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Très belle balle en profondeur, l’attaquant court mais ne l’aura pas. La passe était trop longue et, sur cette pelouse humide, le ballon a accéléré !
Un ballon qui accélère parce qu’il a plu, voilà un commentaire que l’on entend très souvent dans les bouches des commentateurs et des spectateurs. L'herbe est humide, le ballon fuse et accélère. A force de répétition, cette jolie théorie est devenue un poncif et tout le monde semble penser qu’elle est juste. On est pourtant loin de toute vérité scientifique. Non, vous ne ferez pas d’économie d’essence en roulant sur route mouillée parce que votre voiture accélérera toute seule sur un revêtement humide.
Prenons un ballon en mouvement qui ne tourne pas sur lui même. Sa
trajectoire peut être représentée par deux composantes : sa trajectoire
verticale qui définit sa hauteur par rapport au terrain et sa
trajectoire horizontale, c'est-à-dire celle par rapport aux lignes du
terrain (se rapproche-t-il de la ligne de but ou s’en éloigne-t-il ?). Il
en va de même pour sa vitesse : il y a la vitesse avec laquelle il
monte ou il descend (vitesse verticale) et la vitesse avec laquelle il
se rapproche ou s’éloigne de la ligne de but, parallèlement au terrain
(vitesse horizontale).
La seule qui nous intéresse dans le cas du comportement du ballon sur
une pelouse humide est la deuxième, c'est-à-dire la vitesse horizontale
du ballon. Cette vitesse évolue selon l’accélération horizontale du
ballon.
Lorsque le ballon entre en contact avec le sol, il y a frottement entre
l’herbe et le ballon. Ces frottements diminuent la vitesse horizontale
du ballon. Pour vous en convaincre, passez votre main sur une table.
Vous ressentez que la table vous empêche d’avancer votre main
librement, les frottements avec la table la ralentissent. Vous
ressentez aussi une chaleur sous vos doigts. En effet, une partie de
l’énergie que possède votre main pour avancer est transformée par le
contact avec la table en énergie de chaleur. Cette transformation
d’énergie cinétique (de Kinetikos, mouvement, en grec) en chaleur est à
la base du ralentissement de votre main. Il en va de même avec le
ballon contre l’herbe, une partie de l’énergie qui lui sert à avancer
est transformée en chaleur et sa vitesse horizontale diminue, il
ralentit.
Versez maintenant de l’eau sur votre table et passez votre main sur la
flaque. Vous sentez que votre main est moins ralentie qu’avant. De
plus, elle chauffe moins. Il y a moins d’énergie cinétique transformée
en chaleur, le ralentissement est donc plus faible. Donc, lorsque un
ballon touche une pelouse humide, les frottements sont moins forts, il
est moins ralenti que sur une pelouse sèche. Le phénomène est le même
pour un véhicule sur une route mouillée. Lorsque ce véhicule freine, il
part en aquaplaning et met plus de temps à s’arrêter que sur l’asphalte
sec. Seulement, il s’arrête, plus tard certes, mais il s’arrête. Preuve
qu’il est ralenti et le ballon sur une pelouse humide l’est de la même
façon. Donc, une pelouse humide n’accélère pas le ballon mais elle le
ralentit moins. Le ballon va plus vite, après le rebond, sur une
pelouse humide que sur une pelouse sèche mais il ne va pas plus vite
après le rebond qu’avant. Il est donc complètement faux de dire qu’un
ballon accélère parce que la pelouse est humide, il ralentit moins
c’est tout. Le jeu est donc bien plus rapide sur une pelouse arrosée
(tel un repas de famille qui passe toujours plus vite s'il est arrosé)
mais jamais au grand jamais, une balle n’accélère au contact de la
pelouse. Pour qu'elle accélère, il faudrait qu'il y ait une force qui
lui soit soumise, de l'énergie apportée. Hors, l’herbe n'est pas munie
de petit bras musclés permettant ceci (de toute façon, l'arbitre
sifflerait main, si tel était le cas).
Une autre conséquence d’un terrain humidifié, la trajectoire de la
balle. En effet, le rebond n’est pas le même sur une pelouse mouillée
que sur le sec, il est moins haut, la balle rebondit plus à plat.
La vitesse, comme nous l’avons vu auparavant est représentable par deux
composantes. La composante verticale est identique dans les deux cas
(pelouse sèche ou humide, on suit s’il vous plait) tant que la pelouse
n'est pas gorgée d'eau. Lâché verticalement, un ballon rebondira aussi
haut quelle que soit l’état d’humidité raisonnable de l’herbe.
Cependant, on a vu que la vitesse horizontale serait plus grande après
rebond sur une pelouse humide que si elle est sèche.
Ajoutons les deux composantes pour représenter la vitesse de
progression de la balle et donc la direction de la trajectoire. La
flèche représentant la vitesse (voir schéma ci dessous) pointe moins
vers le haut après rebond sur un terrain mouillé parce que la flèche de
la vitesse verticale étant plus longue (car la vitesse plus grande),
elle « tire » cette flèche vers le bas.
Une vitesse plus grande et un rebond plus plat, voilà ce qui trompe le
footballeur sur une pelouse humide. Ce n'est pas une accélération
physiquement impossible et pourtant souvent impliquée par le joueur et
le commentateur.
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