Bordeaux vient de piteusement finir sa saison européenne,
éliminé par la médiocre équipe d'Osasuna au bout de l'ennui de 2 matchs sans saveur. Ricardo annonçait vouloir gagner cette coupe de l'UEFA,
avouons que cela fait désordre au vu du jeu pratiqué et des prises de risque aussi nombreuses que les cheveux de Barthez. Une fois encore, la
question se pose sur l'engagement physique et moral des joueurs, la disposition tactique et l'enchainement des mauvais résultats récents, une
facheuse impression de jouer en dilettante lors des « petits » matches contre une motivation visible lors des grosses rencontres. Quand bien
même la non-qualification n'est pas en soi un drame (le groupe peine à enchainer les rencontres et accumule les pépins), les objectifs de
début de saison semblent maintenant difficiles à atteindre. Revue non exhaustive des problèmes actuels :
Le manque de mental d'un effectif limité : alors que la saison passée nous avait montré une équipe solide dans son jeu, son
engagement, avec des résultats plus que convaincants, les joueurs au scapulaire apparaissent cette saison constamment ailleurs. En dehors de la
question du capitanat confié à un gardien, le manque de leader mental est flagrant cette saison. Sitôt un but encaissé, la défaite finale est
quasi-inéluctable, et seuls quelques joueurs cadres surnagent quand l'équipe est à la peine. Mavuba, malgré ses 22 ans, Planus, malgré ses
blessures, voir Jean-Claude Darcheville, tant décrié, sont les seuls joueurs dans le champ à apparaître comme des cadres. On pourrait penser à
Jurietti mais il faut aussi être un leader technique et pas uniquement un « joueur de caractère ». Ce manque d'engagement s'accompagne en
plus d'un jeu balbutiant, fébrile en défense et brouillon en attaque, où Micoud n'a pas apporté la lumière. Ce dernier, malgré des
prestations en hausse sans être monumentales, n'a pas fluidifié le jeu bordelais et a entrainé un repositionnement tactique inefficace.
Pourtant Ricardo s'entête à le titulariser. Le coach brésilien croit-il vraiment en Johan, ou s'agit-il d'un jusqu'au-boutisme dangereux
pour assoir son pouvoir au détriment de Michel Pavon (on sait, ça craint d'envisager le deuxième scénario) ? Bref, ce nouveau schéma de jeu,
plus des joueurs qui plafonnent (Faubert, Alonso, Chamakh) ou qui déçoivent (Fernando, Jemmali) expliquent en partie les résultats
actuels.
Julien Faubert est on
fire
Les choix tactiques de Ricardo : nous ne reviendrons pas sur le 4-5-1 en soi, plus symptômatique de
l'état de l'effectif actuel (2 attaquants valides, le reste étant non-qualifié ou blessé) que de réels choix de jeu. Pourtant, ce n'est pas
la titularisation de Perea (relativement bon hier soir) en pointe en lieu et place de Chamakh qui était problématique, mais le problème reste
encore et toujours l'animation offensive, le milieu de terrain quoi. Ainsi, il n'y eut aucun dédoublement provoqué par les latéraux, et
surtout, l'équipe fut incapable d'aligner des enchainements de passes capables de déborder une défense basque pourtant bien lente. La
fébrilité défensive étant de mise, les surnombres qu'auraient pu créer les latéraux/milieux défensifs ne se firent pas, pour le résultat que
l'on sait. Enfin, les remplacements effectués par le coach brésilien relèvent de l'erreur pure et simple : autant Faubert a remplacé Alonso
poste pour poste, niveau pour niveau, la sortie de Smicer pour Chamakh entrainant un replacement de Perea en tant que milieu gauche a sonné le
glas du jeu bordelais. Le Colombien a immédiatement disparu du match, tandis que l'entrée en jeu de Marouane a permis de revoir la recherche
du jeu de tête du Marocain par nos défenseurs centraux, dommage qu'il n'y ait personne à ses côtés pour profiter des déviations. Enfin, là où
Obertan aurait pu apporter un réel plus par ses qualités de dribble, Ricardo a décidé de remplacer Micoud par Francia, soit un meneur de jeu
intermittent pour un meneur de jeu au chômage technique. Au final, Bordeaux encaisse un but sur une erreur de marquage, et un centreur pas
vraiment pressé par les défenseurs adverses. Ce n'est pas comme si le dernier but encaissé par Bordeaux à Troyes ressemblait à ça...
Une absence de politique de club claire : au delà même du mercato d'été bordélique à souhait, et le rattrapage aux
branches par le recrutement d'un Cavenaghi pour 4 ans et demi lors du marché d'hiver (celui qui a dit marché au gras sort de la salle, merci,
et il prend le journaliste de Sud-Ouest avec lui, non mais !), l'attentisme semble être la doctrine de la direction. Même si Cid était
considéré comme 5° défenseur début août, ses titularisations successives et sa fin de contrat en juin 2007 aurait pu entrainer une proposition
de prolongation avant que d'autres clubs puissent lui en proposer une, surtout que la défense risque d'être un gros chantier lors de la
prochaine intersaison. Elle est vieillissante, Jemmali voir Jurietti; éventuellement sur le départ pour Planus; tendre pour Marange. De plus,
les prêts et fins de contrats s'accumulent dangereusement (Dalmat, dont l'utilisation reste un mystère, Enakarhire, Darcheville et Jussié).
La chose la plus inquiétante est le fait que le futur du club ne semble pas engagé. JLT, à la tête du club girondin depuis une décennie (si on
excepte l'intermède glamour) possède le charisme d'une huitre couplé à la vivacité du paresseux. Lorsqu'un Gervais Martel clame, en 2005,
son projet d'installer durablement Lens en possiblité de qualification régulière en Ligue des Champions (avec plus ou moins de réussite, mais
un recrutement « en avance », Sidi Keita venant remplacer avant l'heure Alou Diarra), ou un duo Seydoux-Puel ambitieux pour le LOSC, et bien
sûr un Aulas aussi détestable qu'efficace, le président du club au scapulaire apparaît plus comme un salarié appliqué de sa direction que
comme un personnage impliqué et ambitieux. Les discussions pourront continuer sur le positionnement de Micoud, le dernier carton de Jurietti ou
le temps de jeu donné à Obertan, et donc les résultats inconstant de Bordeaux, la responsabilité du Président est tout le temps en cause.
Malgré ce constat plus réaliste que catastrophiste, la saison peut, c'est chanceux, encore être sauvée grâce à une finale de la Coupe
de la Ligue et une 3° place qualificative en LDC atteignable. Mais cela passera nécessairement par une grosse remise à plat de la tactique, de
la place des joueurs, et du staff. Il ne suffit pas d'espérer une série, comme dans les dernières déclarations de Ramé ou Ricardo, mais plutôt
d'aller la chercher. |