On pensait que la médiocrité
footballistique, l'approximation technique, l'errance tactique ou encore la frilosité maladive étaient l'apanage d'une L1 névrosée, d'un
championnat éteint, le particularisme à la française. Il est désormais possible d'appliquer cette analyse à la coupe d'Europe qui nous a
livré probablement le match de football le plus laid de la saison, la parodie sportive la plus insignifiante de
l'année.
La faute sans doute à une équipe bordelaise balbutiant son jeu, sans repères et usée, à une équipe basque
qui n'était pas venue pour jouer le jeu, fermée et craintive, mais par dessus tout à une instance suprême à côté de ses crampons. L'UEFA a
très largement contribué à torpiller ce qui d'ordinaire constitue une fête, une épreuve primordiale dans une carrière de footballeur et un
rendez-vous très attendu par les supporters.
Comment les instances européennes s'y sont-elles prises pour accoucher d'un tel fœtus
mort-né ? En programmant cette rencontre à 18h un jour de semaine entrainant l'ubuesque situation d'un stade à moitié vide, la curieuse
ambiance de tournoi cadet à la pentecôte en lieu et place d'une des compétitions sportives les plus huppées du sport mondial. La coupe de
l'UEFA décapée par le choix scandaleux de priver de la présence d'une immense partie du public conduisant une équipe girondine à évoluer à
domicile mais dont les supporters se trouvaient en infériorité numérique dans leur propre enceinte. Quelle situation cocasse et risible de
constater que les aficionados du club d'Osasuna étaient plus nombreux, plus bruyants et plus organisés, laissant un voile de honte sur les
supporters marines et blancs condamnés à s'époumoner pour tenter d'exister dans leur propre stade.
Alors que la coupe d'Europe
devrait être le théâtre d'une ambiance chaude et influente, le douzième homme est pris en otage par l'heure fantaisiste. Bordeaux évoluait
quasiment à l'extérieur. Comment les joueurs peuvent se sentir concernés, se transcender lorsque l’on sait l’impact psychologique d’un public
derrière son équipe et inversement la pression des supporters hostiles à leurs adversaires.
Merci donc de ne pas oublier que le foot
est un sport populaire et qu’il paraît aberrant de programmer des matchs pendant que la plupart des gens travaillent. Une logique qui échappe
au spectateur mais doit bien satisfaire la télévision. Cette coupe souffre suffisamment de son manque d'intérêt intrinsèque à cause de
l'omniprésence médiatique et financière de la Ligue des Champions, rien n'est fait pour rendre cette compétition dont la formule est une
véritable usine à gaz attrayante. Autant la supprimer si c'est pour la traiter de la sorte.
Ceci ne doit pas occulter entièrement le
problème évident qui ronge l’effectif de Ricardo. Le manager bordelais met en avant un état de fatigue avancé, des blessures et des suspensions
qui empêchent le groupe de trouver une stabilité, nous pouvons le comprendre.
Mais le manque cruel d’intelligence de jeu n’est pas le fait
des blessures, des absences et des heures débiles de programmation des matchs. On peut souligner la jeunesse du 11 titulaire qui, à l’exception
de Smicer, Jemmali, Ramé et Jurietti, culmine à moins de 25 ans. Chamakh, Francia, Alonso, Faubert, Mavuba, garants de l’animation offensive
n’ont pas la maturité pour s’adapter aux problèmes et aux situations difficiles. Il manque un taulier, un vrai, celui qui saura organiser son
bloc en fonction du déroulement de la partie.
Parce que des errances et des impasses, les Bordelais les cultivent et peinent à
transformer le schéma initial si celui n’est pas efficace.
Faubert qui a joué avant centre toute la partie, n’a jamais profité des espaces
sur son aile laissant vide la bande latérale empêchant l’équipe d’étirer le jeu sur toute la largeur.
Une tendance irrépressible,
automatique de relancer en sautant le milieu de terrain, cherchant tour à tour Chamakh et Faubert sans pour autant faire remonter le bloc pour
apporter du soutien. Quand Chamakh se déporte sur un côté personne ne vient prendre sa place dans l’axe laissant une surface vide.
Les
appels de nos attaquants sont systématiquement dans la profondeur, tête baissée en espérant peut-être que le défenseur adverse sera lobé ou
commettra une erreur. Aucun décrochage, aucun contre appel ni la moindre permutation. Un systématisme jusqu’à l’overdose même si Chamakh a
tenté sporadiquement de s’excentrer.
Aucun tir de loin. Quand une équipe joue la tortue, c’est une arme intéressante que de tenter sa
chance au dehors de la surface. Surtout sur un terrain à la limite du praticable où la circulation du ballon est aléatoire et autant de
difficultés supplémentaires pour les gardiens de but qui doivent composer avec les éventuels faux rebonds. Preuve étant à la 75ème minute, le
stade frémit quand Marange décoche une belle frappe qui manquera le cadre de peu.
Devant la faiblesse manifeste de l’équipe ibère, il
n’aurait pas fallu forcer le génie pour mettre à mal la formation adverse tant on avait l’impression qu’avec un soupçon de pressing, un bloc un
peu plus haut, les marines et blancs auraient pu semer la panique dans la défense. Encore plus lourde et mal inspirée l’équipe d’Osasuna a
parfaitement su faire déjouer son adversaire qui à aucun moment n’a pu afficher son vrai niveau.
L'action entre Chamakh et Faubert face à Marseille semble faire
école.
Les boys :
Ramé : pas grand-chose à faire si ce n’est se
coucher sur deux ou trois ballons qui sont venus mourir près des buts.
Planus/Cid : autant défensivement la paire
issue du centre de formation est irréprochable, autant au niveau des relances c’est une catastrophe sans nom.
Jurietti
: c’était un match pour lui. Pas très technique, rugueux, une partie de guerrier et ça Franck il sait faire.
Marange
: remplace Jemmali à la mi-temps, il aurait pu ouvrir la marque sur une belle frappe lointaine mais celle-ci passe de peu à côté. Il
n’apporte hélas pas assez offensivement où l’on compte ses centres sur les doigts de la main d’un petit lépreux de Jakarta.
Mavuba : seul à la récupération en l’absence de Fernando, Rio, toujours impeccable malgré une ou deux pertes de
balles, poursuit son rythme de croisière en alignant un gros volume de jeu. Il est le premier à sonner la charge et pas le dernier à aller au
charbon, en témoigne son duel avec Milosevic.
Francia : il a joué très bas, presque au côté de Rio dans une position
axiale qu’il affectionne. Si en première période il a orienté le jeu de fort belle manière profitant de sa technique pour se sortir de la
tenaille espagnole, il a en revanche déserté la pelouse en seconde période comme à son habitude.
Alonso : très vif, le
milieu de poche a fait admirer son coup de rein pour éliminer ses adversaires mais si l’argentin est à l’aise sur les premiers mètres il se
montre totalement incapable de conclure ses offensives que se soit sur un centre (tous manqués), sur une dernière passe ou pour frapper au but.
Tous ces efforts pour rien.
Faubert : sauf si par une curieuse consigne Ricardo lui a demandé de jouer avant-centre,
Faubert a fait totalement n’importe quoi sur cette partie. Alors que l’aile droite était déserte et la défense espagnole lente, il n’aurait pas
eu à forcer son talent pour jouer de ses qualités. Au-lieu de ça, Julien s’est enfermé dans l’axe de l’attaque oubliant sa fonction première de
pourvoyeur de ballon. S’il a pu sauver son match contre l’OM en marquant un but, ce n’est pas le cas cette fois.
Smicer
: de retour d’une énième blessure le Tchèque a manqué de rythme. S’il fut le seul à aller de l’avant à chaque prise de balle, il a
manqué de poids dans les derniers mètres et n’a pas su prendre le jeu à son compte. Un retour timide.
Chamakh : il
n’est pas fait pour jouer seul en pointe. C’est un remiseur, un pivot, il a besoin d’un autre attaquant pour que s’expriment ses qualités. Il
s’est baladé sur tout le front de l’attaque sans pour autant trouver une efficacité convaincante. Il aurait pu prendre sa chance en première
période à plusieurs reprises mais ses choix sont toujours aussi frileux.
Les remplaçants n’ont rien apporté.
Si un 0-0 à
domicile n’est pas un bon résultat, il a le mérite de laisser toutes ses chances pour le match retour. Sans encaisser de buts, les Girondins
pourront se contenter d’un nul avec des buts pour éliminer les espagnols. Mais il faudra montrer un tout autre visage, surtout que cette fois,
l’ambiance sera caliente. |