Courroucé par les résultats moyens des Girondins de Bordeaux ces dernières semaines, Jean-Louis Triaud a décidé de reprendre les choses en main. La défaite à Nancy l'embêtant au plus haut point, il a décidé de convoquer un à un les principaux membres du staff aquitain. De notre côté, malgré un emploi du temps surchargé, les sollicitations pleuvent de toute part, nous tenions à retranscrire par le détail ces entrevues. L'ambiance feutrée du château en a pris un coup, et c'est donc dans le bureau du président que se déroule ce 22ème épisode de notre feuilleton.

A tout seigneur tout honneur, le premier convoqué est bien sûr l'entraîneur Laurent Blanc. Triaud siège derrière son bureau Conforama, la décoration se limite à quelques dessins d'enfants accrochés aux murs (c'est minimaliste diront certains, d'autres diront que le transfert d'Alou Diarra a coûté beaucoup de pognon). Pierre Ducasse joue tranquillement dans un coin de la pièce, le garçon ayant été mis en pension auprès de Jean-Louis depuis que sa maman l'a découvert en train de feuilleter le journal du Hard Rock, et surtout de regarder Mlle Agnès sur Canal+. Madame Ducasse a été suffisamment choquée par les histoires récentes de cette personne avec les joueurs bordelais, elle ne souhaite pas que son enfant soit lié à tout cela. Bref, Blanc s'attend à un entretien tendu.
- Salut Laurent, assieds-toi je te prie
- Bonjour Jean-Louis. Tu voulais me voir ?
- Oui. Je serai pas long, tu pourras retourner rapidement à l'entraînement.
- Pas de soucis, c'est Gasset qui s'en occupe. Moi je me charge surtout du côté grand public, tu sais bien.
- Euh ouais. Bon, j'étais au stade Marcel Pichot samedi. On a encore perdu là, en plus, il y avait les caméras de Canal+, des stars en pagaille comme Platini ou Vahirua, et on a fait un match de chiotte. Pendant un moment, j'ai cru que c'était Michel qui dirigeait l'équipe, jusqu'à ce que je le voie à côté de moi. Du coup, j'ai regardé le banc, et je t'ai vu aussi réactif et dépité qu'un Roger Lemerre en Correa. Tu foutais quoi là, merde !
- Bon, Jean Louis, tu sais, il faut dédramatiser ce match. A partir de là, on reste en course pour l'Europe, et je crois que bon, les Girond...euh, pardon, on peut pas faire beaucoup mieux.
- Oui, c'est ça. Prends moi pour un gland avec tes discours alambiqués. La langue de bois, c'est moi qui l'ai inventée je te le rappelle. Bon, on a fait un match de merde, ok, ça va pour cette fois. Mais, les joueurs là, ils bougeaient pas sur le terrain, pourtant j'ai pas vu Micoud. C'est quand même ton job non, l'animation 3D, ces trucs-là ?
- Ah mais moi tu sais, je comprends pas qu'on me reproche ce genre de choses. Je crois que...pardon, j'ai placé les joueurs sur le terrain. S'ils ne savent pas quoi faire avec un ballon, c'est qu'ils ne sont pas bons.
-Bon sang, je regretterais presque Ricardo. Ecoute Laurent, ça fait partie de ton boulot ça, de travailler le système de jeu. Je t'ai pas engagé seulement pour ton image. Bon, appelle moi ton adjoint, le comique, là. Faut que je discute avec lui.

Vient donc le tour de Jean-Louis Gasset, intimidé par l'aspect froid du bureau, plus habitué aux terrains d'entraînement.
- Salut Jean-Louis, ne t'assieds pas, je te prie.
- Ah, euh, ok. C'était pour quoi ?
- Tu m'as l'air d'être plus un homme de terrain que de communication. Je voulais donc savoir ce que tu pensais des joueurs, parce que je sens que je vais encore avoir du boulot lors du prochain mercato. J'aimerais bien pouvoir anticiper un peu, pour une fois. Tu trouves qu'il y a des lacunes dans l'effectif ?
- Euh, des lacunes, je sais pas. Des gros problèmes, oui, sûrement.
- Tant que ça ? Bon, on va faire ça ligne par ligne. Les gardiens, ça va, non ?
- Oui. Ramé est un peu foufou parfois. Il chantait « I believe I can fly » l'autre fois, mais après, il assure.
- Bien. En défense, y a un souci non ? Le Diawara; là, son prénom, ce serait pas Kaba à tout hasard ?
- Bah non, pourquoi ?
- Pas grand chose, j'ai eu peur en le voyant avec des gants, tu sais, avec le procès de Courbis, qu'on remonte jusqu'à nous. Enfin bon, oublie ce que je viens de dire. Il a pas des bugs ce joueur ? Il me rappelle David Sommeil à ses débuts chez nous. Il fait une bourde par match facilement.
- Bah oui. Mais on n'a personne d'autre en défense.
- Enfin, Henrique ne peut toujours pas jouer ?
- Le problème, c'est que personne ne veux s'entraîner avec lui. Il a bouffé le petit Moimbe dernièrement. Les autres joueurs peuvent être utiles, on sait jamais. Je voulais mettre Francia et Peruchini sur lui, mais ils se sont barrés avant ces cons. J'sais pas quoi faire chef.
- On verra. Le milieu de terrain, avec Diatta...
- Diarra
- Comme tu veux. Ça doit bien tourner non ?
- Oui, c'est pas mal. Y a du potentiel. On a des problèmes aux entraînements pour bosser les phases offensives souvent. J'ai demandé à Fernando d'apporter les ballons pour le reste de l'équipe, mais je comprends pas, entre le moment où il est allé les chercher au centre, et son retour sur le terrain, il en avait perdu la moitié. Du coup, on a galéré.
- Ok
- En plus, Jussiê faisait grève ce jour-là.
- Ah merde, c'est Micoud qui l'a contaminé tu crois ?
- Non, non. C'est de naissance apparament.
- Mince. Et les attaquants, comment ça va avec eux ?
- Ben, Cavenaghi m'a demandé le calendrier de la coupe de l'UEFA, pour voir quand est-ce qu'il allait pouvoir rejouer. Pour Bellion et Chamakh, ça roule. Je fais quoi alors ?

Triaud s'accorde quelques secondes de réflexions. C'est dans ce genre de moment de crise qu'un grand chef doit faire preuve de sa capacité à prendre de bonnes décisions. C'est qu'il est pas habitué à ça Jean-Louis. D'habitude, il laisse filer, se fait oublier, et ça passe, comme on dit. Mais il n'a pas envie de revivre l'épisode 2004, quand l'équipe avait failli faire comme Nantes. Mais il tient à laisser une belle trace dans l'histoire girondine.
- Ecoute Gasset, voici mes idées. N'en parle pas à Blanc, il risquerait de mal le prendre. Pour Henrique, tu lui mets Marange comme partenaire. Pierrot, oui, non, n'ai pas peur. Tu aimes bien le football, non ? Tu vas revenir un peu t'amuser avec tes copains en bas. Non, t'en fais pas, tu resteras loin d'Henrique. Pour le reste, J-Lo, t'essayes de convaincre ton pote de faire plus jouer les jeunes, Trémoumachinchose, et Obertan. Comme ça, si jamais on rate notre saison, on pourra toujours dire qu'on a un bon centre de formation.
- Ok chef.
- Salut. Tu m'appelles Michel je te prie.

À partir de là, Triaud décide de raccourcir les entretiens, il n'a pas toute son après-midi non plus.
- Entre Michel. T'inquiète pas, ça sera pas long.
- Salut Jean-Louis.
- Dis, j'ai regardé le site officiel dernièrement. Ça a vachement changé, il paraît qu'on voudrait recruter un défenseur islandais, Ranger Sonstetsson, un nom comme ça. Je savais pas que tu prospectais aussi loin.
- Ben écoute, moi non plus. Ça fait bien un mois que je prospecte plus vraiment. J'ai été le premier surpris tu sais.
- Ah, ouais. Bon, t'as des pistes quand même pour renforcer l'équipe, cet hiver.
- Oui, plein. Jeunechamp, Robert, Kapo...
- Oui, non, je te demande des joueurs pour renforcer, pas pour faire le nombre.
- Ah. Ecoute, je vais appeler Campo...
- Ne prononce pas son nom bordel !
- Oui, pardon Jean-Louis. Je vais voir ça avec tu sais qui. Salut.
Le président continue son tour d'horizon des cadres du club. Il est étonné de voir ce sacré Marius, toujours aussi sympa, même si Triaud ne sait pas ce que Trésor fait comme travail au club. Il est frappé quand il reçoit l'entraîneur des moins de 18 ans, Philippe Lucas, et lui demande des nouvellles de Laure Moussilou. Il est 17H, Jean-Louis est satisfait de son travail aujourd'hui, il décide donc de ne pas poursuivre les entretiens, et c'est ainsi que s'achève cet épisode mouvementé de Haillan's Arena.
 |