Miracle, le
31 août est passé, c'est le grand retour des discussions taquetiques, du terrain, du bon échange bien terre à terre, fini les illusions du
marché aux bestiaux, euh, aux joueurs. Car le mercato pour le supporter de base, quand son équipe vient de se qualifier pour la lucrative Ligue
des Champions, c'est un peu comme la promesse d'une grosse soirée avec de charmantes jeunes dames légèrement vétues, la foire aux fantasmes
quoi. Surtout quand le Président du club, d'habitude avare en paroles, devient si prolixe qu'il annonce des signatures quasi certaines, comme
Juan Pablo Sorin, capitaine de l'équipe argentine, ou Daniel Carvalho, tout juste selectionné avec le Brésil, et qu'on se retrouve avec
Wendel et Dalmat, on est forcément déçu. Ceci dit, il y a des points intéressants dans l'intersaison bordelaise.
- Le groupe de
l'année dernière n'a que peu bougé. Certains joueurs, Rio Mavuba en tête, Marc Planus, Ulrich Ramé, David Jemmali,...sont encore là, et sont
d'un niveau plus que correct pour la Ligue 1. Le couloir gauche, lieu principal de toute les rumeurs de l'intersaison bordelaise, n'est plus
occupé par un Denilson trop gourmand apparament. La blessure de Fernando a mis en avant les lacunes de l'effectif au niveau des milieux
défensifs, Pierre Ducasse semble encore un peu trop tendre, et il est impossible de juger l'apport de Wendel jusqu'ici, malgré un premier
match satisfaisant statisquement parlant. Cheyrou n'était pas exceptionnel, Dalmat est censé le remplacer, il avait fait une grosse première
partie de saison avec Toulouse il y a 2 ans. Beto n'a jamais vraiment fait partie du groupe, et est remplacé théoriquement par Enakarhire.
Smicer reste très juste physiquement, et il pourrait apporter des choses intéressantes avec Micoud.
- Quid de la fameuse enveloppe de
transfert (voir le très
bon article à ce sujet ) ? Qui donc peut réellement connaître la façon dont se gère un club de foot, avec les différents contrats de
joueurs, les clauses diverses et variées, le prix de l'aluminium qui n'en finit pas de monter et qui plombe le budget tuning de
Darch',...Cela n'est surement pas aussi simple que lorsqu'on fait son marché, genre "je vous prendrais bien votre petit Daniel Carvalho
là, vous me le faites à combien ?" "Alors là mon bon monsieur, c'est une future perle, il vient juste de recevoir le prix Auriverde 2006. Du
coup, la demande explose, il faut l'importer du Brésil, via la Russie, on multiplie les intervenants, et le prix augmente...". Si le
fonctionnement des transferts était aussi accessible que dans une simulation de football, n'importe quel amateur de management deviendrait
rapidement un Mourinho ou un esclavagiste en herbe.
- Les exemples marseillais ou parisien de dépenses à tout va ont du sérieusement
tempérer les dirigeants bordelais, qui craignent sûrement de se retrouver pieds et poings cloués comme ce fut le cas suite au transfert de
Christian, "le dieu noir". Ce type de recrutement a plombé les ambitions et les finances jusqu'à l'épisode 2004/05, et son recrutement
"malin". De plus, le club souhaite toujours accorder de la place à la formation (voir cet
article), ce n'est sans doute pas pour rien que Gabriel Obertan a signé son premier contrat pro à 17 ans, mais là aussi, son futur reste
hypothétique.
Ce n'est pas pour autant que le mercato apparait comme "bon", plusieurs problèmes sont flagrants :
- La
communication du club a été rocambolesque une fois de plus. Jean Louis, et le club, parlent plus qu'avant, mais le dictionnaire
Triaud/Français n'est pas encore au point, il faudrait peut-être découvrir une pierre de Paulette pour comprendre ses déclarations sibyllines.
Pire encore, il annonce "Si ricardo le veut, il sera là demain" au sujet de Juan Pablo Sorin, pour un transfert qui ne s'est finalement pas
fait. Daniel Carvalho a lui aussi été plus ou moins annoncé comme une recrue certaine, pour le résultat que l'on connaît. Ces transferts tués
dans l'oeuf montrent assez bien le dysfonctionnement de la cellule de recrutement, si tant est qu'elle soit organisée. Ricardo a été présenté
comme un manager "à l'anglaise", ses désirs ( Néné, Menez, Benoit Cheyrou ) n'ont pas été suivis, son contrat se termine donc toujours en
juin 2007.
- Lyon n'a certainement pas construit son groupe actuel en une seule saison, les recrutements massifs ne marchent que très
rarement, et cela crée des groupes ingérables ( financièrement et humainement ) de 40 pros ( cf Marseille encore une fois ). Pourtant,
l'exemple lyonnais montre une préparation du recrutement à mille lieues de ce qui apparait à Bordeaux, Toulalan était pisté depuis plus d'une
saison, Squilacci 6 mois au moins,... Certes, les finances lyonnaises permettent ce type d'avance, et le classement final bordelais était une
belle surprise, mais le couloir gauche, par exemple, est depuis longtemps problématique en Gironde ( pas de politique ). Les derniers jours du
mercato, et les nombreuses pistes étudiées, montrent bien la panique interne du moment. Enakarhire, même avec son statut d'international
nigérian, n'a pas été supervisé, a été engagé dans les dernières heures du mercato. Fallait peut-être penser à anticiper, même si dans le
discours Jean Louis déclare que les bonnes affaires se font en fin de mercato ( à la fin du marché, on ne trouve que les fruits dont personne
n'a voulu aussi...). Michel Pavon, sans en faire le bouc émissaire idéal, est presenté sur le site officiel du club comme le responsable de la
détection et du recrutement. Il faut plus de métier à ce statut pour entretenir un vrai carnet d'adresses, que l'ami Camporro semble avoir
emporté avec lui au Brésil. Il serait judicieux d'étoffer cette partie du staff, mais cela implique de partager les pouvoirs, et de préciser
les compétences de chacun, parce que là ça ressemble à un beau bordel hein.
Sans vouloir donc tomber dans la critique facile, de gros
problèmes subsistent dans le fonctionnement du club. Le couloir gauche n'est toujours pas occupé par un titulaire indiscutable, et la blessure
de Fernando explique probablement une partie des résultats en demi-teinte bordelais jusqu'ici. Triaud sous-entend que le club dispose encore
de moyens afin de recruter lors du mercato hivernal, une façon de rassurer les supporters. Faut-il lui rappeler que la moitié du championnat se
sera déroulée d'ici là... |