j’avais écrite sur lui. Les joueurs, soit ils ont les couilles de me dire qu’ils ne sont pas d’accord avec leur note, par exemple, et on a un échange constructif, soit ils me le font savoir par leur entourage ou leur agent. Il faut savoir que les notes de l’Equipe équivalent à une cotation en bourse. Quand je mets 8 à Gourcuff contre Caen, on m’appelle d’Italie pour me demander ce qu’il a fait. CLG : Ces fameuses notes, tous les supporters se demandent comment vous les attribuez. BL : Il y a un barème de notation très simple qui est consultable dans le journal. A partir de cette saison, il n’y a plus de demis points, c’est beaucoup plus clair. Moi, je note ce qui est décisif, en positif comme en négatif. Un attaquant qui marque, 1 point de plus pour lui, un défenseur qui fait une boulette, 1 point en moins. Sachant qu’on part de 5. Le football étant le plus individualiste des sports collectifs, il n’en reste pas moins que l’individu est tributaire de la performance collective. Donc en cas de défaite, les notes baissent. On note les duels, comme par exemple ce soir Gouffran contre Taïwo (partie de l’entretien réalisée juste avant Bordeaux-Marseille, ndlr). Un des deux joueurs aura forcément une meilleure note que l’autre. Et l’équipe battue ne peut avoir un total des notes supérieur à celui de son adversaire. Le bémol, c’est que l’on juge les prestations sans connaître les consignes de l’entraîneur. CLG : C’est ce qu’il s’est passé avec Malouda durant l’Euro 2008 (Lire l’Equipe du 3 septembre) ? BL : Complètement. Quand tu vois Ribéry à droite qui percute sans cesse, ça fait mal à Malouda. Surtout quand on connaît son potentiel. Il y a une part de subjectivité dans les notations en général, mais ce qui compte le plus, c’est ce qui est décisif. Par exemple, l’an dernier les gens ont dit que Diawara avait fait un super match contre Anderlecht à l’aller. C’est vrai qu’il a été énorme, mais à la dernière minute il fait une boulette qui au final coûtera la qualification. Donc je lui mets 4. CLG : Contre Grenoble, vous avez mis 0 à Wendel. BL : C'est une première dans toute l'histoire du journal, mais il y a plusieurs raisons à cela. La première c'est que nous avons changé le barème de notation en début de saison. En plus d’avoir supprimé les demis points, maintenant on note de 0 à 10, plus de 1 à 10. Si tu appliques stricto sensu le nouveau barème, zéro c'est un comportement inadmissible. Donc quand tu vois le geste de Wendel, si Banning n'anticipe pas un peu, il peut lui briser le genou. En plus cela intervient alors qu'au mois d'août, sur un autre gros tacle, il a cassé la jambe du Nantais Abdoun, et cela arrive même pas trois minutes après l'expulsion de Diarra. Tu joues à 10, tu sais que si tu commets une faute aussi grossière qu'inutile, tu risques de te retrouver à 9, ça te plombe le match. Donc il y a l'agression, les antécédents, et ça confine à la faute professionnelle. Conclusion, zéro. A suivre. |
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