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Gourcuff, le faux meneur

Effectif
Écrit par www.e-foot.eu   
24-06-2009
Cette semaine, nous vous vous proposons de découvrir l'excellent blog e-foot.eu pour plusieurs raisons. La première, c'est qu'on est plus ou moins en vacances, la période du mercato provoquant des bugs sur tous les ordinateurs de la rédaction. La deuxième, c'est qu'il s'agit d'un blog de qualité, qui balaie l'actualité du football dans un français correct avec une ligne éditoriale claire (oui, ça existe encore). La troisième, c'est que e-foot vient de consacrer un article sur la star du milieu de terrain des Girondins de Bordeaux, Pierre Ducasse Yoann Gourcuff. Et quatrièmement, ce blog est géré par un jeune jeune qui mérite.


gourcuff_mer
"Je piquerais bien une tête, mais les gens qui s'occupent de moi n'ont pas négocié la clause de baignade".


En attendant le billet concernant les qualifications pour la Coupe du Monde de la Zone Afrique (qui se jouent en ce moment même), j’ai décidé d’inaugurer une nouvelle rubrique intitulée « joueurs» . Le principe est on ne peut plus simple : je choisis un joueur, j’avance ses qualités, ses défauts et surtout son utilisation dans le schéma de jeu de son club (et, dans ce premier cas, celui de sa sélection). Suivant au jour le jour les Girondins de Bordeaux, je ne pouvais pas prendre mieux que Yoann Gourcuff comme premier cobaye pour cette nouvelle rubrique. A la pointe du losange bordelais, le style de jeu du meilleur joueur du dernier championnat de Ligue 1 n’est pas pour autant celui du numéro 10 à l’ancienne que l’on nous vend à gauche à droite.

Avant de nous pencher sur son utilisation au sein du losange bordelais, intéressons-nous d’abord au profil du joueur qu’est Yoann Gourcuff. Avant même qu’il ne reçoive le ballon, le néo-bordelais impressionne par sa condition physique. Lorsqu’il est à son meilleur niveau, sa carcasse d’1m85 pour 79kg court sans souci aux quatre coins du terrain pendant 90 minutes. Il remerciera sans doute ses années milanaises pour ses qualités physique. Le gabarit et l’endurance combinés font de lui un excellent travailleur à la récupération. Moins visible à Bordeaux, cette capacité à défendre et à chiper pas mal de ballons à l’adversaire se voit surtout en Equipe de France où il prête souvent main forte aux deux numéros 6 alignés par Domenech.

Lorsqu’il a le ballon (et il l’a très souvent), Gourcuff sort du lot par sa capacité à le conserver, même dans les situations les plus difficiles. Son numéro au milieu de trois défenseurs de Chelsea en novembre dernier est encore dans ma mémoire. Cette résistance au pressing adverse s’avère parfois être une tare, le Bordelais jouant parfois avec le feu en tentant de s’en sortir seul malgré des partenaires démarqués. Offensivement, son principal atout est d’être décisif : Malgré des problèmes frustrants sur coups de pied arrêtés, Gourcuff a délivré 10 passes décisives et inscrit 15 buts cette saison. Pour un milieu de terrain, ces statistiques sont énormes. Autant que par ses qualités individuelles, elles s’expliquent par son utilisation dans le système de jeu bordelais.

gourcuff_fauteuil.png
"Après une bonne séance d'entraînement,
j'aime me prélasser dans un fauteil en jetant des regards lascifs
".


Prenons d’abord la période euphorique des Girondins, celles qui les a menés au titre de champion de France. Titulaire derrière les deux attaquants, Gourcuff avait derrière lui le véritable organisateur du jeu bordelais, Fernando. L’influence du Breton dans le jeu se limitait alors dans les 30 derniers mètres adverses. On le voyait bien décrocher, pour défendre ou toucher quelques ballons, mais aux alentours du rond central, le patron c’était Fernando. Changements de jeu, décalages, appui sur les attaquants, jeu en profondeur, le Brésilien prenait quasiment tout en charge, laissant à Gourcuff une vraie liberté d’opérer le plus près possible de la surface adverse.

Avant ce retour gagnant de Fernando, Gourcuff passait la plus mauvaise période de sa saison. En baisse de forme, il n’arrivait plus à assurer la liaison entre la première relance et les attaquants bordelais. Et pour cause, généralement, cette liaison, il la faisait lui-même, seul, avec le ballon dans les pieds. C’est ce que l’on voyait en début de saison. Alors que Blanc cherchait la bonne formule dans les couloirs, tous les ballons passaient par Gourcuff qui se chargeait lui-même de la distribution, toujours vers l’avant et les attaquants, rarement dans la latéralité. On tient ici peut-être l’une des explications au problème bordelais du début de saison où tout passait par l’axe, quitte à donner l’impression de s’enfermer dans un entonnoir.

On arrive là au défaut qui empêche de Gourcuff d’être un véritable numéro 10 : il lui manque encore une certaine vision du jeu qui lui fait sentir où sont placés ses partenaires. A l’heure actuelle, le Breton est pour moi un milieu relayeur de (très ?) haut niveau, très adroit devant le but grâce à son talent et son utilisation à Bordeaux. Utilisé numéro 10 mais dans un autre système avec l’équipe de France, il brille par son repli défensif mais peine à prendre et à organiser le jeu des Bleus. Ce n’est pas un hasard. Au plus haut niveau, c’est au poste de relayeur qu’il explosera vraiment (je le vois très bien jouer les Lampard dans un 4-3-3 par exemple). Histoire de finir sur la fameuse comparaison : à 23 ans, il est en avance par rapport à Zidane sur le plan physique, il a réussi des gestes que ZZ ne faisait pas non plus à son âge mais il n’a pas le sens du jeu que le champion du monde a toujours eu. C’est bien là le principal problème : sentir ses partenaires, anticiper leurs déplacements et donner le ballon juste, chez les plus grands, ça ne s’apprend pas, c’est inné. L’équipe de France devra encore patienter pour avoir son successeur…




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