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Club à vendre ? (mis à jour 07/09)

Quatre journées de Ligue 1 qui ressemblent en tout point aux trente-huit journées de la saison dernière, un mercato incroyablement frileux, un président réfugié derrière des raisons budgétaires pour expliquer la dégringolade d'un club mythique, des supporters désabusés... Face à ce constat, quel est le plan de gestion de l'actionnaire majoritaire ? Pour répondre à cette question, nous avons mis en place une équipe de choc, composée de voyants et astrologues de haut niveau, eux-mêmes épaulés par d'éminents spécialistes de la finance. L'analyse de ce fantastique groupe de travail est on ne peut plus claire : M6 serait en train de préparer la vente des Girondins de Bordeaux...

Mise à jour du 07/09 : suite à plusieurs remarque, nous avons ajouté des précisions sur la partie du montage financier concernant le nouveau stade (voir en bas de page)

En partant de ce postulat (M6 voudrait vendre le club, pour ceux qui ne suivent pas), les évènements des douze derniers mois paraissent plus clairs, et si le club est bientôt en vente, alors toutes les décisions prises sont les bonnes. Elles sont même logiques, et les dirigeants, Jean-Louis Triaud en tête, mènent leur barque à merveille.

a) Calmer le jeu sur les transferts payants

Le premier point marquant est l'extrême frilosité du club sur le marché des transferts (c'est un euphémisme). Aujourd'hui, la puissance financière du club est tellement faible que les Girondins semblent relégués derrière des clubs comme Sochaux, qui parvient à recruter Sébastien Corchia pour deux millions d'euros. Un international espoir au poste de latéral droit, c'était pourtant pas inintéressant comme profil vu l'effectif actuel, non ? Le feuilleton Pierre-Alain Frau est lui aussi symbolique : Caen a su se montrer plus attractif pour ce joueur libre. Et le constat est le même sur les joueurs en devenir évoluant dans les divisions inférieures : affichant la même rigueur budgétaire, Lyon aura tout de même engagé Bakary Koné et Gueida Fofana. Bordeaux n'a pas su (ou n'a pas pu ?) en faire de même. Mais le club le voulait-il vraiment ? Les lacunes de l'équipe étant criantes, il est impossible que le staff et la direction n'en aient pas conscience. Cette retenue vis-à-vis des « investissements d'avenir » pourrait tout à fait démontrer une vision à très court terme, indice d'un projet de vente déjà bien engagé.

b) Recruter pour rien

Point de recrutement onéreux, ce mercato aura donc été marqué par l'embauche de joueurs en fin de contrat et donc gratuits (hormis une éventuelle prime à la signature, qui, si elle existe, ne peut être chiffrée ici). Ces recrutements représentent des « créations de valeur » immédiates et des perspectives de plus-values quasi-certaines (à moins qu'on ne les revende jamais et qu'ils partent en fin de contrat, ce qui n'arrive jamais dans ce club... coucou Marouane !). Autant que des choix sportifs, les arrivées de Landry Nguemo et Nicolas Maurice-Belay seraient donc également des placements financiers.

c) Prolonger les jeunes

La prolongation des contrats des jeunes (Abdou Traoré, Floyd Ayité -aujourd'hui prêté à Angers) peut être un signe de la volonté de s'assurer une équipe « gratuite » pour les prochaines années, si jamais le club n'est pas vendu rapidement.

Par ailleurs, en cas d'audit d'acquisition, ces joueurs seront réévalués à hauteur de leur valeur potentielle de revente. Alors c'est vrai, c'est un sujet sur lequel personne ne peut affirmer détenir la vérité absolue, mais certains éléments orienteront forcément les débats. Ainsi, il est toujours plus compliqué de valoriser le prix d'un joueur à qui il ne reste que 12 mois de contrat. En revanche, un joueur encore sous contrat jusqu'en 2015, qui en plus de ça est international A (Malien, par exemple...), bénéficiera forcément d'un « potentiel à la revente » non négligeable, et donc d'une bonne estimation dans l'évaluation des actifs du club.


"Mr Tavernost, j'ai vu comment vous avez amménagé le stade pour la revente, c'est très bien.
Mais il reste quand même des retouches à faire. Votre Chalmé là, par exemple... Ca ne va avec rien, cette couleur !
J'avais pensé vous le refaire en prune avec des liserés chocolat."

d) Alléger la masse salariale

Ulrich Ramé, Alou Diarra, Geraldo Wendel et Fernando Menegazzo: quatre des plus gros salaires du club sont partis cet été. Même si ces départs peuvent se justifier sportivement, cela permet d'assainir la masse salariale du club. Et c'est loin d'être négligeable : si c'est une bonne chose pour la gestion actuelle, c'en est également une dans l'optique de négociations avec de nouveaux investisseurs. En effet, une situation aussi propre permettrait au nouveau propriétaire d'investir directement dans la construction d'un nouveau projet sans avoir à solder l'héritage du passé. L'exemple du PSG est à ce titre intéressant, puisque les Qataris, qui ont acheté un club qui avait terminé à une honnête quatrième place grâce à un effectif somme toute satisfaisant, ont acheté une équipe entière lors de dernier mercato (seul Kevin Gameiro avait été recruté avant leur arrivée). Preuve que tenter de rendre la mariée plus belle n'est pas indispensable dans ce cadre là.

e) Construire un nouveau stade

Attention, c'est là que la théorie devient sympathique, donc accrochez-vous. Les résultats financiers d'un club de football sont fortement dépendant des résultats sportifs, extrêmement aléatoires. L'évaluation financière d'une telle entreprise repose sur un certain nombres d'actifs dits « non matériels » : la base de supporters abonnés, la base de supporters en France, la citation spontanée comme marque reconnue (Yoann Gourcuff = Bordeaux = M6), l'image véhiculée (celui qui a pensé à Kia en croyant être drôle ira discuter philosophie sur un parking sombre à 3h du matin avec Carlos Henrique), l'enracinement régional, le centre de formation et, élément fondamental, le stade.

Le nouveau stade est une opération immobilière, et M6 a les moyens de récupérer son investissement via les redevances du club... qui seront versées par un autre propriétaire si le club est vendu. En vendant les Girondins, M6 rentabiliserait son investissement dans le stade, mais si les girondins restent une filiale du groupe M6, alors l'investissement ne sera pas rentabilisé au-dela d'une potentielle hausse du chiffres d'affaires billeterie, car le nouveau stade est théoriquement censé attirer plus de public.

Un exemple pour illustrer plus clairement ce point majeur: M6 investit dans le stade 100 millions d'euros (peu importe le chiffre réel, c'est pour l'illustration). Concrètement, M6 va créer une filiale, avec probablement un certain nombre d'acteurs comme l'Etat et le constructeur. L'argent est mis sur la table, et la construction se fait.

Dans une autre filiale, il y a le club, qui va payer une redevance annuelle (disons 1 million d'euro, là encore, le chiffre n'est pas important, c'est le principe qui compte). Si M6 ne vend pas Bordeaux, le résultat de l'opération en consolidation comptable (résultat du point de vue du groupe M6, de l'actionnaire): la filiale A (créée pour l'investissement dans le stade) enregistre une recette de 1 million d'euros, la filiale B (le club) enregistre une charge de 1 million d'euros. Pour M6, le résultat est neutre (1 moins 1 est égal à 0, vous voyez que c'est simple, non ?) Ce que l'on peut traduire aussi par : investissement de 100 millions d'euros, et aucun retour sur investissement, si ce n'est la hausse du chiffre d'affaire des Girondins (hausse des produits dérivés vendus autour du stade, augmentation du nombre de spectateurs).

Mais dans le cas où M6 vend les Girondins de Bordeaux: la filiale A (celle de l'investissement dans le stade) va continuer à encaisser son million d'euros par an de redevance, versée par le club. Sauf que le club n'appartient plus à M6... En d'autres termes, l'investissement initial (100 millions) génère cette fois-ci des revenus pour M6... Enorme différence.

Et là le public s'exclame : "Oui mais le raisonnement ne tient pas : un actionnaire qui veut vendre ne va pas se lancer dans un investissement de 100 millions d'euros dans un actif comme un stade, cet investissement prouve l'attachement de M6 pour le club et son intention de rester l'actionnaire à long terme." Remarque intéressante, mais pas forcément juste. Imaginons que vous voulez achetez aujourd'hui une superbe résidence, tout confort, au pied de l'océan, etc. Evidemment, le frein principal est le budget bien trop conséquent à mettre à disposition pour acquérir ce bien (si ce n'est pas un frein pour vous, n'hésitez pas à nous contacter, nous avons des idées pour vous.)

Oui mais, rêvons un peu... Supposons que l'Etat décide du jour au lendemain de payer à tous les primos-accédants la moitié du coût de la propriété en question. Là, vous allez réfléchir, non ? Surtout si vous pouvez, une fois le logement payé par l'Etat à hauteur de 50%, le louer à quelqu'un, et ainsi rentabiliser l'investissement avec des loyers qui seront donc très élevés par rapport à votre investissement initial, qui se retrouve limité à 50% de la vraie valeur de la propriété. Dans ce cas, plutôt que d'habiter cette propriété et donc supporter seul le remboursement de l'emprunt initial chaque mois, la décision de le louer s'impose.

Revenons donc à notre nouvelle enceinte du Lac, où l'Etat paie réellement 50% du stade. Le nouveau et heureux propriétaire a besoin de loyer pour couvrir son emprunt, mais les loyers doivent être versés par une tierce personne, et cette personne doit obligatoirement ne pas être une filiale du groupe M6. La boucle est bouclée, on en arrive presque à dire qu'il n'y a pas d'autre choix que de vendre le club.

En sus, la période actuelle est une aubaine pour l'actuel propriétaire : Lescure vieillissant, cela aurait été une véritable verrue dans le package d'un club à vendre. Avec l'Euro 2016, M6 bénéficie d'un coup de main immense et inespéré de l'Etat et des collectivités qui vont mettre la main à la poche, et pas à moitié. Enfin si, à moitié, mais euh... Enfin vous avez compris. Seul, un tel investissement serait très lourd à porter. Là, M6 est gagnant sur tous les tableaux : investissement cash moindre, revalorisation des actifs liés au club, et revenus assurés.


Stratégie de l'échec.

Enfin, concluons sur la stratégie globale de M6 par rapport au foot : une entreprise de spectacle et de communication avait besoin du vecteur « football » pour son image, sa communication. Mais c'était aussi un moyen d’accéder a du contenu, matchs ou émissions par exemple. Maintenant que c'est acquis, il est probablement moins pertinent de continuer à investir dans une équipe de football.

Si cette prophétie (à peine exagérée) se trouve être la réalité de ce qui se trame dans les bureaux feutrés de M. De Tavernost, nous pouvons nous inquiéter pour le club : les mercatos se limiteront à des joueurs gratuits ou des paris sur de jeunes inconnus. Il n'y aura plus aucune ambition sportive autre que de maintenir le club en Ligue 1. Cédric Carrasso et Benoît Trémoulinas seront les prochains à partir si jamais une offre décente arrive sur la table. Si par hasard quelqu'un connait un oligarque ou un chekh saoudien...

Mise à jour mercredi 7 septembre 2011
Il semblerait que les prévisions concernant la construction du nouveau stade laissent dubitatifs nos lecteurs. Et pourtant nous n'avions sélectionné que du tout bon, on avait même retenu le prophète qui avait annoncé la réussite de Moussa Maazou à sa signature à Bordeaux, c'est vous dire le niveau du gars. Nous avons donc rappelé tout ce petit monde, en leur demandant "oui mais si M6 n'est pas dans le consortium propriétaire du stade, hein ?"

Reformulons donc l'hypothèse : Vinci construit le nouvel écrin girondin, et paye la totalité du montant nécessaire. En contre-partie, Vinci sera seul propriétaire du stade durant une période donnée (par exemple, 30 ans), et pourra l'exploiter à sa guise, en dehors des périodes réservées pour le club, pour générer des bénéfices. L'Etat, la région, le département, la ville, verseront directement à Vinci une somme initiale, qui doit couvrir (en partie, ou pas, ça c'est le problème du constructeur...) les frais de construction. Ensuite, durant la période d'exploitation par Vinci, le club versera un "loyer annuel". Voilà pour le montage financier.

Là, notre voyant a protesté, expliquant qu'il n'avait pas vu ça, que c'était pas possible de modifier le futur comme ça, et que les jeunes de nos jours c'était n'importe quoi. Du coup c'est notre expert financier qui a levé le doigt. Il a expliqué que sur ce modèle, pour M6, il y aurait donc une charge fixe (les loyers annuels à verser à Vinci), mais surtout des revenus fluctants : possible hausse de la billeterie et des produits annexes (encore que la part de la billeterie dans les revenus est plutôt faible par rapport aux droits TV), mais que ceci restait fortement dépendant des résultats sportifs. La rentabilité de l'opération est incertaine. Alors qu'en vendant le club, M6 supprimerait un investissement à perte, ou du moins à rentabilité hautement incertaine. Puis il a haussé le sourcil, et a conclu que quand même, vendre serait là encore plus intéressant. Ensuite il s'est levé, d'un air satisfait, nous abandonnant avec le voyant qui pestait encore, rappelant qu'à l'époque où il était dans la mode c'était quand même mieux.

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