Le jour se lève péniblement sur la plaine du Haillan en ce début d'automne 2010. Comme à son habitude, Lilian Laslandes devance le chant du coq pour arriver le premier au
château.
Rituel immuable lorsqu'il arrive à son bureau, il allume les guirlandes scintillantes, branche direct sa chaîne sur "No limit", et se rend aux toilettes en moonwalk pour y
déverser intégralement le contenu d'une bouteille de sky. Depuis qu'il est devenu entraîneur des Girondins, il se doit de montrer l'exemple
et s'abstient de toute sortie nocturne, mais il a besoin de ce petit moment d'évasion pour décompresser totalement. Revigoré, Lilian troque
ensuite sa chemise froissée contre un survêtement, direction le terrain d'entraînement pour mettre en place les ateliers du jour en attendant
l'arrivée du staff et des joueurs. En préambule, il prend soin d'installer une table décorée, garnie de viennoiseries et d'un grand saladier
rempli de jus de fruits avec des morceaux d'ananas, d'orange, et de pommes, ainsi qu'une louche. Après un petit déjeuner convivial à souhait
donc, les joueurs sont parfaitement mis en condition, tout le monde est sur le pré pour travailler efficacement et dans la bonne humeur. Il
faut préparer le prochain match de championnat.
Aujourd'hui petite opposition avec interdiction de dribbler, toutes les touches de balle doivent se faire en déviation, du pied, de la tête,
du torse, peu importe pourvu que ce soit direct et instantané. Le coach girondin tente peu à peu d'imprimer un style de jeu à son image. Il
insiste sur la rapidité des transmissions et le mouvement permanent. Le point d'ancrage de l'équipe est le longiligne Pierre Cruche, géant de
2m et bonne affaire du mercato, recruté à Romorantin. Toutefois les girondins devront batailler ferme pour le conserver: il n'a pas encore
terminé sa croissance et sa maman songe fortement à l'inscrire dans un club de basket. Non loin de là, les gardiens jouent aux échecs en
attendant que leur entraîneur, Ulrich Ramé, qui se balade
tranquillement balle au pied, daigne leur adresser un centre ou un tir.
La construction du nouveau stade prend du
retard.
Au bord du terrain, Jean-Louis Triaud discute avec Rio Mavuba, qui revient très souvent à Bordeaux, puisque
c'est là qu'exerce son coiffeur attitré. Ensemble ils évoquent les péripéties de son transfert à Arsenal, comment devant le refus de son président de le vendre
le joueur avait tenté de s'échapper en prenant avec sa femme le premier bateau en direction de l'Angleterre. Ce même bateau sur
lequel est né son premier enfant... Depuis ce jour on n'a d'ailleurs plus de nouvelles d'Edixon Perea, même si Henrique, qui a fait son trou à West Ham, l'aurait aperçu au
cours d'une bagarre dans un pub londonien, alors qu'il se préparait à le frapper sans aucune raison, juste pour suivre le mouvement. Ils
s'entretiennent également du long rétablissement de Ricardo, interné en hôpital psychiatrique après avoir
littéralement pété un plomb un matin en voyant débarquer au Haillan Pancho Abardonado, Basile Boli et Stéphane Porato. Bon c'est sûr le
recrutement bordelais manquait sans doute un peu de clinquant malgré trois qualifications consécutives pour la Ligue des Champions mais c'est pas une raison pour se
mettre dans des états pareils, d'autant que pour Basile Boli c'était une blague. Les deux hommes rient de bon coeur en évoquant le
passé quand soudain, un effroyable cri vient rompre la tranquillité ambiante. Gabriel Obertan se tord de douleur au sol, une jambe en
miettes. Le naturel reprenant le dessus, il a tenté et réussi une feinte de corps roulette petit pont, passant outre les consignes de son
entraîneur. Heureusement Patrick Colleter, le fidèle adjoint qui ne manque pas de naturel non plus, veille à ce que les consignes soient
appliquées à la lettre. Pendant que Vladimir Smicer, qui a
gagné grâce à son expérience une reconversion comme médecin-kiné au club, s'affaire sur Obertan, Pierre Ducasse en bon capitaine (normal c'est le seul à avoir
franchi le cap des 22 ans) s'approche de Ramé pour comprendre pourquoi les gardiens sont en train de faire un strip-poker avec quelques supportrices impudiques au lieu de s'entraîner. Ramé, sans lèver la tête,
attend que le jeune milieu se trouve à moins d'un mètre et ramasse le ballon. Ducasse lui jette un regard froid et méprisant. Ouais, il se la
pète un peu depuis qu'il a été international espoirs, et il
est trop jeune pour savoir que Ramé a été international A.
En plus il raconte à qui veut l'entendre qu'il a joué avec Fernando Menegazzo, forcément ca en jette. Fier de son
intervention il s'éloigne. Youl remet la balle au sol.
Symbole des bonnes relations entre les deux clubs, ce supporter
stéphanois est tout heureux de poser aux côtés de la nouvelle perle brésilienne des Girondins.
L'entraînement du matin se
termine vers 11h. Les plus jeunes ramassent leur cartable pour aller au cours de français. Les autres décident comme souvent d'utiliser leur
temps libre pour jouer à la Playstation au foyer. Les
joueurs reviennent sur les terrains à 15h00, après le cours de maths. Enfin pas tous, le petit Jeremy est convoqué dans le bureau du directeur.
Au lieu de faire signer son dernier devoir par ses parents, il leur a fait signer l'Equipe de dimanche qui lui donnait une meilleure note:
"A rendu une copie parfaite, résolvant facilement l'équation proposée par l'adversaire." Laslandes sort quelque peu barbouillé de
sa sieste. Comme on ne change pas si facilement ses vieilles habitudes, il n'a pas fermé l'oeil de la nuit. Au début il avait pourtant tenté
de trouver utilement le sommeil le soir en visionnant dans leur intégralité les matches de Ligue 1, mais même ça, ça ne marchait pas. Maintenant
il ne dort toujours pas mais il regarde de vrais matches de foot.
Les années passent et il faut toujours corriger les coquilles de
l'Equipe. Faut faire gaffe y a des jeunes qui apprennent à lire avec ca.
Triaud a désormais rejoint son bureau. Il vient de
passer un coup de fil à Jean-Claude Darcheville, qui dirige
l'école de foot des Girondins en Guyane. Les gamins l'aiment beaucoup, faut dire qu'il est plutôt doué pour animer un groupe. Ils l'ont
surnommé NASA, pour sa propension à envoyer des fusées sur orbite. Les enfants sont formidables. On frappe à la porte. C'est Stéphane Dalmat qui cherche un club. - Non mais tu l'as déjà
fait celui-là Stéphane. - Merde, merda, shit, sheisse, mierda, ÈÑÚÔíÊ íÎæä ! Je
m'y perds moi avec tous ces clubs! Retour au terrain, l'entraînement se termine à 17h15 pile, pour que les joueurs puissent attrapper le bus
de 17h28 et arriver à temps pour 100% Girondins, diffusé sur Canal J l'actionnaire principal du club. Lilian Laslandes les
regarde s'éloigner, un brin nostalgique. Il a toujours refusé le fait de vieillir mais le temps l'a rattrappé. Faut dire que ca devenait de
plus en plus facile pour le temps, malgré ses sourcils aérodynamiques...
Il aura de la gueule le maillot girondin
en 2010. |