Le scénario se répète inlassablement, match après match, semaine après semaine. Ulrich Ramé
est impérial sur sa ligne, sort des arrêts réflexes de grande classe, sa défense est sereine, elle peut compter sur son gardien international.
Pourtant au fil de la partie, l'atmosphère se fait peu à peu lourde, pesante. Le ciel, bien que parfaitement dégagé, semble
s'assombrir inexorablement. Le climat devient étrangement étouffant, bien qu'une légère brise perturba quelque peu la chevelure studio line
fixation extrême de Marouane Chamakh. Les joueurs bordelais commencent inconsciemment à se regarder du coin de l'oeil, l'air inquiet. Les
chants des supporters se font hésitants. Au dessus d'eux, quelques oiseaux de passage suspendent leur vol aux abords du stade. Le vent se
fige, le temps s'arrête.
Survient alors un centre anodin parvenant à hauteur du point de penalty. En un éclair Youl s'élance, prend
son envol, et se jette sur un mole de joueurs, poing en avant, frappant victorieusement l'air fraîchement brassé par le passage du ballon qui
se trouve déjà à 2m de la scène. Un défenseur bordelais s'arrache pour dégager en catastrophe la balle sous le nez de l'attaquant adverse qui
avait déjà armé sa tête. Le public respire, les joueurs affichent un visage encore contracté par le choc émotionnel, mais sont à l'évidence
soulagés. Ouf, c'est passé!
Bien sûr il ne s'agit là que d'un exemple parmi d'autres, Ulrich Ramé possède une palette largement
plus exhaustive de sorties kamikazes. Il est même l'un des plus inventifs dans ce domaine, d'aucuns le qualifieront d'ailleurs de génie de
la sortie ratée. Mais comment expliquer qu'un gardien de cette qualité, unanimement reconnu comme l'un des meilleurs en France, se déchire
systématiquement et de manière aussi spectaculaire à chaque match?
Afin de tenter de faire la lumière sur cette incongruité,
laissons-nous aller à quelques suppositions éclairées afin de découvrir une explication plausible au phénomène.
L'explication
psychologique.
Ulrich est un homme calme et reservé qui, un peu à l'image d'un Zinedine Zidane, a parfois besoin d'exploser
pour évacuer le stress inhérent à son poste. Mais chacun sa méthode, et pendant que Zizou explose Materazzi, Youl est pris de compulsions
frénétiques dès qu'il voit un ballon voler à proximité de sa surface, sensations fortement exaltées lorsqu'il n'est pas sûr de s'en
emparer.
Cette balle qui vient le défier sur son palier, réveille ses instincts de gardien de but. Et tel le bon toutou tranquille et
adorable qui se transforme en terrible bête sanguinaire dès lors qu'un intrus pénètre dans la maison familiale, il perd tout contrôle et se
rue à corps perdu sur ce qui constitue une menace pour les siens, ignorant tous les obstacles et tous les dangers.
Bien sûr si l'individu
est vraiment dangereux, il tire une balle sur le pauvre animal et peut continuer tranquillement son petit bonhomme de chemin. Pareil pour le
ballon...
Tout ceci expliquerait en outre la manie qu'a Ramé de gagner du temps à tout moment du match, que le score soit en sa faveur ou
non. Ces précieux instants, qui paraissent interminables au spectateur qui voit Darcheville et Faubert courir comme des dératés vers l'avant
pour profiter d'un contre fulgurant, lui permettent de se calmer et de gérer tant bien que mal ses pulsions.
L'explication
physiologique.
Ramé est un être bionique, mi-homme mi-robot. Rappelons que ce parfait inconnu à l'époque est arrivé en
Gironde en provenance d'Angers, du moins selon la version officielle. Or qui dans son entourage connaît un supporter angevin ou a déjà vu
jouer l'équipe d'Angers? Cette ville est anonyme, son club ne l'est pas moins, même son climat est complètement lisse (la douceur angevine
comme on dit). C'est l'alibi parfait, personne ne viendra contester cette provenance, ni même tenter de la vérifier.
La cellule de
recrutement contacte un anonyme refoulé des stages de formation de Jean-Michel Larqué à Saint-Jean-de-Luz, on lui implante une puce dans le
cerveau, des mains en acier, des microcapteurs au bout des doigts et voilà: le gardien de l'an 2000 est né.
Malheureusement, les nouvelles
technologies n'étant jamais tout à fait au point, certains bugs apparus par la suite mettent à mal le rendement du matériel.
Et le
développement des patches correctifs aux anomalies "nouveaux ballons", "progrès techniques", ou "Juninho", réclame du temps et surtout des
moyens. Comme souvent lorsqu'il s'agit de maintenance sur un vieux modèle, on préfère supporter une période de flottement le temps de mettre
au point un nouveau prototype. Les essais réalisés sur le projet Frédéric Roux n'ayant pas été concluants, la licence d'utilisation a été
prolongée jusqu'en 2007.
L'explication pathologique.
Le gardien bordelais souffre d'une maladie génétique
rare dite "syndrôme du poisson rouge" qui lui octroie dans les périodes fortement émotionnelles une mémoire d'à peine quelques secondes.
Evidemment, lorsqu'il doit exécuter une intervention d'urgence, Ulrich a sa dose d'émotions intenses et est éminemment exposé à ces
troubles pathologiques. Sur une frappe, pour peu qu'elle ne soit pas trop molle, sa capacité mémorielle est suffisante pour effectuer la
parade adéquate.
Mais sur un centre, arrive toujours un moment où il ne sait plus trop pourquoi il est sorti de sa cage. S'ensuit alors un
moment d'hésitation coupable ponctué d'une boulette du plus bel effet.
Les recherches médicales pour traiter cette maladie sont
malheureusement au point mort, alors que d'autres cas ont depuis été répertoriés dans le milieu de football. Ainsi Daniel Moreira ne parvient
jamais à retenir le nom du club de son coeur.
Sans aucun doute il existe des explications bien plus rationnelles, tel le manque
d'entraînement réel dû à la piètre qualité des centres de ses coéquipiers. Mais d'autres gardiens bénéficient de conditions bien pires sans
atteindre le niveau du portier bordelais, c'est donc forcément qu'il a "quelque chose en plus". |