|
La culture du secret est un sacerdoce pour les dirigeants bordelais, il convient du coup de prendre toutes les précautions possibles lorsqu'il s'agit d'analyser le fonctionnement du staff des Girondins de Bordeaux. Moins encore que les journalistes, « nous », modestes supporters et observateurs du microcosme du Haillan, ne pouvons qu'interpréter certaines paroles parues dans la presse pour tenter de comprendre ce qui se trame dans les couloirs du château. Bref, on ne sait pas grand chose, mais on essaye quand même d'analyser ça. Malgré cette position difficile, on peut tout de même tirer quelques conclusions.

L'actionnaire majoritaire :
M6 a longtemps été désigné comme le coupable des maux bordelais depuis le titre de 1999, le public de Lescure exigeant un investissement comparable à celui de Robert Louis Dreyfus à Marseille, chaque supporter se basant sur le total des transferts effectués pour estimer la fameuse enveloppe, et donc l'ambition de la direction.
Evidemment, le supporter lambda capable de réaliser additions et soustractions se croit apte à jauger le montant des possibilités de recrutement. C'est très vite oublier plusieurs choses. Tout d'abord, les montants de transfert ne sont jamais dévoilés à Bordeaux. Ensuite, ces opérations comportent quasi systématiquement un ensemble de primes, participations diverses des agents, intermédiaires plus ou moins honnêtes, étalements de paiement et autres subtilités qui rendent encore plus floues ces transactions pour les supporters mal informés que nous sommes. Le calcul est donc loin d'être aussi simple que ce que beaucoup aimerait le (faire) croire.

« Tu connais l'histoire de l'Argentin qui peut arriver demain si l'entraîneur le décide ? »
Pourtant, ces incertitudes n'empêchent pas d'estimer le train de vie du club, sachant que cela reste une estimation. Il est indéniable que l'équipe qui a frôlé la relégation il y a deux saisons de cela ne disposait pas des mêmes moyens que les équipes post-titre, le temps d'absorber les investissements foireux et de remettre les comptes à plat. Plus récemment donc, les recrutements consécutifs de Cavenaghi et Jussiê semblent indiquer une marge de manoeuvre plus importante, Ligue des Champions oblige. L'échec de la saison à peine terminée marquera probablement un coup de frein à cela, selon JLT.
Par ailleurs, les rumeurs de vente du club, plus ou moins récurrentes, sont constamment liées aux résultats de l'équipe. Quand cette dernière frôle la relégation, multiples sont les repreneurs potentiels. A contrario, ces bruits de couloirs sont bien moins nombreux depuis peu. Il n'empêche que De Tavernost affirme laisser de la place à des investisseurs.
Le centre de formation :
Malgré l'animosité de beaucoup envers l'actionnaire majoritaire, force est de constater la productivité du centre de formation depuis l'arrivée de M6 et de ses investissements dans ce domaine. Sans décrire ce centre comme fantastique, il a fourni cette saison à l'équipe première Obertan, talent très vite mis en avant. Il est sûrement trop tôt pour en faire un titulaire en puissance, mais le jeune homme est indéniablement prometteur. De même, Baysse, Trémoulinas, Tunani et Saivet sont susceptibles de jouer un véritable rôle dans l'équipe première, comme leurs prédecesseurs récents Marange et Ducasse. Evidemment, il ne faut pas perdre de vue que ces intégrations ne sont pas toutes réussies, qu'un potentiel ne se réalise pas toujours, et qu'il s'agit d'une politique de recrutement moins onéreuse. Mais le classement du centre de formation bordelais, parmi les meilleurs français, est un bon indicateur de la qualité de ce dernier.
La direction :
Difficile de trouver plus expert en langue de bois que Jean-Louis Triaud. Quand chacun annonçait la signature acquise de Laurent Blanc comme nouvel entraîneur, le président bordelais se bornait à contourner la question. De façon plus générale, il ne faut pas accorder un crédit trop important aux dires du personnage, ça en devient presque humoristique.
Plus problématique est l'impression de navigation à vue que donne Triaud. Le récent départ de Ricardo pour Monaco, malgré deux saisons réussies (analyse plus détaillée à venir dans un prochain bilan) indique une préférence accordée à Michel Pavon, d'autant plus que les recrutements de Blanc et Gasset vont dans le sens d'une entente cordiale voulue. Pourtant, Triaud n'apparaît toujours pas comme un homme fort dans l'évolution du club bordelais, mais plus comme un gestionnaire des affaires courantes, intermédiaire entre M6 et les responsables sportifs. L'histoire des clubs de football professionnels reste marquée des hommes forts à la barre (Bez, Tapie, Guy Roux, Aulas, Rochet...), et c'est ce que semble vouloir éviter à tout prix le président des Girondins. Pas de responsable, pas de coupable donc (sauf l'entraîneur, mais ça c'est facile).

Quand on dit que Laurent Blanc a le bras long, ce n'est pas une métaphore.
Même au sein de la Ligue, l'aura du président bordelais semble être devenue bien plus floue. A la fin de la saison 2005, il perdait sa place au sein du conseil d'administration de la LFP. A l'époque, 9 candidats (pour 8 places) se présentaient à l'élection. Jean-Louis Triaud perdait son siège, qui échouait alors à Emmanuel Cueff, alors président du Stade Rennais (remplacé depuis par Frédéric de Saint-Sernin). Quelques semaines plus tard, il déclarait dans l'Equipe "Ça ne me préoccupe pas particulièrement, et je crois bien que je ne le serai jamais. Je m'en fous. Etre élu au CA de la Ligue n'a jamais fait gagner des points en Championnat.". Des propos à mettre aujourd'hui en perspective avec la décision d'attribuer les trois points à Toulouse lors du match arrêté à Nantes...
La cellule de recrutement :
Charles Camporro parti, il a bien fallu trouver un nouveau responsable. Dans un milieu où l'on se doute que les relations de dessous de table sont légions, où tout n'est pas seulement une histoire de marché, vendeur-acheteur, autant placer quelqu'un à la tête de cette cellule complètement inexpérimenté à ce poste. Merci Triaud pour avoir épargné à Bordeaux de payer des indemnités à Michel Pavon et de l'avoir reconverti. A la suite d'un saison catastrophique à la tête de l'équipe première, l'originaire de La Ciotat a donc obtenu une promotion.

« Si tout va bien, un réparateur de fax devrait être recruté avant la fin de la semaine. »
Plus sérieusement, là où on aime à croire qu'oeuvrent ensemble les Pavon, Ricardo, et autres intervenants, la cellule sportive a plus ressemblé à une chimère paralytique bicéphale à l'espérance de vie limitée. Les deux derniers entraîneurs de Bordeaux susnommés ne se sont jamais entendus sur les recrues, transformant une fois encore le chantier estival en une tragique guerre post-apocalyptique. Mad Michel privilégiait ses contacts (Micoud, Dalmat), tandis que Ricardo complétait son effectif avec ses connaissances (Wendel). Ajoutons à ça un Jean-Louis toujours maître dans l'art mystique de l'attentisme, et ça nous a fait un beau bordel. Espérons que l'entente déclarée entre Pavon, Gasset et Blanc permette un meilleur fonctionnement de l'ensemble. |