Quelques minutes après le sacre historique de l’Olympique de Marseille en finale de la Coupe de la ligue samedi soir, Frédéric Thiriez était l’invité de l’After Foot d’RMC. Malmenée par Fabien Lefort et son armée de consultants, la moustache la plus célèbre du football français s’en est tirée comme elle a pu.
Fabien Lefort : Nous sommes avec le président de la Ligue Frédéric Thiriez, bonsoir Frédéric !
Frédéric Thiriez : Bonsoir à tous !
Roland Courbis : Bonsoir Président !
Frédéric Thiriez : Bonsoir Roland, comment allez-vous ?
Roland Courbis : A part la voix, ça va.
Frédéric Thiriez : Oui, y a quelque chose sur la voix, là.
Roland Courbis : J’ai gueulé après que la date de la finale c’était à 10 journées de la fin du championnat et mes cordes vocales elles n’arrivent pas à s’y faire.
Fabien Lefort : Frédéric, est-ce que le président a assisté à une belle finale ce soir ?
Frédéric Thiriez : C’était une finale qui était annoncée comme une finale de rêve et je pense qu’elle a tenue ses promesses. C'est-à-dire qu’on a vu un match très engagé, je dirais même rugueux en première mi-temps, difficile, et puis une deuxième mi-temps endiablée. Je dirais que les Marseillais n’ont pas volé leur victoire. Sans prendre partie pour l’un ou pour l’autre, parce que vous savez bien que je suis totalement impartial, je suis content pour les Marseillais parce qu’ils voulaient absolument gagner un titre. Et je suis content aussi car j’étais assis à côté de Margarita Louis-Dreyfus et j’ai vu des larmes dans ses yeux au moment où on a mis le portrait de Robert Louis-Dreyfus dans le stade. Je crois que les Marseillais peuvent dédier cette victoire à Robert Louis-Dreyfus et à sa femme Margarita qui reprend le flambeau avec beaucoup de courage.
Roland Courbis : C’est vrai.
Fabien Lefort : Frédéric, on attendait depuis longtemps une belle affiche comme celle-là en finale de la Coupe de la ligue.
Frédéric Thiriez : Bah, vous savez, la Coupe de la ligue c’est pas la Coupe de la ligue, d’ailleurs. Je pense à la débaptiser, maintenant. C’est sûrement pas la Coupe de Frédéric Thiriez, c’est sûrement pas la Coupe du président de la ligue, c’est la Coupe du foot professionnel.
Eric Di Meco : On l’appelle aussi la Coupe à Toto.
Frédéric Thiriez : Oui, bah c’est la Coupe du foot professionnel, et bah ce soir on avait l’affiche dont tout le monde peut rêver, avec d’un côté Bordeaux qui, comme dirait Triaud, est un peu le champion de France de la Coupe de la ligue, et Marseille qui est un peu le champion de France de la Coupe de France. Donc c’était un peu la finale des champions ce soir.
Luis Fernandez : Et l’année prochaine on la continue, président ?
Frédéric Thiriez : Bien évidemment, pourquoi voulez-vous qu’on la supprime ?
Luis Fernandez : Parce que ces derniers temps elle a été vachement décriée.
Frédéric Thiriez : Mais vous savez, moi…
Eric Di Meco : Pourquoi vous ne faites pas directement une finale Marseille-Bordeaux ? Parce qu’on a tout fait cette saison pour que ce soit une finale Marseille-Bordeaux.
Frédéric Thiriez : Non, non, on ne peut pas dire ça.
Eric Di Meco : Les équipes sont protégées et après il y a des têtes de séries, donc ne me dites pas que c’est pas fait pour faire Marseille-Bordeaux.
Frédéric Thiriez : Non, non.
Eric Di Meco : L’année dernière c’était une catastrophe pour vous que ce soit pas Marseille-Bordeaux mais que ce soit Bordeaux-Vannes.
Frédéric Thiriez : Non, non. D’abord ce n’est pas très gentil de dire ça, et en plus ce n’est pas très juste pour les équipes qui sont arrivées en finale l’an dernier. Simplement il est normal de protéger… Vous nous parlez tout le temps du calendrier qui est infernal. On a décidé de protéger un peu les clubs européens au début le Coupe de la ligue, ça c’est une chose qui est tout à fait compréhensible. Après on a fait des têtes de série, mais attendez, dans toutes les grandes compétitions de football au monde on connaît les têtes de série. Donc je ne vois pas ce que ça a de scandaleux de faire des têtes de série. Et croyez-moi, Bordeaux et Marseille qui étaient en finale ce soir ont mérité par les clubs qu’ils ont battus. C’était pas des clubs faciles. Vous savez, on me parle des avis d’untel ou d’untel, bon, j’adore les experts, les esprits forts, mais pour moi ce qui compte c’est le public. Et croyez-moi, je pense que ce soir, le public il est content !
Eric Di Meco : Président, ne me parlez pas du public alors qu’il y a eu des grèves contre cette Coupe de la ligue dans tous les stades de France. A Bordeaux, à Marseille, vous savez très bien que tous les supporters ont fait la grève des encouragements contre cette Coupe de la ligue. Vous savez bien qu’elle n’est pas populaire auprès des supporters. Ou alors c’est que vous n’écoutez pas le monde du football, président.
Frédéric Thiriez : Ecoutez, je pense que le monde du football je l’écoute au moins autant que vous. Et j’ai même réalisé des sondages.
Eric Di Meco : Ok, c’est vous qui avez raison…
Frédéric Thiriez : Non, je ne dis pas que j’ai raison. Mais je vous donne ce que je fais et ce que je pense. On a fait un sondage pour savoir si les Français qui s’intéressent au football étaient pour le maintien ou la suppression de la Coupe de la ligue. La réponse est que 85% des Français intéressés par le football en France sont pour le maintien de la Coupe de la ligue.
Eric Di Meco : Alors on fait comment ?
Frédéric Thiriez : Attendez, laissez-moi finir. Si demain, je vais peut-être le faire d’ailleurs, je réunis une assemblée générale des clubs professionnels pour leur dire : « voulez-vous qu’on supprime la Coupe de la ligue ? », quel sera le résultat, à votre avis ?
Eric Di Meco : Ben, je sais pas moi, mais vous avez entendu le président bordelais, ce qu’il a dit tout l’année sur la Coupe de la ligue ?
Frédéric Thiriez : Mais le club de Bordeaux c’est un club sur quarante, mes amis ! Moi je m’occupe de quarante clubs, je ne m’occupe pas d’un club, ni de quatre clubs. J’ai quarante clubs professionnels, quarante quatre très précisément si on compte les clubs de National à statut pro.
Fabien Lefort : En gros, les gros clubs n’en veulent plus.
Frédéric Thiriez : Les gros clubs ont leur importance.
Fabien Lefort : Le fameux « big four ».
Frédéric Thiriez : Je ne sais pas ce que c’est que le « big four ».
Fabien Lefort : Marseille, Bordeaux, Paris et Lyon.
Frédéric Thiriez : Olivier Sadran a dit des choses très drôles là-dessus, je pense que vous lez avez reprises.
Fabien Lefort : Non.
Frédéric Thiriez : Moi je m’occupe des quarante quatre clubs professionnels. Il y a des clubs gros, il y a des clubs importants, mais il y a aussi les autres. Un championnat ne se joue pas à quatre. Un championnat se joue à vingt, jusqu’à nouvel ordre. Peut-être à dix-huit demain. Mon rôle, c’est quoi ? C’est pas d’être à la remorque des avis de tel ou tel président de club. Ni Lyon, ni Bordeaux. Moi j’écoute ce que me disent l’ensemble des clubs professionnels. Et pour l’instant, l’ensemble des clubs professionnels est pour le maintien de la Coupe de la ligue.
Eric Di Meco : Président, et si ce soir Bordeaux qui joue un match important dans trois jours avait mis la CFA, vous l’auriez pris comment ?
Frédéric Thiriez : Oui, et si ma tante en avait deux ? Je l’appellerais comment?
Eric Di Meco : Bah, votre oncle. Non mais ça aurait pu arriver.
Frédéric Thiriez : Vous êtes déprimants. Parce qu’aujourd’hui, pas mal de vos confrères ont dit : « vous allez voir, Laurent Blanc va aligner une équipe bis », et ce soir, à votre grande déception, à vous les esprits forts, Laurent Blanc a aligné sa meilleure équipe. Ca vous ennuie, ça, peut-être?
Eric Di Meco : Pas du tout.
Luis Fernandez : C’est peut-être le deal qu’il a passé avec vous, ça.
Frédéric Thiriez : Il n’y a aucun deal.
Luis Fernandez : En essayant de mettre ce Lyon-Grenoble au jour d’aujourd’hui, ils ont fait en sorte que Bordeaux respecte cette Coupe de la ligue.
Frédéric Thiriez : Ecoutez, est-ce qu’il est normal que deux clubs français qui vont s’affronter en Champions league mardi prochain bénéficient d’un nombre de jours de récupération égal, oui ou on?
Luis Fernandez : Oui.
Frédéric Thiriez : C’est quoi votre problème?
Luis Fernandez : Ce qui aurait été normal c’est que Bordeaux puisse aligner une équipe réserve aujourd’hui.
Frédéric Thiriez : Et alors?
Luis Fernandez : Ca n’a pas été le cas, en l’occurrence.
Frédéric Thiriez : C’est quoi votre problème?
Eric Di Meco : Notre problème, c’est pas que Bordeaux ait présenté une belle équipe ce soir, au contraire puisqu’on s’est régalé. Notre problème, qui est d’ailleurs celui des Girondins, c’est le match aller de Ligue des champions. Parce qu’imaginez que ça se passe mal pour eux mardi, ils ont des garçons qui sont fatigués… Est-ce qu’ils vont pas dire à un moment donné « cette finale de la Coupe de la ligue elle tombe mal, elle nous a coûté notre qualification »? Est-ce que vous être prêt à l’entendre, ça?
Frédéric Thiriez : Je suis capable d’entendre tout, sauf la mauvaise foi. Laurent Blanc est un grand professionnel et j’aimerais bien que vous lui rendiez un tout petit peu hommage.
Eric Di Meco : On l’a fait.
Frédéric Thiriez : Ouais, enfin, hein, bon… Il court toutes les compétitions avec la plus grande compétence possible. On le savait qu’il alignerait ce soir un belle équipe. Vous avez un peu essayé de dire le contraire, vous vous êtes trompés. Reconnaissez-le. Reconnaissez-le ! Laurent Blanc est un grand professionnel, il a aligné la meilleure équipe possible et on dirait que ça vous déçoit.
Roland Courbis : Président, si je peux me permettre. Je vous écoute très attentivement et je sais que c’est pas facile de contenter tout le monde. Dans la semaine je me suis mis un petit peu à la place des Lyonnais, j’aurais fait exactement comme eux. Je me suis mis un petit peu à la place des Bordelais, j’aurais fait exactement comme eux. Par contre, si, modestement, je me mets à la place de la ligue et du président de la ligue que vous êtes je me dis « tiens, est-ce qu’il n’était pas possible de faire différemment, et est-ce qu’à l’avenir on ne va pas… »
Frédéric Thiriez : De faire différemment comment ? De faire quoi ? Dites-moi ce qu’il fallait faire.
Roland Courbis : De faire différemment. Je vous explique.
Frédéric Thiriez : Expliquez-moi.
Roland Courbis : Déjà, un finale de Coupe de la ligue à neuf journées de la fin d’un championnat, pour moi c’est dangereux en ce qui concerne l’étique et l’équité sportive. Ensuite, quand nous avons un calendrier, et Dieu sait qu’il est difficile ce calendrier avec la Coupe du monde au bout, on se dit : « tiens, à défaut d’avoir les bonnes solutions, essayons de trouver les moins mauvaises ». Est-ce qu’il est normal que nous mettions la finale de la Coupe de la ligue dans un week-end qui précèdera un mardi et un mercredi de Champions league avec la possibilité qu’il y ait un club français, deux clubs français, trois clubs français - parce que nous étions optimistes au départ et on pensait qu’on pouvait avoir trois clubs français en 1/8, voir même en ¼ ? Donc déjà nous mettons cette Coupe de la ligue à neuf journées de la fin où nous mettons l’obligation pour deux clubs d’avoir des matchs de retard et d’avoir une journée qui sera tronquée. Cette finale de la Coupe de la Ligue ne peut pas être mise tranquillement trois jours après la 38ème journée ?
Frédéric Thiriez : Je vous signale qu’on a cette année un Coupe du monde de football.
Roland Courbis : Mais qu’est-ce que ça change ?
Frédéric Thiriez : Et ben…
Roland Courbis : A partir du moment où la 38ème journée je l’avance de trois jours…
Frédéric Thiriez : Attendez, vous savez ce que je vais faire ? On va pas rentrer dans des débats. Ce que je vais faire, c’est que l’année prochaine, quand on aura les réunions de la commission du calendrier où vous verrez que tous les plus grands experts du football se réunissent pour trouver les meilleures solutions, vous participerez et vous verrez qu’il ne suffit pas de dire « y a qu’à, faut qu’on, c’est mal fait, ce sont des incompétents ». Si vous vous mettez vous-même au boulot avec tous les gens qui travaillent, et croyez-moi la plupart des entraîneurs sont associés à ce travail ainsi que tous les dirigeants, vous verrez que les marges de manœuvre de la France sont très limitées. Pourquoi ? Parce que le nombre de dates internationales ne cessent d’augmenter et que pour les compétitions nationales il nous reste très peu de dates. Donc il n’y a pas de solutions miracle, il faut faire preuve d’un tout petit peu d’humilité. Revenons-en à l’objet principal qui est quand même la soirée de ce soir, vous avez vu un très grand Bordeaux, un très grand Marseille, je trouve qu’il serait triste de le déplorer. Maintenant il y a un gros match mardi, je pense que Lyon et Bordeaux sont placés à égalité. Je ne vois pas ce que vous voulez que l’on fasse de mieux pour le moment.
Roland Courbis : Je termine. C’est pas pour le fait d’être têtu. Ce soir, nous évitons une prolongation. Ce soir nous avons deux clubs français qui sont tombés, ce qui est assez exceptionnel, l’un contre l’autre (en1/4 de finale de Ligue des champions, ndlr). Levons ce côté exceptionnel : si nous avions un club français qui était tombé contre un club allemand ou italien et que ce club français avait joué ce soir une prolongation et que le club étranger avait pu avancer sans polémique son match au vendredi, nous serions en train de gueuler aussi.
Frédéric Thiriez : C’est vous qui pleurez. Arrêtez de pleurer tout le temps sur le sort du football français ! Regardez un tout petit peu… Je suis désolé, mais vous me faites parfois un peu sourire. Vous ne posez pas des questions, vous portez des accusations. Le milieu européen, je le connais un peu, il se trouve que je suis vice-président des ligues européennes depuis plusieurs années. On est le seul pays où on passe son temps à pleurer sur le calendrier, à dire : « ah, on peut pas jouer entre le samedi et le mardi ». Mais arrêtez ! Enfin, on peut parfaitement jouer le samedi et le mardi, mais qu’est-ce que c’est que ces pleureuses ?! Les Français sont les seuls à se comporter de cette manière. Mais arrêtons ! Allez voir un peu en Angleterre ! Mais réveillez-vous !
Luis Fernandez : Ils ont d’autres moyens, les Anglais. Ils ont des stades de football.
Roland Courbis : Mais président, ça me dérange pas de jouer du samedi au mardi ! Ce qui m’emmerde c’est que quand je joue du samedi au mardi, mon adversaire à joué le vendredi ! Et c’est ce qui aurait pu se passer avec un club étranger.
Frédéric Thiriez : Et encore un fois, si ma tante en avait deux…
Roland Courbis : En ce qui concerne les dictons, président, au lieu de dire : « si ma tante en avait », je vais modestement vous en dire un de dicton : gouverner c’est prévoir.
Frédéric Thiriez : C’est ça…
Roland Courbis : Pourquoi la finale de la Coupe de la ligue ne se joue pas après le championnat ? J’aimerais l’avoir cette réponse. Il doit quand même y avoir une explication. Vous décernez à neuf journées de la fin un ticket pour l’Europa league qui peut fausser les neuf dernières journées !
Frédéric Thiriez : Gouverner c’est prévoir, donc l’année prochaine je vais vous associer, mon cher Roland, à la commission du calendrier et vous allez vous amuser, et je pense que vous tiendrez un discours tout à fait différent de celui que vous tenez ce soir.
Roland Courbis : Premièrement ça me ferait énormément plaisir…
Frédéric Thiriez : Marché conclu !
Roland Courbis : …et deuxièmement je vous inventerai pas des chiffres, un et un ça fera deux !
Frédéric Thiriez : Et bien cela me fera très plaisir et en plus ça me donnera l’occasion de bavarder avec vous tranquillement.
Roland Courbis : Le plaisir sera réciproque.
Frédéric Thiriez : Vous verrez qu’il n’y a pas que des imbéciles qui siègent dans les commissions, à la fédération, à la ligue ou ailleurs, contrairement à ce que je lis parfois. Croyez-moi, les gens se cassent la tête pour trouver les meilleures solutions, et vous verrez puisque vous y participerez vous-même, que ce n’est pas si facile et qu’il n’y a pas de solution miracle.
Le podcast de l'émission est disponible sur le site d'RMC.

