La France vient d’obtenir l’organisation de l’EURO 2016 et nombre de
stades français vont être rénovés ou construits pour cet événement. A
Bordeaux, c’est un nouveau stade qui verra le jour, avec une date
d’inauguration prévue en 2014. Un nouveau stade qui sera bien évidemment
occupé principalement par les Girondins de Bordeaux. Le projet est
encore très flou, les appels d’offre n’ayant même pas été lancés mais
quelques images prometteuses de cette future enceinte ont été diffusées
dans les médias ces derniers jours. Que valent ces images ? Comment vont
se dérouler les différentes étapes de la prise de décision et de la
construction ? Qui va payer et combien ? Qu’est ce qu’un PPP («
partenariat public-privé ») ?
L'architecture
Soyons clairs dès le départ : ces photos ne représentent en rien le futur stade. Elles ne sont tirées que d’une étude de faisabilité réalisée par un cabinet d’architectes qui ne sera peut être pas celui retenu pour le projet. Le seul intérêt de ces images est de dévoiler quelques orientations fortes du projet. On note par exemple qu’une des tribunes derrière un but est sur une seule volée : pas de niveaux distincts, les fans aujourd’hui positionnés dans le virage sud s’en réjouiront. Ensuite, la tribune principale est très haute, et les loges sont concentrées sur celle-ci, alors que la tendance actuelle tend à répartir les loges tout autour du terrain.
Ce que nous savons aussi, c'est qu'il ne faut pas s'attendre à des tribunes très proches de l'aire de jeu et un chaudron d'un point de vue acoustique. En effet, les normes FIFA imposent un recul important des tribunes : 6 mètres latéralement et 7 derrière les buts. Comme, en plus, on recule encore les tribunes pour un souci de visibilité, les distances sont en général de 10 mètres environ entre les tribunes et les lignes de jeu.
Concernant l'acoustique, les lois imposent un important affaiblissement acoustique. Au stade de France, par exemple, le toit est conçu pour limiter la résonance dans le stade et limiter les nuisances sonores à l'extérieur du stade. De ce fait, la construction d'un stade comme le Parc des Princes et son acoustique tout simplement géniale ne serait pas possible aujourd'hui.
Ce que nous savons aussi, c'est qu'il ne faut pas s'attendre à des tribunes très proches de l'aire de jeu et un chaudron d'un point de vue acoustique. En effet, les normes FIFA imposent un recul important des tribunes : 6 mètres latéralement et 7 derrière les buts. Comme, en plus, on recule encore les tribunes pour un souci de visibilité, les distances sont en général de 10 mètres environ entre les tribunes et les lignes de jeu.
Concernant l'acoustique, les lois imposent un important affaiblissement acoustique. Au stade de France, par exemple, le toit est conçu pour limiter la résonance dans le stade et limiter les nuisances sonores à l'extérieur du stade. De ce fait, la construction d'un stade comme le Parc des Princes et son acoustique tout simplement géniale ne serait pas possible aujourd'hui.
Le financement du projet
165 millions d’euros. Voilà le chiffre le plus souvent communiqué lorsqu’on évoque le coût de construction de ce nouveau stade. Ce chiffre correspond à l’addition des 100 millions apportés par le club via M6, 45 millions d’euros qui viennent des collectivités territoriales (communauté urbaine, région, ville) et 20 millions provenant de l’Etat. Simple, mais faux : cette addition ne correspond en rien au coût d’un tel projet. Cela ne semble pas déranger certaines têtes d'affiche politiques ou journalistes qui le reprennent à chaque nouvelle intervention sur le sujet. Reste à savoir s'il s'agit de mauvaise foi caractérisée, ou bien d'une réelle incompréhension du projet...
Mais bien sûr qu'on sait comment on va financer le stade.
Hé, vous là, vous avez un PEL ?
Acteur 1 : Le constructeur, via une société gestionnaire
Premier point important : le coût de la construction ne sera pris en charge ni par M6/le club, ni par les collectivités locales, mais plutôt par le constructeur du stade (un très grand du bâtiment : Vinci, Bouygues Construction, Eiffage, etc.) via une société gestionnaire. Sur le dossier bordelais, la liste des intéressés serait « le groupe Vinci avec le régional Fayat et les architectes Herzog et De Meuron (auteurs du stade olympique de Pékin), Bouygues Construction avec l'architecte Jean Nouvel, le groupe Eiffage avec l'architecte Pierre Ferret, qui réalise le grand stade de Lille (et peut-être les architectes Arsène-Henry et Triaud), le promoteur Safran, avec l'office d'HLM Domofrance et l'architecte Pétuaud-Létang » (Sud Ouest, 29/05/2010).
Acteur 2 : M6, le propriétaire du club
Durant 30 ans, la société gestionnaire sera propriétaire du stade et devra trouver des solutions pour le rentabiliser et assurer son retour sur investissement. C’est à ce moment que nous pouvons considérer les 100 millions promis par le club : en assurant à cette société un loyer de 3,3 millions d’euros par an pendant trente ans, le club garantit à cette société une exploitation régulière du stade et donc une rentrée d’argent pour l’investisseur. Pendant ces trente ans, le club paiera un loyer pour avoir le droit d’organiser ses matchs dans cette enceinte et pourra, en contre partie, encaisser les recettes guichets. Jamais donc, les Girondins de Bordeaux ne seront propriétaires du nouveau stade. Ce principe est celui aujourd’hui utilisé entre la FFF et le groupe gestionnaire du Stade de France, dénommé Consortium Stade de France (Société anonyme dont l’actionnariat est détenu à 67% par le groupe Vinci et 33% par le groupe Bouygues) : la fédération a signé un contrat garantissant un certain nombre de matchs de l’équipe nationale dans l’enceinte de Saint-Denis, et donc paye à ce consortium un loyer pour utiliser le stade et récupérer les recettes au guichet. Le consortium est lui libre d’organiser d’autres évènements (rugby, athlétisme, concert, etc.) pour assurer d’autres revenus.
Acteurs 3 : les collectivités locales
Passons maintenant aux sommes investies par les collectivités. Ces versements entrent dans le cadre d’un partenariat public-privé, ou PPP. Un PPP qu’est-ce que c’est ? L'idée d’un PPP, c'est de confier à un investisseur privé (cador du BTP ou pur financier) un «paquet» comprenant la conception, la construction, l'entretien d'un bâtiment ou d'une infrastructure publique pendant une longue période (vingt-cinq ou trente ans). A compter de la livraison, l'Etat commence à rémunérer le partenaire sous forme de loyer étalé pendant la durée du contrat.
Bon côté des choses : on répond plus vite aux besoins d'équipements publics en s'appuyant sur des fonds privés.
Risques et effets pervers : l’Etat devient dépendant du privé, et le projet peut être menacé si l’entreprise n’a pas les reins assez solides et menace de s’effondrer pendant la durée du PPP... Autre reproche à faire à ce genre de montage : le public récupère après 30 ans un bien qui aura probablement besoin de travaux, et ces travaux devront cette fois être entièrement supportés par les collectivités.
Les 45 millions promis par les collectivités territoriales (communauté urbaine, région, ville) et 20 millions provenant de l’Etat viendraient donc sous la forme d’un loyer versé à la société propriétaire. Ce loyer permettra ensuite à la ville de devenir propriétaire du stade dans 30 ans. Là encore nous pouvons parler du modèle Stade de France, aujourd’hui propriété du Consortium Stade de France, mais qui sera propriété de l’Etat 30 ans après sa construction.
Les 45 millions promis par les collectivités territoriales (communauté urbaine, région, ville) et 20 millions provenant de l’Etat viendraient donc sous la forme d’un loyer versé à la société propriétaire. Ce loyer permettra ensuite à la ville de devenir propriétaire du stade dans 30 ans. Là encore nous pouvons parler du modèle Stade de France, aujourd’hui propriété du Consortium Stade de France, mais qui sera propriété de l’Etat 30 ans après sa construction.
Une possibilité supplémentaire : le naming
Autre source de revenu possible : le naming. Un sponsor offre une somme, et en contrepartie, le stade porte son nom. Cette pratique a été largement utilisée en Allemagne au moment de la construction ou de la rénovation des stades pour la coupe du monde 2006. Idem en Angleterre, où Arsenal recevra 145 millions d’euros étalés sur 15 ans. En France, c’est le futur stade du Mans qui va inaugurer la pratique pour le football, puisque l’assureur MMA versera un million d’euros par an pendant dix ans pour voir son nom apposé sur l’enceinte mancelle. Pour Le Mans Stadium (filiale de VINCI Concessions en charge de la gestion du stade pendant 35 ans), il s’agit d’un moyen supplémentaire pour récupérer une partie du coût de construction initial.

Mais alors, combien il va coûter ce nouveau stade ?
Nous venons de voir que plusieurs acteurs interviendront sur la durée pour « rembourser » l’entreprise privée qui aura déboursé le montant de la construction du nouveau stade. Et on peut donc imaginer sans trop se tromper que le coût réel de construction dépassera 165 millions d’euros, puisque ces 165 millions ne sont finalement qu’un montant minimum garanti à l’entreprise. D’ailleurs au mois de mars dernier, Nicolas De Tavernost avouait que les 100 millions promis par le club et les 20 millions promis par l’Etat « finançaient le projet au tiers » (Sud Ouest, 17/03/2010).Rien n’empêche donc la société gestionnaire de vouloir construire une énorme enceinte, plus chère, avec l’idée d'augmenter le type d’événements pouvant s’y tenir, ceci afin de diversifier ses rentrées d’argent et de ne pas compter sur le seul club bordelais et sa vingtaine de match par an pour assurer son retour sur investissement. L’exemple du stade lillois est intéressant à ce sujet : l’équipement de la métropole nordiste sera bien plus grands (et plus cher) que le projet bordelais. Ce stade de 50 000 places (contre environ 40-45 000 à Bordeaux) n’accueillera pas que des matchs de football. Grands spectacles, événement sportifs autres que du football (tennis, handball, basketball, concert, etc.) pourront avoir lieu. Un équipement multifonctionnel en somme. Eiffage, le constructeur et financier, pourra donc compter sur l’organisation de nombreux événements autre que du football, mais il a du investir bien plus pour permettre cela.
Et puis, il ne faut surtout pas oublier une autre source de frais dans ce projet de nouveau stade : les infrastructures d’accès. A ce jour, aucun chiffre annoncé ne couvre ce poste de dépense. Pourtant, il faut bien prévoir les routes et les transports en commun pour accéder au stade. Ces dépenses supplémentaires sont complètement différentes des sommes investies par la collectivité dans le PPP, et ce n’est donc pas 65 millions d’euros que le service public devra payer, mais bien plus. Ce point reste bien souvent très flou, et n’est que trop peu mis en avant lorsqu’on évoque le coût pour les collectivités et le contribuable...
La suite du projet
Pour résumer, on voit qu’il règne encore une certaine incertitude sur plusieurs éléments concernant la construction de ce stade, puisque l’on est au tout début de la procédure de décisions. Dans les prochains mois, tout va s’accélérer et les contours du projet se préciseront. Lundi 31 mai, le projet « Grand Stade » a été adopté par le conseil municipal. Ce vote signifie le lancement de l'appel à candidatures pour la construction d'un nouveau stade. Les entreprises intéressées par le projet vont désormais pouvoir passer devant la toute nouvelle commission municipale (instaurée au cours de cette séance du 31 mai) pour dresser la liste des entreprises admises à la phase du dialogue compétitif. A compter de juillet 2010, les candidats seront mis en concurrence, et un seul sera désigné en décembre 2010 pour la réalisation des travaux. Une phase de négociation entre ce constructeur et la mairie commencera alors, et s’étalera sur le premier semestre 2011, pour aboutir au projet final. Il restera alors 3 ans pour livrer le stade, le mois d’août 2014 étant la date limite pour être retenu par l’UEFA dans la perspective de l’Euro 2016.
Lectrices, lecteurs,
N'oubliez pas: le vendredi 11 juin à 20h aura lieu au Milo's Café de Bordeaux la première soirée organisée par le blog de ChezLesGirondins.com. Pour plus d'informations sur l'évènement, rendez-vous ici.
N'oubliez pas: le vendredi 11 juin à 20h aura lieu au Milo's Café de Bordeaux la première soirée organisée par le blog de ChezLesGirondins.com. Pour plus d'informations sur l'évènement, rendez-vous ici.

